‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 52 sur 412 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

dit au clergé par Scaramouche (fameux comédien italien) ; mais qu'il avait été dit par un chancelier de France ; que c'était la manière ordinaire d'agir de M. le cardinal Mazarin, et qu'il le connaissait depuis longtemps. Un désaveu si public de M. le chancelier n'était pas le seul outrage qu'il lui fit en celte rencontre. Car pour s'assurer de lui et ne pas s'exposer à en avoir le démenti par un acte subsistant et contraire à sa parole, avant que d'envoyer M. d'Avranches vers M le nonce, il envoya demander à ce chef de la justice ce papier sur lequel il avait fait sa réponse, et il s'y conduisit avec tant d'empressement que M. le chancelier lui ayant dil qu'il l'avait brûlé, il lui fît dire qu'il eût à le lui rendre promptement ou à lui renvoyer les sceaux.

Sa négociation avecle Parlement de Paris fut un peu plus équitable ; car après que M. de Bellièvre, premier président, eut fait sa harangue au roi, on fit sortir dès le soir même de la Bastille M. de Montauglan ; et M. Talon et les autres magistrats furent rappelés de leur exil.

Le désordre de la paroisse Saint- Merry continuait toujours parce que M. Amyot, ne se contentant pas d'avoir chassé M. Duhamel et les ecclésiastiques de sa communauté, ne cessait de noircir leur réputation par des déclamations scandaleuses. Dans son prône du dimanche IS'ne jour de mai, il leur attribua des erreurs et des hérésies si grossières et qui avaient si peu de tondementque ses amis mêmes ne purent le souffrir, et que plusieurs personnes de piété furent obligées de se retirer du milieu de son auditoire afin de n'être point témoins d'un si grand excès. Mais quoiqu'il s'en aperçût très bien, il aima mieux redoubler ses emportements que de rentrer en lui-même. Il ne fut pas plus modéré raprès-dinée;car il fit chasser toutes les grandes personnes du catéchisme que 'son vicaire faisait depuis l'éloignement de M. Feydeau; et il avait commis des prêtres et quelques officiers laïques de l'église, qui les contraignaient de sortir en leur disant que le catéchisme n'est que pour les petits enfants et non pour les grandes personnes. Et quoiqu'elles alléguassent l'usage de leur église, qui était contraire à celte nouveauté, et le besoin qu'elles avaient d'assister au catéchisme pour leur instruction particulière, leurs remontrances furent inutiles et on les en fit sortir de force, ce qui excita un très grand scandale.

64 MÉMOIRES DE GODEKROI BERMANT

Le lendemain, il en arriva encore un très grand en un autre endroit de Paris par une autre occasion. C'était le jour de l'anniversaire des deux derniers de nos rois défunts. M. le cardinal Antoine, qui avait alors la charge de grand-aumônier du roi, alla à Saint-Denis accompagné de plusieurs prélats et des officiers de la chapelle de Sa Majesté qui étaient en quartier. Après que la cérémonie fut faite, il y eut un très grand festin pour tous ceux qui y avaient assisté. Au retour de ce petit voyage, M. le cardinal Antoine ayant trouvé dans le Louvre M. Colombel, curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, qui y faisait les fiançailles de M. le Prince d'Harcourt' et de M"e de Bouillon*, il fit dire à ce pasteur qu'il eût à se retirer. M. le curé de Saint-Germain lui remontra qu'il avait eu la permission de faire ces sortes de cérémonies qui appartenaient directement aux curés des lieux où elles se faisaient, et que MM. les grands aumôniers ne les en avaient jamais empêches, ayant toujours reconnu que c'était une fonction de curé et non pas de grand aumônier. M. le cardinal Antoine s'irrita de cette remontrance et pressa plus qu'auparavant M. Colombel de se retirer ; et comme ce curé ne déférait point à sa parole et ne considérait pas la passion qui le transportait, ce cardinal se jeta sur lui d'une manière fort outrageuse et déchira son surplis en deux, en présence du roi et de toute la cour. Après un si indigne traitement, M. le curé de Saint-Germain alla se plaindre à la reine qui ne lui répondit presque que des épaules, et lui dit seulement que MM. les grands aumôniers avaient des prétentions à cause de leurs charges qui ne s'accordaient pas avec celles des curés. Le roi témoigna à ceux qui lui parlèrent de l'indignité de cette action et du mauvais traitement fait en présence de Sa Majesté à un prêtre et à un curé de sa paroisse revêtu de ses habits sacerdotaux, qu'il était fâché de ce qui était arrivé; mais qu'il ne fallait pas s'en étonner tout à fait, parce que M. le cardinal Antoine avait fait cette action après le dîner de l'anniversaire du feu roi son père, et de Henri IV, son aïeul.

1. Charles de Lorraine, prince d'Har court et ensuite duc d'Elbeuf (1628-1692), épousa successivement trois femmes ; il s'agit ici de la seconde.

2. Élisabetli de la Tour d'Auvergne, fille du duc de Bouillon et nièce de Turenne, devint en 1656 la secoiide femme du prince d'Harcourt; elle mourut en 1680, elle avait donc 21 ans en 16o6.

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