LETTRE XLI
L IMpf.RATRfCK JOSÉPHINE A l'eMPERRUR NAPOI-ÉON A
l'île d'elbe.
.. Malmaisoii.
« Sire,
» C'est seulement aujourd'hui que je puis calculer toute l'étendue du malheur d'avoir vu mon union avec vous , cassée par la loi ; et que je gémis de n'être pour vous qu'une amie , qui ne peut que gémir , sur un malheur aussi grand qu'il est inattendu.
» Ce n'est pas de la perte d'un trône que je vous plains; je sais par moi-même que Ton peut s'en consoler ; mais je me désole du chagiin que vous
aurez éprouvé en vous séparant de vos vieux compagnons degloire. Vous aurez regretté nonseulement vos officiers , mais les soldats dont vous vous rappeliez les figures , les noms, les brillans faits d'armes; que vous ne pouviez tous récompenser, disiez-vous, parce qu'ils étaient trop nombreux. Laisser de pareils iiéros privés de leur chef, qui partagea si souvent leurs fatigues , aura été pour votre cœur une douleur insupportable; c'est celle-là surtout que je partage.
» Vous aurez eu encore à pleurer sur l'ingratitude et l'abandon d'amis , sur lesquels vous croyiez pouvoir compter. Ah ! Sire , que ne puis-je voler près de vous pour vous donner l'assurance que l'exil ne peut effrayer que des âmes vulgaires; et que loin de diminuer un attachement sincère , le malheur lui prête une nouvelle force!
» J'ai été au moment de quitter la France , de suivre vos traces , de vous consacrer le reste d'une existence que vous avez embellie si long-temps. Un seul motif m'a retenue, et vous le devinerez.
» Si j'apprends que , contre toute appa-
rence , je suis la seule qui veuille remplir son devoir , rien ne nie retiendra , et j'irai au seul lieu où puisse être désormais pour moi le bonheur, puisque je pourrai vous consoler, lorsque vous y êtes isolé et malheureux ! Dites un mot, et je pars.
3) Adieu, Sire.Toutceque je pourrais ajouter serait de trop. Ce n'est plus par des paroles que l'on diiit vous prouver ce que vous inspirez, et pour des actions » il me faut votre consentement.
» Joséphine. »
« La Malmaison a été respectée , j'y suis entourée des égards des souverains étrangers ; mais je voudrais bien n'y pas rester. »
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