‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 19 sur 65 · MADAME DE BEAUIIARNAIS A SA TANTE , MADAME FANNY DE BEAUHARNAIS · texte numérisé non relu

MADAME DE BEAUIIARNAIS A SA TANTE , MADAME FANNY DE BEAUHARNAIS

« Le croirez-vous , ma tante ? mes entans viennent de subir un Ions; et minutieux interrogatoire ! Ce vieillard méchant , membre du comité , et duquel je vous ai déjà parlé , s'es transporté chez moi ; et , sous prétexte de s'inquiéter de mon mari et de m'en entretenir , il a fait causer mes enfans. J'avoue que d'abord j'ai été 1^ dupe du stratagème : seulement je m'étonnais de l'affabilité du personnage ; mais bientôtelle s'est trahie par la mahgnité, par l'aigreur même qu'il témoignait lorsque les enfans répondaient de manière à ne pas donner la moindre prise contre leurs infortunés parens. La rusife m'a été connue promptenient.

«Lorsqu'il a vu que je l'avais pénétré, il a cessé de feindre, etm'avouant qu'il était chargé d'ob-

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tenir de mes enfans des renseignemcns d'autant pins certains qu'ils seraient ingénus , il a procédé à un interrogatoire en forme. Alors il s'est passé en moi une révolution inexplicable ; j'ai senti que je pâlissais d'effroi , que je rougissais de colère , que je tremblais d'indignation. J'allais exprimer au vieux révolutionnaire toute celle qu'il m'inspirait , lorsque j'ai songé que je ferais plus de mai encore à M. de Beauharnais, contre lequel cet homme exécrable paraît déchaîné; j'ai donc modéré ma colère. 11 m'a invitée à le laisser seul avec'mes enfans. J'ai voulu résister , mais j'ai remarqué tant de i'ureur dans ses yeux, que j'ai été contrainte de lui obéir.

» Il a enfermé Hortense dans un cabinet , et a commencé h questionner son frère. Le tour de ma fille est venu : oh ! pour celle-ci , dans laquelle il a reconnu une finesse prématurée et une pénétration fort au - dessus de son âge, il l'a tenue fort long -temps. Après les avoir sondés sur nos discours , nos opinions, les visites et les lettres que nous recevions , surtout sur les actions dont ils avaient pu être témoins , il aborda la question capitale , je

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veux dire le propos tenu par Alexandre. Mes enfans , chacun selon leur caractère , ont trèsbien répondu , et malgré la subtilité d'un méchant qui veut trouver des coupables , l'ingénuité de mon fils et la spirituelle adresse de sa sœur ont déconcerté la fourberie , s'ils ne l'ont pas confondue.

» Que fera-t-on de cet interrogatoire, tel que la vérité le dicta à des bouches sincères? il ne peut servir qu'au triomphe de l'innocence et à la honte de ses accusateurs : oseront-ils le produire s'il doit causer ce double échec?

» Toujours le même silence sur ce malheureux INévil : malgré ma répugnance, je me suis décidée à demander audience à un membre du comité de sûreté générale , Louis (du Bas- Rhin), dont on dit moins de mal que de ses collègues. Votre neveu m'avait expressément défendu de voir ces hommes, qu'il regarde comme les bourreaux de notre patrie , mais il n'a pu me défendre de solliciter par reconnaissance et en faveur de l'amitié. S'il l'eût fait , j'aurais eu la force de lui désobéir. J'ai l'horreur des ingrats , et n'en grossirai certainement jamais le nombre. »

LETTRE XYI.

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