‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 39 sur 65 · TOME m, i · texte numérisé non relu

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des ennemis parmi vos compatriotes. Ce serait ajouter un trop vif chagrin à celui que j'ai d'être loin devons, que de me faire craindre CCS querelles, qui naissent sans raison, et finissent quelquefois d'une manière si tragique! J'ai besoin de croire que votre père adoptif ne compte autour de lui que des admirateurs, et que vous ne rencontrez que des protecteurs et des conseillers de votre jeunesse.

» Adieu, mon cher fils. 11 est, je le sais, très-inutile que je vous répète ici que ma tendresse pour vous passe toute borne, car vous en êtes convaincu ; mais je trouve tant de plaisir à rabâcher sur ce sujet , qu'il faut bien que vous vous résigniez à me laisser faire ; ainsi , mon bon Eugène, recevez mille nouvelles assurances de l'affection de votre mère, et laissezlui vous donner tous les baisers qu'elle voudrait vous prodiguer en réalité. Ecrivez-moi tant que vous pourrez; ce ne sefa jamais assez.

M P. S. J'ai reçu les schalls. Ils peuvent être très-beaux et très-chers; mais ils me paraissent fort laids. Leur grand avantage est dans leur légèreté. Je doute que cette mode prenne.

N'importe, ils nie font plaisir, parce qu'ils sont extraordinaires et chauds. »

Je ne connais point les noms des jeunes gens empressés à adresser leurs hommages à Mademoiselle Hortense de Beauharnais; sou avenir promettant de devenir brillant, elle était entourée d'une foule d'hommes qui désiraient lui plaire, et dont aucun n'obtint d'espérances; puisque lorsque je la vis pour la première fois (six mois avant son mariage), on ne désignait personne comme ayant fixé le choix de celle que tant de familles désiraient avoir pour bellefille. Depuis lors on a beaucoup répété qu'elle aimait le général P.... ; mais alors on n'en parlait point; et je pense que ce bruit était dénué de fondement.

Le général P...., cité connue l'homme de la figure la plus remarquable de ce temps, avait des parens qui lui ressemblaient peu; leur singulière laideur donna lieu à une anecdote que voici :

Us étaient tous en émigration à la même époque que ma famille. Un soir, le duc de

FIciiii , ëfinirdi et £,ai , malgré les privations de l'exil , arrive chez Madame la princesse de Vaudémont , après nne absence de quelques mois. Il connaissait le vieux M. de P — , et après l'avoir salué, « dites-moi donc, je vous prie , qui est cette horrible femme assise près de la jolie Madame de Fougy, comme ])Our faire contraste? — C'est ma femme, répondit M. de P — avec une mine fort allongée. — Oh ! non , reprit le duc , je connais bien Madame de P.... (c'était celle cependant dont il avait demandé le nom) , elle est fort agréable; c'est l'autre voisine de Madame de Fougy dont je m'informe ; c'est une figure vraiment curieuse. — Eh bien , c'est ma soeur, dit M. de P — — Oh ! par ma foi , mon cher P. . . . , vous êtes désolant; il est impossible avec vous de se tirer d'affaire ; on n'a pas une famille si extraordinaire. »

Madame Bonaparte reçut deux schalls de cachemire , qui lui furent envoyés par son époux. Mesdames Bourienne , Hamelin et Visconti , en eurent aussi. Ces dames les portèrent uniquement parce que cette parure était bizarre ; car elle fut jugée affreuse , et ne de-

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vaut [n\6 être adoptée. Cependant, depuis lors, les femmes ont voulu toutes se parer de ees s(A}iaîls si laids; et c'était un vrai malheur pour une élégante, d'en être privée.

L'impératrice Joséphine en avait la passion , et je doute que personne en eût une collection aussi précieuse. A Navarre, elle en possédait cent cinquante d'une beauté incomparable, et d'un pnx très-élevé. Elle avait envoyé à Constantinople des dessins d'après lesquels on lui lit faire des schalls aussi jolis à l'oeil , qu'ils étaient précieux. Chaque semaine, M. Lenormant venait à Navarre, et lui vendait ce qu'il avait de plus remarquable en ce genre. J'en ai vu de blancs parsemés de roses , de bleuets , de perroquets , de paons , etc. , qui je crois sont uniques en Europe. On les estimait à i5 ou 20,000 francs chacun.

L'Impératrice portait aussi des robes de cachemire. Un jour , M. Portalès, après en avoir admiré une fort belle , dit que le dessin ferait bien pour un gilet. Sa Majesté prit des ciseaux , coupa sa robe , et en donna les morceaux à MM. Portalès , de Turpin , et de Vielc^stel. Elle ne conserva sur elle que le corsage, qui ,

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porté avec le jupon blanc de dessous, dessinait encore mieux sa charmante taille ; ce qui chez elle n'avait été qu'un premier mouvement d'une gracieuse générosité , aurait pu paraître une recherche de coquetterie ; car je n'ai jamais vu de parure qui lui convînt davantage que ce spencer impromptu.

Les schalls ont été vendus à l'enchère, à la Malmaison, à des prix très -inférieurs à leur valeur. Tout Paris s'est rendu à cette vente , à laquelle je n'ai pas été ; car il m'eût été trop pénible de voir des revendeuses avides, se disputer les dépouilles dont j'avais vu l'Impératrice parée. Je ne conçois même pas que l'on ait pu se décider à spéculer ainsi sur ce qui devait , ce me semble , être partagé entre ses enfans , pour lesquels tout ce qui avait appartenu à une telle mère devenait bien précieux.

SIR .TOStPlII.NE.

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