‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 71 sur 412 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

De quelques écrits qui furent publiés de part et d'autre pendant les six premiers mois de cette année 1656.

Outre les écrits dont la suite de l'histoire nous a obligés de parler à l'occasion de la censure contre la seconde lettre de M. Arnauld, au mois [de mai] de cette année 165(i, il se soutint dans le chapitre provincial des Augustins tenu à Bayeux une thèse de la matière de la grâce, qui était d'autant plus considérable que le docteur qui y présidait, nommé le Père Simon, avait donné son suffrage dans les assemblées de la Sorbonne pour censurer M. Arnauld. Mais on avait cru en ce temps-là qu'il ne l'avait fait que par des considérations humaines contre sa propre inclination*.

Un nouvel auteur de grande qualité, mais fort peu connu eu ce temps-là parmi ceux qui donnaient de l'emploi aux imprimeurs et aux libraires, mit au jour un écrit qu'il qualifia : Lettre très utile écrite à un évêque, gui contient les résolutions chrétiennes d'une conférence sur les matières du temps. Sur la fin de cet écrit, il se mettait en peine de prouver la transsubstantiation dans le mystère de l'eucharistie, parce qu'il avait oui dire, disait-il, que cette hérésie attaquait tous les sacrements. Cette lettre était signée H. D. L. D. V. C. D. N. D. On devinait aisément les cinq premières lettres; car car tout le monde connaissait qu'elles signifiaient Henri de Lévis de Ventadour; mais on était en contestation sur l'explication des quatre dernières, les uns disant qu'elles exprimaient sa qualité de chanoine de Notre- Dame, et les autres prétendant qu'elles marquaient la chimère de sa maison, et qu'il avait voulu acquérir par là plus d'autorité sur les lecteurs en se disant Cousin de Notre- Dame. Ce fut presque l'unique réflexion que Ton fît sur cet écrit, qui était si faible et si peu considérable en lui-même que sans cette question de généalogie, dont l'affirmative avait peu de partisans, il n'en aurait point été parlé.

1. El M. de Moranges, conseiller d'Étal, qui le connaissant, en availété surpris, parce qu'étant persuadé de ses véritables sentiments, il attendait de lui un suff''age plus équilable (passage barré au ras.).

90 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

Sur la fin du même mois de mai, les Jésuites consommèrent leurs autres excès en publiant à Poitiers, avec approbation de docteurs, un libelle infâme intitulé : Le Port Royal et Genève (V intelligence contre le saint sacrement de l'autel dans leurs livres^ et particulièrement dans les équivoques de l'article i ô de la seconde -partie de la seconde lettre de M. Arnauld; quoiqu'il y prétende faille passer pour une horrible imposture cette intelligence. Par le Père Bernard Meynier\ de la compagnie de Jésus. Il n'est pas concevable qu'un homme qui a des yeux et quelque reste de conscience ait pu se résoudre à publier une si horrible imposture, non seulement contre la personne de M. de Saint-Cyran, qui est mort la plume à la main, en défendant la réalité du corps de J.-C. et le mystère de la transsubstantiation dans le sacrement de l'eucharistie; et contre M. Arnauld, auteur du livre de la Fréquente communion ; contre la Mère Agnès, sa sœur, et contre toutes les religieuses de Port Royal. Mais il est encore plus étrange que cet ouvrage diabolique ait pu trouver des approbateurs, et que les sieurs E. Guerry, prieur des écoles de Sainte-Opportune, et H. Marret lui aient rendu ce témoignage, qu'ils l'ont trouvé non seulement conforme à la doctrine de TÉglise catholique, apostolique et romaine, mais encore très utile pour désabuser les esprits des erreurs de la nouvelle doctrine. On s'étonnera peut-être dans la postérité qu'un si grand excèssoit demeuré impuni; et comme il y a grande apparence que les Lettres Provinciales dureront dans les siècles à venir, ceux qui liront la 16* admireront la malice de ce jésuite imposteur, la complaisance criminelle des deux docteurs qui ont approuvé son libelle, et l'assoupissement des magistrats de Poitiers.

Le deuxième jour de juin, on soutint à Angers dans la salle des Arts de savantes thèses de la grâce.

Le 8 du même mois, l'Assemblée générale du clergé de France écrivit une lettre au roi, qui se trouve insérée dans le procès verbal de cette année, et une autre à M. le cardinal Mazarin, sur le sujet de MM. de Sens, de Comminges et de Beauvais, qui avaient déclaré en pleine assemblée, le 24 de mai, qu'ils étaient prêts de donner satisfaction au pape

1. Bernard Meynier, jésuite (1605-1676) n'est guère connu que par ses écrits contre Port Royal.

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