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VU à Navarre. 11 y acconipai^nait toujours le prince , et contribuait à l'agrément de la société par le caractère le plus aimable, et l'esprit le plus gai et le plus orné. Je lui ai entendu raconter une anecdote touchante, la voici :
11 avait comme d(* coutume suivi le vice-roi en Russie ; dans l'alfreuse retraite de Moscou, il perdit ses équipages , et se trouva seul sur une route couverte de morts et de mourans. 11 commençait à sentir l'engourdissement terrible du froid , qui lui annonçait que bientôt il allait succomber , ainsi que les infortunés près desquels il passait à chaque instant ; il fallait faire encoreunegrande lieue, pour parvenir à un village, où il pourrait trouver du secours, et il désespérait d'y réussir.
Tout-à-coup un faible gémissement se fait entendre ; il regarde autour de lui , et il aperçoit un officier couché sur la neige ; il ne peut se décider à laisser ce malheureux, sans tenter quelques efforts pour le rendre à la vie. 11 s'en approche , soulève le chapeau qui cachait ses traits et tombe à genoux en s'écriant ; oh î mon fils!... C'était en effet son fils qui était près d'expirer.
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M. Méjnn éprouva niie telle coiiimotion , en reconnaissaot ce qu'il avait de plus cher au monde , que son sang reprit une circulation plus active. 11 essaya vainement de faire marcher ce jeune honmie exténué de fatigue, de besoin et de froid. Trouvant dans sa tendresse paternelle la force et le courage qui lui manquaient quelques instans avant, il charge ce fils chéri sur ses épaules, et cherche à gagner le village, objet de tous ses voeux. Après des peines inouies , il rencontra quelques soldats qui l'aidèrent; et il parvint enfin au but de cette pénible course. La Providence acheva son ouvrage ; les soins et la présence d'un père, sauvèrent le jeune Méjan , qui lui dut deux fois la vie ! . . ,
M. Méjan , avant d'être attaché au vice-roi d'Italie , avait été secrétaire-général de la préfecture de la Seine , où il rendit beaucoup de services. Il est frère du rédacteur des Causes célèbres.
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LETTRE XLVil
l'iUtice (lu Puii. — M. Anatole de la W'oësline.
Malmaison.
« J'ai eu hier tous les détails possibles sur l'entrée de Louis XVilï, Monsieur, par M. Anatole de la Woëstine , qui est venu ici , et qui m'a conté cette journée si heureuse pour les uns , si pénible pour les autres , si inattendue et si curieuse pour tout le monde.
«Vous deviez nie mander comment s'est passée cette cérémonie, qui par l'enthousiasme qui
a , dil-on , éclaté , n'était qu'une copie de celles dont j'ai été le témoin ! . . . Vous n'avez pu apparemment trouver le iiiomenl d'écrire cette relation ; maintenant elle devient inutile , puisque je sais tout ce que je voulais savoir; et qu'il vaut mieux ne plus m'entretenir d'un sujet qui ne peut que me reporter douloureusement sur le passé ; il vit éclater les mêmes transports, les mêmes témoignages d'amour, pour un héros dont maintenant on ne parie plus que Tinjure à la bouche; que l'ou veut faire passer pour un tyran, après en avoir fait une idole; et qu'on osera peut-être accuser un jour de lâcheté !
» Cela vous parait exagéré; vous êtes trop jeune pour avoir vu jusqu'où peut aller la versatilité de l'esprit français; mais j'ai traversé notre révolution ; victime d'abord , triomphante ensuite, je me suis convaincue que mes compatriotes ne peuvent être modérés; et qu'il faut toujours qu'ils portent tout à l'extrême. Voilà vingt ans que i'enthoiisiasme dure pour le même homme ! on se vengera de cette constance!... , , -
)) M. de la Woëstine avec son esprit original a trouvé le moyen de nous raconter ce qui
devait nécessairement nous attrister, d'une manière si adroite, qu'il a fini par nous faire rire, en chargeant tous les portraits de la manière la plus comique. Je parlais tout à l'heure de la légèreté française, et j'avais tort de la critiquer, car j'en ai ma part , puisque dans un pareil moment , j'ai pu être gaie. 11 est vrai que personne n'eût pu faire autrement, en écoutant et en voyant cet aimable fou , contrefaire tous les acteurs de la scène qu'il void.ait représenter, n Après s'être livré à cette gai té , qui nous a tous gagnés : « Cen est fait , a-t-il dit, je quitte w à jamais la France. J'ai servi sous un dra- » peau que l'on va proscrire ; on me force- 5:1 rait de quitter l'uniforme que j'ai porté avec » quelque gloire; je ne puis m'y décider. Je ne » trahirai pas le nouveau souverain , car je ne » le servirai pas. )> J'ai voulu lui faire observer que ce projet ne pouvait s'exécuter , puisqu'il était sans fortune. «Votre majesté, me répon- » dit-il d'un air grave, peut-elle imaginer que » l'intérêt personnel puisse jamais me faire » commettie une bassesse ? J'espère qu'une » telle idée n'a pu être conçue; je saurai prou- » ver combien elle esl injuste. »
» Depuis cet instant , les plaisanteries furent finies, et je crois la résolution de M. de la Woëstine inébranlable. Je l'en estime davantage ; son exemple ne sera pas suivi par beaucoup de gens. On servira avec empressement le nouveau gouvernement , on se poussera pour parvenir dans l'antichambre des Tuileries, comme on le lit à l'époque du couronnement; et personne ne voudra convenir que l'on ait sollicité des places que l'on aura été /brcé d'accepter!
» Vous savez si, à très-peu d'exceptions, il était nécessaire que l'empereur fit demander pour chambellans , écuyers , les plus grands noms de la monarchie; et si , au contraire , il n'était pas obligé de choisir parmi les nombreux concuri-ens qui voulaient approclier de lui ! puisse le roi ne pas être trahi connue l'a été Napoléon i Puisse la France être enfin tranquille ! c'est là le plus cher de mes voeux , maintenant qu'il ne m'est pas permis de désirer de la voir heureuse , par l'homme qui 1 avait sauvée de Fanarchie et du crime.
» Je suis, dans ce moment , à peu ])rès dans la même position où je me trouvais à ce fa
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meiixbal, où j'allai quelques jours avant la jnonouciation du divorce! Mon sort alors étaif incertain, comme il l'est aujourd'hui ; les visages autour de moi portaient l'empreinte de îa curiosité , au lieu de celle de la bienveillance que j'étais habituée à y voir. On ne me rcgai^t/««7plus, on m examinait! ... En faisant la souveraine , je ne remplissais plus ma destinée ; je jouais un rôle qui devait bientôt (inu*; et la couronne que je portais encore , n'était plus qu'un costume^ que j'allais quitter pour toujours ! La mort dans l'âme , il iiallait sourire. L'empereur m'a conservé ma couronne, maiâ à quel prix ?... Tout ce que j'éprouvais alors n'cst-il pas ce que je sens maintenant? M'arrachera-t-on le diadème , ou me le laissera-t-on;:' 11 ne peut plus avoir de charme pour moi , depuis qu'il n'est plus partage.
» J'ai vupeu de monde, ces jours-ci, et n'en suis pas étonnée ; car venir voir la première épouse de Napoléon , serait une preuve de courage dont peu d'amis ycraient capables , avant de savoir si on déplaira au roi. Quand led souverains alliés étaient seuls maîtres ici, on a conlu'ué à me faire une coin* régulière : leurs
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égards pour moi , leurs continuelles visites étaient des exemples que l'on s'empressait de suivre. A présent cela est différent^ et je vous assure , que je ne serai pas importunée par la foule; ce qui au reste me convient tout-à-fait. » J'ai besoin de réfléchir sur le parti qu'il me convient de prendre; celui que me dicterait mon cœur, trouvera très -probablement des obstacles, qu'il me sera défendu de chercher à vaincre. Il est certain que je ne puis , ni ne veux rester si près d'une cour, où tout sera opposé à mes idées, à mes souvenirs, à mes sentimens !
3) J'attends les ordres de celui qui a d'autaul plus de droits à m'en donner, qu'il est proscrit. Sa volonté seule me guidera ; et je me trouverai encore heureuse , si je puis adoucir des maux plus grands peut-être que les prodiges qui les précédèrent, Voyez EugèneetHortense; consultez-les sur ce que je dois faire, sans cherchera inlluencer leurs conseils; et faitesmoi part de leurs avis.
» Adieu , monsieur ; ne venez pas me voir, je craindrais que cela ne vous nuisit; et je veux, avant tout , ne iaire de îort à (jiii rpic ce soit ;
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mais écrivez-moi sur ce dont je viens de vous parler, sur mes aîî.ires, et sur votre amitié, qui me sera toujours chère.
5) Joséphine. ))
M. de la Woëstine , dont j'ai déjà perlé, a toujours eu dans le caractère autant de franchise, qu'il montrait de courage à l'armée. 11 a eu le tort grave sans doute , de tourner en ridicule une classe, qui avait Ion g- temps souffert pour un parti qui , quoique n'étant pas le sien , devait obtenir son estime ; mais une étourderie de jeune homme peut être excusable dans un moment d'effervescence générale.
M. de la Woëstine, pour rester fidèle à son opinion, a renoncé à des avantages nombreux. Un beau nom, un grade honorable, pouvaient lui faire espérer un avancement prompt , et son existence devait être aussi brillante en France qu'elle a été obscure à Bruxelles. 11 a ]>our lui le témoignage d'une conscience exemple du reproche d'avoir adulé la fortune
et de l'avoir suivie, sous toutes les formes qu'elle a voulu prendre. Il a été lidèle au malheur ; et privé de sa famille , il s'est fait des amis, qui ne peuvent le consoler entièrement d être loin d'elle et de son pays; mais qui lui prouvent du moins que la loyauté sait partout se faire aimer et respecter.
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Les vers siiivansr devaient paraître dans le premier volume; une cause indépendante de ma volonté ayant ajourné leiu" publication , les voici :