‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 13 sur 65 · A. MADAME FANNY DE BEAUHARNAIS · texte numérisé non relu

A. MADAME FANNY DE BEAUHARNAIS

Madame de Fontenay en prison. — La manière dont elle annonce à Talien qu'elle doit être incessamment jugée.

« Avec les beaux fruits que vous m'avez envoyés, ma bonne tante, j'ai reçu l'ingénieux billet renfermé dans l'un d'eux. Mes enfans sont donc avec vous l Dieu soit loué , c'est pour mon cœur un grand point de repos. Pourquoi mon mari n'est-il pas avec eux ? Je n'ai point de ses nouvelles ; je n'en ai point de Névil ; et la mère de ce dernier n'a pu obtenir encore la permission de me voir. Jugez de mes inquiétudes ! Tout s'empresse autour de moi pour me les faire oublier. Mais le cœur d'une épouse , d'une mère, quand il est meurtri , peut-il s'ouvrir si aisément à l'espérance et aux consolations ? »

Pour donner ou recevoir quelques avis importaiis, les prisonniers étaient obligés d'inventer des moyens extraordinaires pour tromper la surveillance active qui s'exerçait sur tous les objets qui entraient ou sortaient des prisons.

On assure que madame de Fontenay ,( devenue depuis madame Talien (i) , ) ayant appris d'une manière certaine , que peu de jours après elle serait mandée à la Convention , écrivit un billet à Talien , le cacha dans un cœur de chou, qu'elle lui jeta par une fenêtre, au bas de laquelle il venait souvent pour tâcher de l'apercevoir au travers des grilles. Elle lui apprenait le sort qui lui était réservé , et finissait par ces mots : « Si vous m'aimez autant » que vous le dites , employez tout pour sauver » la France, et moi avec elle. »

L'amour excessif de Talien le porta au projet qui mit fin aux crimes de Robespierre ; ainsi la destinée de notre belle patrie dépendit d'un morceau de chou, plus ou moins adroitement jeté , par la faible main d'une femme !

(i) Aujourd'hui madame la Princesse de Chimtiy.

SUR JOSKPHINE. 63

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