‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 4 sur 65 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

A VICTOniNE , SA FEMME DE CHAMBRE.

Secrétaire à seciet. — La mère Marguerite. — Bienfaisance de madame de Ceauharnais.

« Ce serait faire injure à ma bonne Victorine que de lui recommander le zèle , la promptitude et le secret. Dans l'appositiou des scellés faite sur les meubles de l'appartement de mon mari , on n'a pu les mettre sur un des côtés de sou grand secrétaire , parce que le tiroir qui y est pratiqué à son ouverture perdue dans les veines de Tacajou , perpendiculairement à cellede ces veines qui simuleune losange nuancée de brun et de mort-doré , à un demi-pouce du recouvrement inférieur , est un orifice garni d'une ligature de fer non-saiilante et carrée , parfaitement semblable , mais en creux , à une cheville de piano. Effectivement, au centre

de celte ouverture , est une petite broche de fer , que fait mouvoir et tourner la clef de ce meuble. Victorine prendra celle du mien , ou- Trira le secret , et , ayant trouvé dans le tiroir un rouleau de papiers lié par un ruban bleu , elle mettra ce rouleau en Heu de sûreté. Il y a aussi dans le tiroir une tabatière avec mon portrait, qu'elle pourra joindre au premier envoi pour le Luxembourg. Dans celui que j'attends , ma bonne Victorine n'oubliera pas les nouveaux ouvrages que Desenne a fait remettre chez moi ; je lui en recommande surtout un qui a pour titre : le Vieux Cordeiier.

» Je suppose que mon absence n'a rien dérangé dans l'ordre des distributions : je veux qu'elles aient lieu comme à l'ordinaire. Victorine donnera deux portions à la mère Marguerite , parce que j'ai appris f |u'il lui était survenu un petit-fils , ce dont elle ne me parlerait pas. »

Cette lettre prouve combien Joséphine s'occUpait des malheureux, même dans les momens où elle était le plus tourmentée par ses dangers ])ersonnels. La mère Marguerite , dont il est ici question , était au nombre des pauvres qui

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recevaient , à domicile , des secours de madame de Beauliarnais.

Persuadée que la meilleure manière de faire l'aumône est de donner en nature , elle économisait sur sa pension, peu considérable, afin de pouvoir disposer de quelque argent pour nourrir des infortunés qui , trop fiers pour oser avouer un malheur non mérité, eussent péri de misère dans un grenier , si la bienfaisance n'avait su les y découvrir. Du pain , du bouillon , du vin , distribués à propos, rétablissaient des forces épuisées par le besoin ; et la sollicitude de madame de Beauliarnais procurait ensuite de l'ouvrage , qui mettait à même de ne plus être à sa charge. Ses amies vs' empressaient de la seconder , certaines que c'était le vrai moyen de lui prouver leur attachement ; et des familles cntu res lui durent une eiiistence tranquille.

Quelques années après elle fut elle-même en proie aux chagrins qu'elle avait pu alléger ; et la Providence lui fit trouver des âmes sem- !)lables à la sienne. Digne récompense de son ingénieuse et constante charité.

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