‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 32 sur 65 · LETTRE XXVII · texte numérisé non relu

LETTRE XXVII

MADAME ** , A MADAME FA?iJNY DE BEAUHARNAIS. Madame Louis de Girardin.

«Comme tout ce qui sait lire en France , j'ai riionneur de vous connaître , Madame , mais n ai point celui d'être connue de vous. Quand je devrais préluder à cette correspondance par des louanges , pourquoi faut-il que je la commence par des pleurs? Hélas! dans ce moment, les vôtres coulent, car les derniers journaux sont tombés sous vos yeux , et le sort de M. de Beaubarnais vous est connu. Celui de sa malbeureuse épouse redouble vos chagrins, par les inquiétudes qu'il vous cause. Rassurezvous, madame, la sauté de cette charmante personne , fortement ébranlée par cette affreuse secousse , est pourtant moins menacée

que la Iranquillilë de son âuie , que la tendresse de son cœur. Elle icsta deux jours sans connaître l'épouvantable catastrophe. Par un billet que lui avait écrit Monsieur votre neveu, elle savait sa translation à la Conciergerie , et sa comparution prochaine au tribunal; mais l'espérance avait absorbé toutes ses facultés, et il n'y restait plus de place pour la crainte ; ce qui eût fait trembler tout autre, la rassurait. Elle demeura long-temps dans celte illusion , qu'un grand nombre en effet avait partagée, mais que les nouveaux événemens commençaient à dissiper. Il était bien pénible de l'entendre nous entretenir de sa tendresse, de ses projets , quand celui qui en était l'objet ne pouvait plus eu jouir. A la fin, cependant, on ne souriait plus , on gardait le silence , on soupirait en se détournant ; et plus d'une larme involontaire s'échappait de nos yeux. Cependant on avait soustrait à ceux de madame votre nièce les horribles journaux du huit ; elle les demanda , d'abord , sans y attacher beaucoup d'importance, et n'insista qu'à cause des prétextes , des délais et des refus. Ces derniers lui fireut soupçonner la cruelle vérité, que

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notre sileuce et 110s sanglots lui contirmrrent.

» Ce premier coup amena un long évanouissement, dont ellene sortit que pour s'abandonner au plus légitime comme au plus violent désespoir. Tant d'espérances frustrées ! tant de félicité évanouie ! Nous ne cherchâmes point à la consoler, persuadés que la douleur trouve son terme dans son excès. Effectivement, celle de madame de Beauharnais , plus profonde , sans doute , mais moins éclatante, jouit pour ainsi dire d'elle-même , et se change peu à peu en mélancolie , triste bénéfice du temps, qui ne diminue nos maux que pour les éterniser.

» Nous liii parlons beaucoup de ses enfans , c'est la rattacher à la vie que de lui prouver qu'elle est nécessaire aux êtres qu'elle chérit ; c'est dire , Madame , que nous l'entretenons vous aussi du bonheur que vous éprouverez à être soignée par elle , à sa sortie de prison.

«Essayer de distraire madame de Beauharnais de son juste chagrin, serait inutile, mais on peut espérer d'en diminuer l'amertume , non par des mots, mais parle détail des devoirs qui restent à remplir h un coeur comme le sien. Croyez bien, madame, que nous ne négligeons

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rien; pourrait-on connaître votre nièce, et rester indifférente à ses peines?... (i) » J'ai l'honneur d'être , etc. »

(i) On pense que l'amie dévouée qui écrivit ceUe lettre fut madame d'Aiguillon (depuis madame Louis de Girardin ). C'est la personne dont l'Impératrice parlait le plus souvent et avec le plus d'affection.

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^ LETTRE XXYIII.

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