LIVRE XV
M. le prince de Contiou à M. de Saint- Luc', en son absence, de tenir la main à l'exécution de ce qui aurait été résolu au conseil sur ce sujet.
Que Sa Majesté avait été très aise de recevoir de nouvelles marques de la déférence que l'Assemblée avait pour toutes ses volontés par l'envoi des lettres du cardinal de Retz, que ses députés avaient présentées toutes cachetées à Sa Majesté qui avait une entière confiance en l'Assemblée, et bien plus grande qu'elle ne pouvait avoir en qui que ce fût qu'on établit vicaire général ; que le cardinal de Retz, sous prétex te du spirituel, n'ayant d'autre but que de faire du trouble, écrivait des lettres avec des méchantes propositions préjudiciables au repos qu'on devait entretenir dans la ville de Paris; que Sa Majesté croyait entièrement nécessaire de les supprimer en leur naissance, et voulant en même temps pourvoir aux besoins que le diocèse de Paris pourrait avoir pour le spirituel, Sa Majesté permettait [de choisir] de nouveaux vicaires qui seraient légitimement établis ainsi que le sieur Du Saussay l'avait été, ou à MM, les évoques* d'en parler à l'Assemblée. Car en recevant des lettres de ce cardinal, n'étant que deux ou trois, le secret des choses mauvaises pouvait être aisément gardé, et ils ne rapporteraient à l'Assemblée que ce qui regarderait purement le spirituel.
Que Sa Majesté faisait toujours grand cas des prières qui lui étaient faites de la part de l'Assemblée, qu'elle avait sujet de louer sa charité parlant en faveur d'un ecclésiastique; mais qu'elle ne d'outait pas que lorsque l'Assemblée serait informée de la conduite que le sieur Chevalier avait tenue, et à quel point il avait abusé des bontés de Sa Majesté, lui manquant de respect, et faisant ostentation de ne [pas] vouloir déférer aux ordres que M. le chancelier lui donnait de sa part, avec des termes injurieux et diverses circonstances qui ne pouvaient pas permettre de lui faire autre traitement que celui qu'il avait reçu, elle ne tombât d'accord qu'il ne fallait pas lui donner sitôt les moyens d'exécuter ses mauvaises intentions comme il avait fait jusqu'alors, avec beaucoup de préjudice pour le public.
1, François d'Espinay, marquis de Saiut-Luc, lieuteuaDt-géaéral de Bordeaux et gouverneur du Périgord, mort vers 1678.
2. Ms. : de Paris; il faudrait alors suppléer les mots auffragants et lire : les évêques suffragants de Paris.
Enfin que Sa Majesté s'assurait que l'Assemblée apprenant par ses députés le mauvais succès du siège de Valenciennes, elle se hâterait d'autant plus de lui donner des marques de son affection dans l'assistance que ses commissaires lui avaient donnée de sa part, et dont elle chargeait encore ces députés.
Voilà comment toutes choses tournaient à la ruine de M. le cardinal de Retz. II avait imploré la protection du pape, et Sa Sainteté l'abandonnait à la discrétion de ses ennemis; il avait nommé M. Du Saussay son grand vicaire, et ce grand vicaire trahissait ses intérêts; il écrivait à l'Assemblée du clergé pour lui demander sa protection, et elle envoyait ses lettres au roi toutes cachetées, afin que, dans la nécessité inétable où l'on était dans l'église de Paris d'avoir de nouveaux grands vicaires, ce fût le roi qui les nommât de concert avec le clergé, sans la participation de cet archevêque; et le rétablissementde M. Chevalier dans le grand vicariat n'avait pas produit d'autre fruit pour lui que la perte de sa liberté et son emprisonnement dans la Bastille. Non seulement on l'accusait de vouloir soulever toute la ville de Paris, mais même M. Du Saussay, depuis son sacre qu'il avait reçu à Poissy des mains de M. de Chartres, avait reçu une lettre de M. le cardinal Mazarin par laquelle il lui mandait qu'il s'était trouvé parmi les papiers de ce prisonnier des mémoires de M. le cardinal de lletz pour troubler le repos de six villes presque aussi grandes et aussi considérables que Paris; que le roi s'était senti obligé, pour prévenir de si grands maux, d'en écrire au pape, pour demander à Sa Sainteté qu'elle le nommât sulTragant du diocèse de Paris quoiqu'il fût sacré évêque de Toul, et Sa Majesté ferait recevoir par l'Assemblée du clergé le bref de cette suffragance.