‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 384 sur 412 · LIVRE xvni · texte numérisé non relu

LIVRE xvni

dans les affaires de ce célèbre pasteur n'y trou veraient rien à redire. On lui fit même espérer que l'on pourrait travailler à son rétablissement dans sa cure, pourvu qu'il voulût promettre de ne plus prêcher en la manière qu'il avait fait avant qu'on ne le reléguât, et relâcher quelque chose de la sévérité de sa doctrine. La conduite de M. Amyot, son persécuteur et son confrère, se découvrait d'elle-même, et quelque prévention que l'on eût à la cour des disciples de saint Augustin, on ne laissait pas de reconnaître sensiblement que celui qui s'acharnait si cruellement à lui ôtcr tout à la fois la réputation et la liberté n'avait plus d'autre dessein, pour achever son ouvrage, que de se mettre en possession de tout son bien après l'avoir chassé de sa maison.

La joie excessive des Jésuites fut modérée en ce temps là par un accident qu'il leur eût été très facile de prévenir et d'éviter, pour peu de soin qu'ils eussent pris de s'acquitter de leur devoir. Le cardinal Mazarin leur avait confié l'éducation du jeune Mancini^son neveu, qui était celui sur lequel son ambition fondait ses principales espérances pour le rendre à l'avenir le principal héritier de ses honneurs et de ses biens et le plus ferme appui de sa famille. Il le faisait élever dans leur collège de Clermont, où ils le distinguaient fort de ceux de leurs écoliers qui étaient les plus considérables par la noblesse et par leur naissance. Le jour de Noël, qui est destiné à célébrer l'un des plus grands et des plus adorables mystères de noire religion, quelques-uns de ces jeunes écoliers, n'étant pas assez veillés par ceux qui étaient chargés de leur conduite, s'avisèrent d'un espèce de divertissement aussi peu convenable à la sainteté du jour qu'à la bienséance de leur condition : ce fut de se berner successivement les uns les autres dans une des chambres du collège. Le rang de Mancini étant arrivé pour être berné, pendant qu'on le secouait dans la couverture et qu'on le faisait sauter en l'air, l'un des préfets qui étaient chargés de leur éducation se présenta à la porte pour entrer; les enfants effrayéspar sa présence prirent la fuite à l'instantmême sans se mettre en peine de ce que deviendrait leur camarade que

1. Alphonse Mancini était le jeune frère des célèbres demoiselles Mancini, il avait quatorze ans quandarrivacet accident qui lui coûta la vie. Le P. Rapin était son précepteur.

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la berne avait élevé en l'air, et entre autres l'abbé d'Armagnac, fils de M. le comte d'Harcourt, ayant quitté le coin delà couverture qui le devait soutenir, Mancini tomba à terre sur la tète, et se donna un coup si rude que le préfet le trouva en faiblesse et évanoui lorsqu'il entra dans la chambre. Les chirurgiens, appelés en diligence pour panser et secourir cet enfant, le trouvèrent si dangereusement blessé qu'ils désespérèrent de lui pouvoir conserver la vie à moins que de le trépaner, et ils remirent au lendemain cette périlleuse opération. Cependant les Jésuites, qui se repentaient un peu trop tard de leur négligence, ne pensaient qu'aux moyens de se disculper auprès du cardinal Mazarin. Ils se présentèrent en grand nombre pour lui demander pardon; mais il les reçut comme ils le méritaient, et reçut fort mal la justification d'une faute pour laquelle ils étaient manifestement inexcusables.

On fît diverses réflexions sur cet accident, qui était très remarquable par la circonstance du temps auquel il était arrivé. Car la déclaration du roi pourla vérification de labulle au Parlement avait tellement enflé le cœur de ces Pères qu'ils se croyaient presque incapables d'afflictions et de disgrâces. Mais Dieu se plaît à humilier ceux qui s'élèvent par des sentiments de présomption, et à faire voir qu'il peut en un moment renverser les desseins des hommes.

Et superbos Vertere funeribus triumphos.

Quelques-uns dirent qu'il avait permis que ceux qui bernent l'Église depuis tant de temps, et qui se déclarent en toutes sortes de rencontres les ennemis de la Grâce de Jésus-Christ, aient été bernés à leur tour au jour de la naissance de Celui qui est la Grâce même; d'autres se divertirent à mettre cette inscription sur la porte de leur collège :

Les Pères du canton de Berne.

Mais le jeune seigneur Mancini pensait alors à tout autre chose qu'à rire, ayant souffert le trépan le 26 décembre. On pria pour lui dans toutes les églises de Paris par ordre de Messieurs les vicaires généraux de M. le cardinal de Retz. Mais les chirurgiens, qui d'abord avaient jugé très mal de sa blessure, ne se trompèrent pas dans ce pronostic^ et M. le

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