LETTRE XVIII
AU CITOYEN DORAT CUBifeRES,
« C'est à vous , mon ami , que je dois la priineur d'un récit auquel vous êtes intéressé, puisque ce sont vos sollicitations qui ont amené l'événement qui en est le sujet.
» Prosper Sijas, nommé depuis cinq jours adjoint au ministère de la guerre, avait obtenu que mon mari fut entendu en plein comité ; il ne voulait pas que son innocence, appuvée par sa présence , fît un effet décisif sur les membres du gouvernement, qui sont, pour la plupart, ses anciens collègues. Vous, mon ami, de votre côté , vous aviez demandé que le même comité m'interrogeât . votre demande n'avait pas été vaine. Remarquez toutefois , que j'ignorais le succès de l'une et de l'autre, et qu'Alexandre
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ignorait jusqu'à leur existence. Transférée des Carmes, dans les bureaux du comité, j'attendais dans une anti-cliambre qu'on m'appelât , lorsqu'à mon inexprimable étonnement, je vois entrer Alexandre ; lui, de son côté, n'éprouve pas moins de surprise ; mais ni lui , m moi , ne savions encore s'd fallait nous livrer à l'espérance. Pourtant , le bonheur d'être réunis nousprocuraunde ces rares momensde félicité qui suffisent pour adoucir , pour faire oublier une année d'infortune. Nous en jouissions avec une ivresse , que les indifférens nommeraient puérile , elle fut interrompue par celui même qui , sans s'en douter , l'avait occasionnée. C'était le citoyen Sijas, dont les nouvelles fonctions ont amené , dans les bureaux du comité , un changement qui nous fut momentanément défavorable.
» Ce n'est plus Louis qui est chargé du rapport; et il eût été imprudent de paraître devant un nouveau rapporteur peu instruit et mal prévenu. C'est ce que venait apprendre à mon mari le nouvel adjoint de la guerre. Je fis, de cet avertissement, mon profit personnel, cl nie promis de ne .solliciter aucune
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audience que dans un moment plus o[)por tun. Celle-ci du moins n'avait pas été tout-àfait inutile, puisqu'elle nous avait réunis. Mais dans quels lieux, et dans quels momens! Je ne sais ce qu'aura pensé de moi mon pauvre Alexandre ; pour moi , je l'ai trouvé bien pâle, bien maigre et bien changé. Quant à son humeur , c'est toujours la même : il est le plus aimable et le plus noble des hommes ; de la résignation, du courage, des discours héroïques, et une conduite plus magnanime encore. Il avait pleuré de joie en me revoyant : quand il a fallu se séparer, ce ne fiit plus que calme et fermeté. 11 m'embrassa en ami plus qu'en époux , et me recommanda ses enfans. Tant de tranquillité va bien à tant d'iniiocencec Pourtant je m'afflige que ces gens du comité ne l'aient pas vu : auraient-ils résisté à cet ascendant de la vertu ? »
SUK JOSÉPHINE. , 125