CHAPITRE VI
Événements de la Faculté de théologie pendant le mois de février.
La précaution dont M. de Sainte-Beuve avait usé en s'abstenant de se trouver avec les autres docteurs pour défendre
la Lettre de M. Arnauld dans les assemblées de la Faculté lui fut un ménagement fort inutile. C'était contre lui, aussi bien que contre ce docteur persécuté que la censure avait été fabriquée, et il s'était rendu criminel envers la cour en refusant par deux différentes fois de la signer. On n'en voulait point faire à demi, et les partisans des Jésuites ne pouvaient plus souffrir davantage qu'un homme déclaré pour la doctrine de saint Augustin fût plus longtemps aux gages du roi.
Le vendredi 26 du mois de février, le sieur Carlier, Tun des commis de M. Le Tellier, secrétaire d'État, vint sur les neuf heures du soir lui apporter une lettre de cachet qui lui défendait d'enseigner à l'avenir la théologie. Ce commis en la lui mettant entre les mains lui demanda quelle réponse il voulait qu'il fît h M. Le Tellier. M. de Sainte Beuve lui répondit qu'il le priait de dire qu'il exécuterait ponctuellement la volonté du roi en s'abstenant d'enseigner, et qu'il ne savait pas s'il avait ordre de tirer de lui quelque autre réponse. M. Carlier lui répliqua qu'il avait seulement ordre de lui mettre la lettre du roi entre les mains, de la lui faire lire en sa présence, et de savoir de lui ce qu'il avait résolu de faire. Ce docteur lui repartit qu'il était dans le dessein d'obéir, et que si l'on demandait de lui quelque autre chose, il n'avait qu'à la lui marquer, ne voyant pas de sa part qu'il eût rien à faire davantage. M. Carlier lui dit qu'il pourrait consulter ses amis sur ce qu'il avait à faire pour lui apprendre ensuite sa dernière résolution dans trois ou quatre jours; mais que cependant il assurerait M. Le Tellier qu'il était prêt d'obéir au roi.
Dès le lendemain M. Dabes, qui professait aussi en Sorbopne, ne put dissimuler la joie qu'il ressentait d'une nouvelle si agréable ; et pour en faire part à ses écohers, il" leur dit qu'ils auraient un docteur qui viendrait le jeudi suivant dicter ses leçons en la place de leur maître. Mais il trouva en eux si peu de disposition à bien recevoir cet avis, qu'à peine eut-il achevé d'en prononcer les derniers mots qu'ils se mirent à le siffler et à jeter des pierres par la classe.
Le bon vieillard M. Hennequin, qui était demeuré à Troyes pendant toutes les délibérations de la censure, et qui avait dit plusieurs fois qu'il ne la signerait jamais, ne