Ms. : et que M. le C. Barberin l'affectionnait aussi
88 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT
de lui dire entre autres choses : « Saint Père, j'ai vu et examiné, j'ai fait examiner avec soin les sentiments de M. Arnauld; c'est-à-dire de tous ceux qu'on appelle jansénistes, et j'ai trouvé qu'ils sont si bons et si catholiques, qu'il avouait franchement à Sa Sainteté qu'il y souscrirait toujours,et que si elle les tenait pour hérétiques, il fallait qu'elle le tînt aussi pour hérétique, à moins que Sa Sainteté ou d'autres personnes lui fissent connaître en quoi consistait leur erreur.
M. Brunetti finissait sa lettre par dire que l'on pouvait écrire et imprimer à l'avenir tout ce que l'on voudrait, parce que le temps qu'il avait pris de garder le silence était passé.
Plusieurs autres lettres de Rome assuraient de cette bonne disposition de M. le cardinal Barberin pour l'accommodement de l'affaire de M. Arnauld; mais quelque estime qu'il fit de sa personne et de ses ouvrages, il lui écrivit le 29 de juin d'une manière fort civile et forte obligeant. Il lui témoigna néanmoins qu'il avait eu du regret de voir imprimer les écrits qu'il lui avait envoyés, de peur que cette facilité d'écrire ne fût plus propre à augmenter les contestations présentes qu'à les assoupir; que ses ennemis n'en tirassent contre lui de grands avantages, et que cette conduite n'obligeât enfin le Saint-Siège à quelque décision fâcheuse. Il finissait par lui souhaiter un accroissement d'humilité et de charité.
Il faut avouer que M. Arnauld était traité d'une manière fort dure et peu équitable, et qu'on voulait le réduire à la nécessité de se rendre criminel, ou par son silence, ou par ses écrits. Car s'il se taisait, il établissait la censure irrégulière que l'on avait faite contre lui et que ses ennemis publiaient par toute l'Europe. Et s'il écrivait pour la satisfaction de ceux qui désiraient qu'il se servît des expressions des thomistes, on l'accusait d'aimer la dispute et d'irriter le Saint-Siège. Mais l'événement a fait voir que c'était lui ôter toute la force qui lui restait que de lui ravir la liberté d'éclaircir la vérité, et que rien n'était plus capable de procurer la paix à l'Église que ces sortes d'explications qui ruinaient les calomnies et les impostures de ses adversaires.