‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 40 sur 65 · AU MINISTRE BE LA POLICE · texte numérisé non relu

AU MINISTRE BE LA POLICE

M. Thuriot. — MM. de A'illeneuve , C ister-Saint-Vicloi. — Madime Coster, tante de ce dernier. — Elle offre un tableau au consul. — Belle réponse d'un conseiller à la Cour.

« Citoyen ministre ,

» Encore toute effrayée de l'affreux événement qui vient d'avoir lieu (0 i j^ suis inquiète et tourmentée parla crainte des punitions qu'il va falloir infliger aux coupables, (jui tiennent, dit-on, à des familles avec lesquelles j'ai été autrefois en relation. Je serai sollicitée par des mères , des soeurs , des épouses désolées , et mon coeur sera déchiré de ne pouvoir accorder toutes les grâces que je voudrais obtenir.

» La clémence du consul est grande, son atta-

(i) La inachiiie inltMiiale du 3 nivôse. *"

chemeut pour moi extrême , je le sais ; mais le crime est trop affreux, pour qu'il ne soit pas nécessaire de faire de terribles exemples. Le chef du Gouvernement n'a pas été seul exposé, et c'est là ce qui le rendra sévère, inflexible.

M Je vous conjure donc, citoyen ministre, de faire ce qui dépendra de vous , pour ne pas pousser les recherches assez loin , pour découvrir toutes les personnes qui ont été complices de cette odieuse machine. La France si longtemps consternée par des exécutions nombreuses , aura-t-elle encore à gémir sur de nouveaux supplices i* N'est-il pas plus essentiel de chercher à calmer les esprits , que de les exaspérer encore par de nouvelles terreurs? Enfin , dès qu'on aura saisi les chefs de cette trame abominable, la sévérité ne devra-t-elle pas faire place à la pitié, pour des subalternes entraînés par des sophismes dangereux , et des opinions exagérées ?

» A peine investi de la toute-puissance, le consul doit , ce me semble , gagner les coeurs, et non soumettre des esclaves ; adoucissez, par vos conseils , ce que ses premiers mouvemens auront de trop violent. Punissez, hélas! il faut

SUR .lOSEPHliNE. 25:i

bien; mais graciez encore davantage. Enfin, soyez l'appui des infortunés qui, parla franchise ou le repentir , expieront une partie de leurs fautes,

» Ayant été moi-même prête à périr dans la révolution , vous devez trouver simple que je m'intéresse à ceux que l'on peut sauver , sans risquer de nouveaux dangers pour les jours de mon époux, qui sont précieux à moi, et à la France. Voilà pourquoi je désire que vous fassiez une grande différence, entre les moteurs de ce crime , et ceux qui , par faiblesse ou par crainte , ont consenti à en accepter une partie. Femme , épouse , mère , je dois sentir toutes les douleurs de coeur de ces familles qui viendront s'adresser à moi.

» Faites , citoyen ministre , que le nombre en soit moindre ; ce sera m'épargner de grands chagrins. Je ne repousserai jamais les supplications du malheur ; mais vous pouvez , dans cette occasion , infiniment plus que moi , voilà ce qui doit vous faire excuser l'importunité de ma démarche.

)) Croyez à ma reconnaissance et à messentimens. » ">

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J'ai parlé, dans ces Mémoires, des efforts , que fit Joséphine pour sauver plusieurs des condamnés, jugés au tribunal présidé par M. Thpriot. Elle réussit à faire . commuer la peine de mort prononcée contre MM. de Polignac, de Rivière, et Charles d'Hozier; mais elle ne put obtenir que la clémence consulaire s'étendît sur tous les coupables; neuf, je crois, furent exécutés à la place de Grève. Us montrèrent un extrême courage. Parmi eux on distingua particulièrement MM. de Villeneuve et Coster-St. -Victor , aussi remarquables par leur bravoure à l'armée , que par leur sang-froid dans le danger des négociations hasardées, dont ils furent chargés à différentes reprises , leur belle figure , et l'esprit qu'ils déployèrent aux audiences.

Madame Coster, tante de M. CosterdeSt.- Victor, célèbre par son beau talent pour la peinture des fleurs, s'adressa à madame Bonaparte, qui mit dans ses démarches l'activité qu'elle déployait dès qu'il fallait intercéder pour le malheur. Sa nonchalance créole l'abandonnait sitôt qu'il était nécessaire d'agir en faveur do l'infortune; malheureusement

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elle n'avait point assez de crédit pour tarir la source de tous les pleurs qu'elle voyait répandre; mais du moins elle en adoucissait toujours l'amertume , par les consolations qu'elle prodiguait aux douleurs cpi'elle ne pouvait finir.

Madame Costcr sachant combien le consul désirait la prospérité des arts , eut l'idée de lui offrir un de ses meilleurs tableaux ; espérant que, touché par la position d'une femme de talent , qui était au moment de voir briser le seul lien qui l'attachait à la vie, le consul accorderait cette grâce si vivement sollicitée. Le tableau fut présenté , admiré , et accepté ; mais le jeune Coster n'en fut pas moins conduit à l'échafaud, où il termina nobHment une vie qu'il avait dévouée aux Bourbons.

Ce procès, à jamais fameux, offrit plusieurs incidens qui ajoutaient à l'intérêt que l'on apportait aux séances. J'en ai raconté deux dans le cours de cet ouvrage (i); en voici un dont tout Paris retentit pendant quelques jours.

(i) Celui de la belle conduite du maréchal Macdo- »udd, cl le couplet iinpiovisé par M. de Uivièrc.

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M. Thiiriot présidait, dit-on, avec une partialité si défavorable aux prévenus, qu'il était aisé de voir qu'il désirait leur condamnation. 11 affectait une rudesse qui eût pu influer d'une manière désavantageuse sur les réponses, qui étaient faites, à des questions d'ailleurs posées d'une manière insidieuse. Georges Cadoudal montra une rare présence d'esprit , et en répondant au président il ne manqua jamais de l'appeler par son nom qu'il changeait avec intention en celui de J'ue-Roi (i); ce qui excitait dans l assemblée une agitation si marquée , que ce président eu fut indisposé , au point de se faire remplacer pendant plusieurs jours.

On assure que M. Thuriot disant devant plusieurs personnes qu'il fallait comme politique condamner tous les prévenus y compris Moreau , un des conseillers à la cour lui répondit : Si vous le condamnez, qui donc vous absoudra?

Extrêmement jeune à cette époque , j'ai ou-

(i) M. Thuriot avait voté la mort du Roi de la manière la plus positive.

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hlié lo nom de l'homme courageux qui ne craignit pas de perdre sa place , en montrant une opinion entièrement opposée à la volonté du gouvernement. C'est un tort de ne pouvoir le consigner ici , et pour m'en punir , je m'en accuse.

Fouché fut, dit-on, fort contraire aux mesures de rigueur dans c^tte occasion. D'autres avis l'ernportèrent sur le sien , qui était de ne condamner qu'à une détention perpétuelle.

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