‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 46 sur 412 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

Néanmoins, comme il ne s'agissait ni de raison, ni de juslice, ces commissaires et ce promoteur continuèrent d'agir en la manière abusive comme ils avaient été créés; et en vertu de leur première commission, sans aucun fait nouveau et sans ordonnance d'en enquérir plus amplement, ils firent une autre information, quoique la première fût composée de vingt-cinq ou trente témoins des plus considérables de la ville.

Pour faire réussir cette seconde information, ils publièrent partout que le curé était hérétique, que M. l'archevêque avait entrepris de le perdre, que tous ceux qui ne témoigneraient pas contre lui seraient excommuniés; et comme le curé s'absenta par condescendance et pour complaire à ce prélat, les récollets firent courir le bruit qu'il s'en était fui et s'était rendu ministre*. Ils allaient de porte on porte, ayant leurs manches pleines de formulaires de dépositions qu'ils débitaient à leurs dévotes, leur disant qu'il fallait déposer contre leur pasteur. Ayant demandé aux autres s'ils ne savaient pas que le curé eût prêché des hérésies, et les bonnes gens disant qu'ils n'en savaient rien, ils leur répliquaient : « Nous le disons à cette heure ; et le monitoire porte qu'on est obligé de révéler tout ce qu'on a oui dire contre lui, en quelque manière que ce soit, sous peine d'excommunication. » Ils promettaient aux ecclésiastiques le bénéfice du curé s'ils déposaient contre lui ; et en effet ils se vantèrent depuis de l'avoir fait impétrer. Ils envoyèrent des sergents chez le menu peuple pour les menacer qu'on les ruinerait de tailles et de gens de guerre s'ils ne déposaient contre leur curé; et quand il s'en trouvait qui répliquaient qu'ils ne savaient que dire, ils les renvoyaient aux Pères Récollels pour apprendre d'eux ce qu'il faudrait dire. Ils prêchèrent publiquement que le curé étant hérétique, les confessions faites à lui étaient nulles. Ils introduisaient de faire le catéchisme dans leur église, pour imprimer aux paroissiens de Libourne de l'aversion et du mépris contre leur pasteur, et se servirent même du tribunal de la pénitence pour corrompre la conscience de plusieurs d'entre eux dont ils entendaient les confessions, en les obligeant de porter un faux témoignage contre lui.

Nous rapporterons une autre fois la suite de cette his-

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