‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 40 sur 412 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

que le livre de Samuel Marest* ministre, avait nui aux jansénistes, parce qu'il leur fait une congratulation fort ample et affective sur ce qu'ils se sont retirés de l'Église des hérétiques, ce qu'il prouve dans les trois parties de son livre ; qu'il explique dans la première l'opinion de Jansénius sur la grâce ; qu'il en fait voir dans la seconde la conformité avec Luther et Calvin ; et dans la troisième, il fait voir que le sentiment de saint Augustin n'est pas éloigné de ceux-là, « Je crois, ajouta le Père Hilarion, que Jansénius tient la nécessité de la grâce efQcace et que sans elle on ne peut agir. 11 est très vrai que Luther et Calvin le disent aussi; mais il n'est pas vrai que saint Augustin soit dans le même sentiment. Mais il est faux que Jansénius dise la même chose que Luther et Calvin, parce qu'ils sont hérétiques et qu'il ne l'est pas. Je dis que Jansénius n'est pas hérétique et qu'il ne mérite pas d'être condamné comme tel ; mais qu'il mérite d'être censuré pour ce qui regarde ... * au lieu que les jansénistes qui se sont engagés par ce mot de nécessaire peuvent déclarer leur pensée, en disant qu'ils entendent infaillible^ c'est-à-dire que : licet aliter fieri possit, sequitur tamen semper effectus.

Le Père Hilarion lui dit de plus que la lettre latine que M. Arnauld avait écrite à la Faculté pour défendre sa lettre française ne conclut rien, et que l'exemple qu'il apporte de saint Chrysostome ne convient pas à son sujet, parce qu'il y a bien de la différence entre dire qu'on ne peut rien sans Dieu, et qu'on ne peut rien sans la grâce de Dieu, le premier étant vrai et le second étant faux. M. Brunetti en écrivant cet article disait qu'un de ses amis lui avait fait comprendre que cette pensée du Père Hilarion était pélagienne.

Ce Père lui dit encore qu'il fallait que les jansénistes reconnussent plus qu'ils ne faisaient la grâce suffisante, et qu'il n'était pas temps de rien espérer, parce que non fovent causam bonam, neque bene; et qu'en cette rencontre, c'est vouloir aller contra impetum fluminis; qu'ainsi ils devaient sinon acquiescer, au moins se tenir en repos : sinon acquiescere, attamen quiescere, eu égard au grand pouvoir des Jésuites, qui ne peuvent se déclarer disciples de Molina

1. Il faut lire Des Marets, il s'agit du ministre protestant dont il a été question plusieurs fois.

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