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et que vous vous affligez maintenant de «es avoir tracées.
. )) Je suis effrayée de tous les dangers qui vous entourent , et dont j'ignorerais la moitié, si Eugène n'insistait pour que je vous écrive de ne pas aller au-devant des périls, et de ménager davantage des jours qui intéressent non seulement votre famille et vos amis; mais d'où dépend la destinée de vos frères d'armes , et de milliers de soldais qui n'ont de courage pour supporter tant de fatigues, que lorsqu'ils sont sous vos yeux.
» Mon ami, je vous conjure de ne pasouti^epasser vos forces , et d'écouter moins votre génie , que les avis dictés par ceux qui vous aiment. Berthicr , Bourienne, Eugène, Caffarelli, plus calmes que vous , voient quelquefois plus juste ; ils vous sont dévoués, écoutez-les donc; mais n écoutez f/u'cuj?, entendez-vous? et vous et moi serons plus heureux.
» On me rend ici des honneurs qui quelquefois m'embarrassent ; car, enfin , je ne suis pas habituée à ces hommages , qui , je le vois , déplaisent à nos autorités j, toujours ombrageuses , et craignant de perdre leur pouvoir
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de la veille. Laissez faille tous ces gens , luc dites-vous ; mais , mon ami , ils tâcheront de vous nuire ; ils vous accuseront de chercher à diminuer leur puissance; et je serais désolée de contribuer en rien à une humeur que vos triomphes suffisent pour justifier. Lorsque vous reviendrez couvert de nouveaux lauriers , que feront-ils, mon Dieu, si déjà ils se tourmentent? Je ne puis calcider où s'arrêtera leur colère , mais vous serez près de moi , et dès-lors je serai rassurée.
«Ne parlons plus d'eux ni de vos soupçons, que je ne veux pas repousser un à un , parce qu'ils sont tous aussi dénués de vraisemblance les uns que les autres ; et pour nous reposer de tout le désagrément du connnencemeut de cette lettre , je vais vous donner quelques détails sur ce qui vous intéresse , puisque cela me touche.
» Hortense , pour me consoler autant qu'il dépend d'elle , emploie tous ses soins à cacher ses inquiétudes pour vous , pour son frère, et met en oeuvre toutes les ressources de son esprit pour dissiper cette tristesse dont vous doutez , et qui ne me quittepas. Par ses talens et le charme
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de sa conversation , elle parvient quelquefois à me faire sourire , alors elle s'écrie avec joie : On saura cela au Caire, cAèrc maman ! Ce nom qui me rappelle immédiatement quelle distance me sépare de vous et de mon iils, me rend cette mélancolie que l'on veut dissiper ; et je suis obligée de faire de grands efforts pour la dissimuler à ma lilie , qui , par un mot , un regard , me transporte précisément aux lieux dont elle voudrait me faire perdre le souvenir.
)) La taille d'Hortense se forme et acquiert une grâce parfaite ; elle se met avec goût , et certainement , sans être à beaucoup près aussi jolie que vos soeurs , elle pourra plaire , même auprès d'elles.
» Ma bonne tante passe sa vie à souffrir sans se plaindre , à consoler les affligés , à me parler de vous et à faire des vers. Moi , je passe mon temps à vous écrire, à entendre vos louanges , à lire les journaux , où votre nom se trouve à chaque page ; à penser à vous , à me reporter au temps où je pouvais vous voir à toute heure; à medésespérer d'en être éloignée, à désirer votre retour ; et lorsque j'ai fini je recommence; sont- ce bien là des preuves d'in-
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différence ? Je ne vous en souhaite pas d'autres à mon égard , et si vous êtes ainsi pour moi , je ne pourrai me trouver tout-à-fait à plaindre, malgré les petites calomnies que l'on tâche de me faire croire, en me parlant d'une certaine dame , qui paraît vous intéresser vivement ; pourquoi douterai- je de vous ? Vous m'assurez que vous m'aimez , je vous juge d'après mon coeur , et je vous crois.
» Dieu sait quand , et où cette lettre vous parviendra ; puisse-t-elle vous rendre une sécurité que vous n'auriez pas dû perdre; et vous assurer, plus que jamais, que tant que je vivrai je vous chérirai, comme au jour de notre séparation. Adieu , mon seul ami; croyez-moi, aimez-moi , et recevez mille tendres baisers. »
Pendant son séjour en Egypte , Napoléon éprouva de violens accès de jalousie, auxquels il était poussé par des rapports de Junot , qui prétendait recevoir de Paris des détails positifs sur la coquetterie et les infidélités de Joséphine.
Je ne sais rien de ces querelles dont l'Im-
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përatrjce parlait rarement, et très -vaguement^ mais je lui ai vu un grand ëloignement pour le duc d'Abrantès ; elle plaisantait souvent sur ses manières , qu'elle trouvait , avec quelque raison, un peu communes avec les fennnes. Elle prétendait qu'il n'établissait aucune différence entre une vivandière et une ducbesscj et que son ton se ressentait toujours un peu de sa première jeunesse. S. M. rendait justice à son courage, à son sang-froid , et à ses talens militaires ^
On prétend qu'elle a empêché qu'il fût nommé marécbalj mais il est plus vraisemblable de présumer , que c'est uniquement le souvenir du chagrin qu'il avait causé à NajDOÎéon , qui mit obstacle à ce qu'il obtînt le titre qu'il ambitionnait. Il n'était point dans le caractère de Joséphine de se venger ; et d'ailleurs , l'empereur , pour des choses de ce genre , ne se laissait pas influencer par l'Impératrice.
Le duc et la duchesse d'Abrantès affichaient un luxe extrême, qui plaisait à Napoléon. Il aimait fort à voir sa cour brillante et magnifique ; et loin de mettre un frein aux dépenses excessives de sa noblesse, il prenait plai-
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sir à l'augmenter encore par ses éloges. Il appelait le duc de Eaguse, le roi Marmont I" , et Junot , Marmont II , les trouvant les plus dépensiers des généraux de l'armée.
La duchesse d'Abrantès , jeune et jolie , pleine de talens, était citée comme le modèle des élégantes; on copiait toutes les modes inventées par elle , sans songer que sa charmante figure y prêtait une grâce que toutes les femmes ne pouvaient y donner. C i prétend qu'elle dépensait deux cent mille francs pour sa toilette.
Je ne sais jusqu'à quel point il faut croire à une telle prodigalité , mais il faut plaindre la duchesse d'Abrantès de n'avoir pas su mettre à l'abri de tout événement une somme qui pût la préserver de la position gênée dans laquelle elle se trouve aujourd'hui.
Sa fille aînée, d'une beauté remarquable, a prononcé ses voeux comme soeur de la charité. Cette jeune personne, réunissant tout ce qui peut plaire dans le monde, a préféré s'ensevelir dans un cloître , afin de se consoler de ne pouvoir être utile à ses semblables, par une fortune qui lui était ravie , et dont elle eut fait 'un
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digne usage. Elle a trouvé un moyen de prodiguer aux inCortunés tous les soins d'une ingénieuse compassion ; habituée de bonne heure aux vicissitudes du sort , aux douleurs , elle saura calmer les maux qu'elle s'est engagée à adoucir; et dans le modeste asile que sa vertu a choisi , elle pourra goûter encore quelque bonheur , en priant pour son père et en recevant les bénédictions du pauvre !