‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 47 sur 65 · LETTRE XL · texte numérisé non relu

LETTRE XL

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» Au milieu des nombreuses (ellcitations qui vous parviennent de tous les coins de l'Europe , de toutes les villes de France et de chaque régiment de l'armée , la faible voix d'une femme pourra-t-elle arriver jusqu'à vous ? et daignerez-vous écouter celle qui si souvent consola vos chagrins , adoucit les peines de votre cœur , lorsqu'elle n'a à vous parler que du bonheur qui achève de mettre le comble à vos voeux? Ayant cessé d'être votre épouse , oserai-je vous

féliciter d'être père? Oui, sans doute, sire, car mon âme rend justice à la vôtre, autant que vous connaissez la mienne; je comprends ce que vous devez éprouver , comme vous devinez tout ce que je dois sentir en cet instant; et quoique séparés, nous sommes unis par cette sympathie qui résiste à tous les événemens.

35 J'aurais désiré apprendre la naissance du roi de Rome par vous ; et non par le bruit du canon de la ville d'Evreux , et par un courrier du préfet (1)5 mais je sais qu'avant tout, vous vous devez aux corps de l'état , aux membres

(1) M. de Saint-Hilaire , page de l'empereur , arriva plus tard à Navarre , chargé de la lettre de Napoléon pour l'impératrice Joséphine.

L'Impératrice, avant d'avoir reçu des détails sur la santé du roi de Rome , manifesta à plusieurs reprises, devant moi, la crainte que cet enfant ne se ressentît de la couche de Marie-Louise , que l'on savait avoir été extrêmement laborieuse. Lorsqu'elle eut la certitude que le jeune prince était dans l'état le plus satisfaisant , elle vint l'apprendre à tous ceux qui étaient réunis dans le salon , et en témoigna une joie que j'ai toujours cru sincère.

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du corps diplomatique, à votre j'ainille , el surtout à l'heureuse princesse , qui vient Je réaliser vos plus chères espérances. Elle ne peut vous être plus tendrement dévouée que moi ; mais elle a pu davantage pour votre bonheur en assurant celui de la France ; elle a donc droit à vos premiers sentimens, à tous vos soins; et moi qui ne fus votre compagne que dans les temps difficiles , je ne puis exiger qu'une place bien éloignée de celle qu'occupe l'impératrice Marie-Louise dans votre affection . Ce ne sera donc qu'après avoir veillé vousmême près de son lit; après avoir embrassé votre fils, que vous prendrez la plume pour causer avec votre meilleure amie. J'attendrai ! . . .

» Il ne m'est pas cependant possible de différer de vous dire que je jouis plus que qui que ce soit au monde, de la joie que vous ressentez; et vous ne doutez pas de ma sincérité, lorsque je vous dis ici que loin de m'affliger d'un sacrifice nécessaire au repos de tous, je me félicite de l'avoir fait, maintenant que je souffre seule. Que dis-je , je ne souffre pas , puisque vous ê!es satisfait; et je n'ai que le regret de n'avoir

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pas encoie assez fait pour vous prouver à quel point vous m'étiez cher.

» Je n'ai aucun détail sur la santé de l'impératrice ; j'ose assez compter sur vous , Sire , [)Our espérer que j'en aurai de circonstanciés sur le grand événement , qui assure la perpétuité du nom dont vous avez si grandement comuiéncé l'illustration. Eugène , Hortense m'écriront pour me faire part de leur joie ; mais c'est de vous que je désire savoir si votre enfant est fort, s'il vous ressemble, s'il me sera un jour permis de le voir ; enfin c'est une confiance entière que j'attends de vous , et sur laquelle je crois avoir le droit de compter , Sire, en raison de l'attachement sans bornes que je vous conserverai tant que je vivrai »

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