‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 5 sur 412 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

plupart des esprits du monde ; et ceux mêmes qui abhorraient sa pernicieuse doctrine en voulurent garnir leur bibliothèque ou leur cabinet, pour être convaincus par leurs propres yeux que l'auteur des Provinciales ne lui imposait nullement. On accompagna son portrait de ces deux vers*. Dans ce temps-là même, un savant théologien fît cette épigramme sur le portrait de cet approbateur célèbre de tous les crimes :

Escobarem haec solum faciès tibi monstrat, at omnes

In scriptis socios exhibet ille suis.

Si rigidos laxat piilsâ formidine mores,

Ad cœlum molli si docet ire via, Cum palribus docet ille suis. Laudaveris ipsos ?

Ipsorum adjungas laudibus Escobarem.

At tu si Christo factis et voce docenli,

Durum credideris esse salutisiter, Abjice non unum Escobarem, sed cautus in illo

Mille sodalitio noveris Escobares.

Cependant ce grand personnage, qui a fait porter son nom en France à tous les casuistes extraordinairement relâchés, était un homme si extraordinairement ignorant que ceux des Français qui le virent depuis ce temps-là en Espagne eurent sujet de se repentir de l'excès de leur curiosité. Entre les autres, un Père Duffait, de l'Oratoire, étant allé en Espagne pour un voyage de dévotion à saint Jacques^ qu'il fit à pied depuis La Rochelle jusqu'à Saint-Jean de Luz, aussi bien que les dernières lieues de son pèlerinage, après une heure de conversation qu'il eut» dans Valladolid avec cet illustre casuiste, n'en remporta presque rien que les marques de civilité avec lesquelles il le reçut. Car comme ce prêtre ne savait pas l'espagnol et croyait que la langue latine était l'unique moyen de traiter avec lui, ce jésuite n'en avait nul usage et lui parlait sans cesse espagnol, de sorte que deux Français qui furent témoins de leur conversation en eurent de la confusion pour lui, n'ayant ouï de lui dans tout cet entretien que deux ou trois mots de latin : haheo spiritum in Gallia, et ceux-ci : Jansenistœ

1. Les deux vers ne figurent ni au ms. ni dans les copies. Sans doute ils ne méritent pas qu'on aille les rechercher dans les grandes publications de la Société.

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