‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 16 sur 65 · î MliMOlRES · texte numérisé non relu

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santé je me sens \igoiireux par le calme et puissant par la sagesse ?

» Le citoyen Névil. — Je vous assure, citoyens, que ni Rousseau , ni Mably , ni Montesquieu, n'ont rien écrit de plus sensé.

» 1/71 membre. — Quels sont ces gens-là? sontils de la section ?

» Un autre membre. — Ne vois-tu pas que ce sont dts feuillans ? tout cela est de la clique modérantisle , et ne vaut pas le diable.

» Le Président. — Vous tombez dans l'erreur, citoyens , ce sont des auteurs du siècle de Louis XIV, et dont on joue journellement les tragédies au Théâtre-Français. »

« Ici le club révolutionnaire se partage en railleurs , qui croient avoir le droit de se moquer de leur président , et en raisonneurs qui appuient ou combattent la découverte dont il vient d'enrichir l'empire littéraire. M. de Beauharnais eût souri de la méprise , s'il ne soupirait en songeant à quels honnnes est remis le sort des citoyens.

y) Névil , en ramenant l'interrogatoire sur la droite ligne du bon sens, essaie de terminer une séance également ridicule et pénible.

Après quelques questions ou divergentes ou oiseuses , le président , ne trouvant aucun lait à la charge de mon mari , conclut à son arrestation provisoire. « On aura alors le temps d'en découvrir , dit - il dans la prévoyance révolutionnaire ; et toi , citoyen , tu auras aussi le temps de te défendre. Si tu aimes ta patrie, tu la serviras aussi bien par ta résignation que par ton activité ; et si la liberté t'est chère , elle te le deviendra encore plus en prison. En conséquence , je t'y envoie non comme coupable , Dieu m'en garde , mais comme pouvant le devenir. On t'écrouera sur les registres du Luxembourg, seulement avec cette apostille favorable : Prévenu d' être suspect. »

Rien ne prouve davantage la noblesse , le sang-froid , et la modération du caractère de M. de Beauharnais, que l'interrogatoire absurde que l'on vient de lire. Pourra-t-on jamais imaginer dans l'avenir, que des hommes aussi iguorans aient pu être pendant plusieurs mois les juges de leurs semblables ? supposera-t-on que cette froide et affreuse cruauté qui s'amuse au moment de condamner, ait pu être tolérée

par une Dation éminemment généreuse? Née trop tard pour être témoin de telles actions , à peine puis-je me persuader que mes compa ■ triotes n'exagèrent pas. Ce qu'ils racontent me semble de sanglantes tragédies, inventées par des esprits fanatiques , qui ne trouvent d'intérêt qu'aux émotions les plus douloureuses. Hélas ! ce sont des vérités dont chaque famille a eu à pleurer les déplorables conséquences ; la mienne n'eu a pas été exemptée !.. il faut donc malgré moi ne pas douter de ces récits que nos neveux repousseront sans doute avec indignation, lis ne voudront ajouter foi qu'à ce (ju'ils trouveront de conforme auxnoblessentimensde leurs compatriotes. Pourquoi sommesnous si près d'événemens, qu'il faudrait effacer de notre histoire , vierge encore de semblables crimes ! il faut les croire tous î . . . c'est-là le malheur de notre époque, d'ailleurs si brillante de gloire et d'espérances.

LETTRE Xlï.

AU CITOYEN ALEXANDRE DE liliAUIIARN AÏS.

Le ciloyen Saint-Just. — M. de Sainl-Jusl, auteur du Calil'e, Jean de Paris, etc. — Madame de Saint-Just. — Pension à mademoiselle Robespierre.

ce Serait-il vrai que le ciel s'adoucît , et que le gouvernement , devenu plus fort , mît un terme à la sévérité , et lui fît succéder la clémence ? Depuis avant-hier , les précautions de rigueur se sont relâchées, et non-seulement on comnumique au dehors, après une inspection fort superhcielle. Le bruit s'accrédite que Saint- Just i) a eu une altercation fort vive avec

( 1 ) Il ne faut point confondre le Saint-Just dont il esL ici question avec M. de Saint-Just, le spirituel auteur d'une foule de charmans opéras-comiques, tels que le Calife de Bagdad, Jean du Paris, etc., mort il y a deux

plusieurs membres du comité , au sujet de Robespierre: celui-ci, ajoute-t-ou , veut changer de système ; sa politique, lasse de supplice, trouve, dans celle de certains collègues, lui

ans. Ce dernier, d'nne humeur douce et paisible, ne s'occupait nullement de politique ; il bornait ses soins à employer une jurande fortune au bonheur de toutes les personnes qui l'approchaient. Sa conversation fine, amusante , attirait chez lui l'élite des artistes, qu'il se plaisait à encourager, et à aider de sa bourse, lorsque leur position n'était pas satisfaisante. Indulgent, aimable , il a été regretté unanimement, lorsqu'une maladie inflammatoire l'a enlevé aux lettres et à ses amis. Il m'a témoigné une affection que je n'oublierai jamais , et j'ai saisi avec empressement une occasion de rendre à sa mémoire l'hommage que je lui devais. Il sera loué , sans doute, avec plus de talent, plus d'éloquence, mais jamais par une plume plus vraie.

M. de Saint-Just avait épousé en secondes noces mademoiselle Tourette , belle-sœur du célèbre Chérubini. Ce choix honore également celui qui le fit, et celle qui en fut l'objet, car, excepté la fortune, mademoiselle Tourette possédait tout ce qui doit faire rechercher une femme. Son désintéressement, à l'époque de la mort de M. de Saint-Just, la rendit encore plus digne d'être la compagne de l'homme qui ne calcula jamais que la possibilité de faire des heureux.

.SUR JO.SKPHINE. -yy

obstacle invincible. Sainl-Just est un jeune homme plein de ce mérite rare, qu'on remarque une fois en vingt ans; et nous avons mille fois déploré la fatalité qui Ten traînait dans une route aussi dangereuse que cruelle. Rien de moins étonnant non plus que de voir Robespierre revenu à des sentimens plus doux. Celui qui , à la suite d'un long égarement , a osé proclamer un Dieu à la face des impies , ne saurait porter un cœur féroce.

» On dit, qu'à la suite t'e cette querelle, qui lui fait beaucoup d'honneur , il s'est banni des comités , rejetant par là sur ses collègues tout l'odieux d'une sanguinaiie administration. Mais l'influence de cet événement n'a été perdu, ni pour ceux qui espèrent , ni pour ceux qui souffrent. On a d'abord éprouvé ici une joie qui participait autant de la surprise que de l'enthousiasme. Peu à peu ces premiers transports se sont calmés , et je ne sais quelle sécurité plus tranquille , quoiqu'aussi douce , leur a succédé. Ne partagez-vous pas , mon ami , ces espérances ? les miennes seront plus vives et plus entières si vous les approuvez.

yt^ MÉMOIRES

«On annonce , comme un événement , l'apparition d'une brochure de Camille Desmoulins , et peut-être déjà en avez- vous connaissance.

)) On dit qae sous l'allégorie transparente de la cour de Tibère , il peint les cruautés de nos jours : c'est bien hardi; mais on ajoute qu'il écrit sous la dictée de Robespierre ; et dans ce cas sa témérité n'est pas dangereuse.

» Desenne a fait remettre à l'hôtel deux exemplaires de cet ouvrage , et il y en a un pour mon cher Alexandre. Puisse-t-il vous faire passer une bonne nuit ! )>

Madame de Beauharnais , ainsi que toutes les personnes qui souffrent, saisissait avidement tout ce qui pouvait calmer ses vives inquiétudes. Voilà sans doute pourquoi elle s'est trompée si complètement sur le caractère de Robespierre, qui assurément était un composé de tous les vices. Des hommes jeunes, timides , entraînés par des doctrines séduisantes , purent s'égarer, et par crainte devenir peu à peu presque aussi cruels que leurs chefs ; mais celui qui pendant tant de temps vit couler des flots de sane;,

versés par ses ordres; celui qui pouvait trouver le repos , après avoir signé de continuelles proscriptions , était un monstre qu'on ne peut essayer de justifier. Sa mémoire sera à jamais en exécration.

On prétend que sa soeur a obtenu une pension sous les divers gouvernemens qui ont suivi celui de gS , et que même elle lui est continuée sous celui des Bourbons. J'ai peine à le croire ; sans doute les fautes doivent être personnelles , et il faut éviter de punir les familles des coupables , mais est-il bien nécessaire de récompenser les parens du tyran de la France? ne vaudrait-il pas mieux employer ces fonds à secourir les veuves et les orphelins des braves morts au champ d'honneur , ne laissant qu'un nom honorable aux objets qui leur étaient chers ?

tJo MÉMOIRES

LETTRE XIIL

AU DOCTEUR PORTAL. MM. Magendie, Auvity. Prunet, Heurteloup, etc , M. Horeaii.

« Eh ! vite, docteur, courez au comité de surveillance, où l'on vous délivrera une permission pour entrer au Luxembourg. Là , vous trouverez l'uu de vos abo)més, qui, malgré sa situation , n'a pas oublié qu'il a pris avec vous l'engagement d'être malade , au moins quinze jours par année. La maladie est arrivée , et l'engagement va êlre rempli ; mais pas plus de quinze jours , entendez- vous , docteur ; vous m'en répondez sur votre tête. Ce serait beaucoup trop , s'il était libre ; mais en prison , la maladie fait passer le temps , quand elle ne tue pas le malade , et un médecin aimable amuse l'un et l'autre. »

M. Portai était alors ce qu'il est toujours , l'homme le plus savant . le plus serviable et le

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pius estimé. Il rendit beaucoup de services dans un temps où la pitié était regardée comme un crime , puisqu'elle pouvait dérober une victime à la hache des bourreaux. Aucun danger n'efî'raya le doyen de la Faculté , qui dans un âge très-avancé conserve encore toute la gaîté de la jeunesse. Honoré de l'affection de son souverain , il a constamment à s'applaudir d'avoir suivi la carrière la plus belle, lorsqu'on sait, comme lui , l'ennoblir par toutes les vertus.

Plusieurs de nos jeunes médecins doivent être comptés parmi ceux destinés à suivre un si noble exemple, particulièrement MM. Magendie , Auvity , Prunet , Roger , Heurteloup , etc. etc. Je suis heureuse de les citer comme l'espoir de la génération qui s'élève; elle trouvera en eux ce que nous avons rencontié dans leur vénérable devancier : science et bonté.

Je ne parle pas ici de M. Horeau , dont il est souvent question dans le cours de cet ouvrage; retiré dans une terre , il n'exerce plus la médecine.

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