‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 385 sur 412 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

cardinal Mazarin eut le déplaisir d'apprendre peu de jours après la mort de son neveu^ qu'il destinait à quelque chose de plas grand qu'à périr par une chute de cette nature. Les Jésuites, qui auraient dû effacer entièrement la mémoire de cet accident dans tous les siècles à venir, prirent un soin particulier de le faire savoir à toute la postérité par un éloge dont leur Père Rapin* a voulu enfler ses Bucoliques, comme si cette matière devait cesser d'être funeste quand elle serait traitée en vers et mise en la bouche de quelques jeunes pastoureaux fort différents de ceux que la musique des anges avait conduits à la crèche de J.-G, la nuit même de sa naissance.

Cependant la fierté du Père Maimbourg* était d'un caractère trop fort pour prendre part à l'humiliation de ses confrères. Il prêchaiU'Àveut de cette année dans l'église de Saint- Germain l'Auxerrois, et s'y était signalé par tous les emportements dont son éloquence furieuse était capable. Il se surpassa lui même le jour de Saint-Étienne, qui était le len, demain de cet accident, et prêcha que quoiqu'il ait fallu des conciles dans l'Église pour condamner les hérétiques qui se sont élevés contre elle de temps en temps, néanmoins il n'avait pas été nécessaire qu'il s'en tînt aucun pour la condamnation des jansénistes, puisqu'elle venait d'être prononcée par toutes les puissances de la terre, et depuis huit jours par le roi même séant en son Parlement.

Une prébende de l'église de Beauvais ayant vaqué en ce temps là, M. de Beauvais y nomma M. Quesnel, bachelier de Paris, qui avait soutenu tous les actes de sa licence et n'était privé de sa qualité de licencié que parce qu'il ne l'avait pas voulu acheter par l'injuste souscription de la censure de M. Arnauld. Il était précepteur des enfants de M. le président de Novion, cousin germain de ce prélat, qui trouva en lui plus de fermeté que dans le sieur Poquelin, docteur en théologie de la même Faculté de Paris. Car quoiqu'il fût neveu de M. Flouret, chanoine de la môme église et son domestique, aussi bien que [dej ses deux oncles et prédécesseurs, dès qu'il l'eut pourvu d'une prébende qui était la

\. René Rapin (1621-1687), auteur du foèvaede^ Jardins et aussi des fameux Mémoires auxquels ceux d'Hermant sont une réponse.

2. Louis Mainabourg (1610-1686) dut quitter la compagnie de Jésus en 1682 pour avoir écrit contre la cour de Rome.

5\)b MEMOIRES DE GODEFROI RERMANT

première qu'il conférait de son chef depuis sa promotion à l'épiscopat, ce docteur ne fît nulle difficulté de souscrire le formulaire en conséquence du statut du chapitre qui était la ruine de l'autorité épiscopale, de sorte que ce prélat put dire en cette rencontre ce que le patriarche Jacob avait dit autrefois de Ruben, son fils aîné en le bénissant : Ruben primogenitus meus principium doloris mei.

Mais M. Quesnel ne suivit pas cet exemple, qui était encore tout récent, en se présentant au chapitre pour prendre possession de sa prébende à laquelle il venait d'être nommé. Il exposa avec beaucoup de modération et de flegme les raisons qu'il avait pour ne pas signer ce formulaire, et embarrassa tellement M. Chaillou, doyen de Beauvais, et ses partisans, que s'étant assemblés capitulairement devant et après la messe le jour de Saint-Étienne, ils ne lui donnèrent son acte de refus qu'après vêpres, ce doyen l'ayant signé de sa propre main, en sa maison, en présence de notaires et de témoins.

. Dans ce partage du chapitre, M. Georges de Nully, ancien domestique de feu M. de Beauvais, enrichi par ses bienfaits et revêtu de trois prébendes dont il avait perdu l'une et avait employé l'une des deux autres à se faire prieur, et ensuite chantre de la môme église, traita M, Hermant son confrère de la manière du monde la plus outrageuse et la plus atroce. Voici ce que ce chanoine outragé en écrivit ce jour là même 26 décembre à M. Taignier son ami : « Quelques personnes qui sont témoins de l'insulte que M. de Nully me vient de faire dans le chapitre me veulent portera le faire appeler devant nos juges; mais je crois que c'est assez de lui avoir répondu fortement. Ce n'est pas le temps de faire de ces sortes de procès devant des juges si peu équitables, et je ne vois pas que J.-C. en ait fait devant ceux qui l'ont accusé d'être samaritain et endiablé. »

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