‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 11 sur 47 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

.ÉloigBemait de.Madame de IfonteMon pour M. Dnerett. — II. le idae de Chertret. Set embarras fiaanciert. — Cféition dn Palait- Royal comnae palûi marchand. — Fortune ineapèrée. — M. Séginn, trémrler*géiiéra'. — Retraite de H. k maniub

, Dvcreil.

L'inimitié de madame de Montesson pour ^9on iief«u 9 M. le marquis Ducrest, était fondée sur un motif qui fait trop d'honneur à celuici pour n'être pas rapporté. Le voici ; mais il faut prendre les choses de plus haut

Lorsque M. le duc de Chartres épousa ma- ^ denoiselle de 'Penthièyre y son contrat de mariage Itîi 'assurait knit cent milleJÎTres de rente , et en outre lai j.ouissance du Palais-Royal pour habitation. Cette fortune n'était à la vérité susceptible d'aucun accroissement pendant la vie du père et du beau-père du prince y parce

SUR J08ÂFHINB. lOI

qu'elle se composait d'une renie viagère de

quatre cent rtiille francs , el de plusieurs terres afTeraiées àloagfitbaux. Mais étant libre de toutes charges , on devait la- regarder comme soffisanle alors, en en faisant un sage emploi , pour s>outenir convenablement Téclat du rang d'un («ince du sang. Elle* ne le fut pa^ néanmoins.

Apeiue M, le duc de Cbartres fut-il marié, qu'il outrepassa son jrerenu au point d'avoir reeoura à la ruineuse ressource des emprunts. Leb deux imjuenses successions qu'il était appelé à re-» cueillir , lui procurèrent, immédiatement un très-grand crédit , dont il usa sans ménagement. 11 adopta le funeste système des emprunts viagers , en dépensant les capitaux à mesure qu'il les recevait;, .et réuniââant |ies « -ari^rapies à sa dépënse annuelle ^ il se* met-* tait ainsi chaque année dans la nécessité d'augmenter progressivement la masse de see emprunts. S'il y eût mûrement^ réfléchi , il ràl prévu les funestes résultats que doivent pro-; dnire de semblables opérations, et il leS;attmU au moins limitées. • . .

Ces résultats eurent lieu en i effet à. l'expiration d'un petit nombre d'années. Ije sieur Sén guin, son trésorier, lui déclara, eu quQ

I03 MiutnmL&

he montant des reatesTMgères qii'iUvtfH GOnstfi-'

toëes depuis Tépoque de son mariage , s'ëlevait k la somme de huii cent mille francs» précisément égale è-son-mena; qna mn crédit se trooimt entièrement ruiné par 1 abus qu'il en avait fait » il ne se pré^ntait plus de pirêteurs ; que, eépeù" dant, l'espérance d'en trouver Tavait déter* miné , lui , Séguin, à faire des avances de ses propres fonds ; qu'il les avait oontinuées aussi long-temps qu'il l'aTaît pu , mais que le montant de ses avances s élevant à la somme de , mtzé cma tniUe fmna , il loi' ^taft impossible / d'en faire de nouvelles , qu'il se trouvait forcé de Âûv^ oonnaUre à monseigBèfr sa cruelle posîffon j de lui annoncer qu'il était obligé ife suspendre entièrement son service , et de réeiaMf le remboureenent de oe qui hii était dû. - On imagine aisément combien M. le duc de iibartres dut ètve atterré par» une déclaration si f*tftlèndûe« Léger, aimant lé faste , géuétews ftisqu a ia prodigalité, il u'avail jamais calculé; il n^était phis temps, nsainieÉiarat qu'il connais.

' sait la vérité. Il s'em[)ressa de confiiilter lotis les gens d'affaires de Paris les plus babiles : il n'y enr eut pas un- seul qui pât lui trouver la moindre

ressource.. Il était donc dans la plus affreuse posi<«>

SliK JOSJÉPUINE. I03

tioti cfèt un pniiee puisse se trouver , eéfle déclarer.. le respect me retient; mais il n'est personne qui ne prononce le mot qui était prêt

de m'ëcbappèr.

1 liadame .de Genlisy alocs gouvernante des èn*^ fins dè prince , lui coAseilbt iie censnllér eresL Habitué à rendre justice au dévouement sans bornes de la feinine qui s'était retirée dck monde , jeune , riche et jolie , pour élèrver ses eafions, il n'hésita pas à suivre son atis. Il comptait d'aiUears sur le désinlévesseunent du frère de celle qui , sans aucun appoinêetnent , remplissait si sonqMilèuseiDeat là charge dut « a and e la pins fiitigante^ quand on vedt -e'eii acquitter comme elle. ' >

. ILOvomt jttsIifiaéellefaMotalileôonfisiiee) en lui trouvant une ressource vraiment extraordinaire » quei^ lui sKuii y pevt-^tre , pouvait obr ' lènir«. n.fut trouver madame de Ittonlesarâi au Rincy, où elle était avec monseigneur le •drie d'Orléass.» so» époux. ^ lui raconla ia. tèrriUë siteatiaB do duc de Gbartres j Im dît combien il serait glorieux d-aider à Tën tirer; que son rôle serait d'autant plus noble en cette occasion y qu'on n'ignorait pas qu elle ne fût instruite de Téloignement que lai poilsil sea

beau-fils; enfin, il • obtint ([neile. demandât à

M. le duc d'Orléans de donner le Pxilais-Roj'al à son fils*. .1 • • * • . • .

Apr^s beaucoup de diflîcultéft , il y eon^ seniil; M. Dacrest avait eu la précaution d'à* mener dans sa : voiture M. Rouen , no^ire do prince, qui avait dressé l'acte d'avance. Aussitôt le coasentemient donné il fut sigué.

Muni de ce papier important.) M< le'mar** quis Ducrcst revint à Paris, trouva des capitatiiytes qui avaiicèreiit les £onds nëcessaiifes pour bâtir le Palais*Royal. Il s eo£erma plusîéurs se-r / mainesdesuiteavecM. Loui»; architecte , pour Cure des# plans et les devis , qui. ne fiirent ouktrépassés quede cent mille écus { i ). Avant que les constructions ne fussent. finies, il y avait {>our . dmuie cent milk francê de hcatiàn. H. Dnerest voalaitiaire achever le quatrième côté ; mais le pffineo, «satisfait d'avoir trouvé un moyen de sortir d'embarras , ne voulut pas y consentir , en disant qu'il s'en occuperait plus tard. M. Duotesl 9 pour faire voir quel était son plan général , fit commencer ce qu'il avait tant désiré

(i) Les dépenses s'élevèieiil à trois millions cin(j «eot mille Iraocs* ' i .

SLR JOSEPHINE. li>5

«chchrer, et eé qoe l'oo ftit'eo 'ce momeol dla-

pjrès les mèmeii pians. . ;

Le prince voakit r^compenier:)!.'. Daove«|!

d'avoir réussi si promptemerit/à M fmre'afoif! cinq iQiiliousdoatil avait.besoiu, taotpour faira* face à ia dépelise des conalruetioas » qué pour se mettre en mesure, par uneréserve ide quinze cect mille £caiifis> . d'attendre que l'entreprise de*vînt productive ; d'avoir su déterminer mon* seigneur le duc d Orléans à lui faire la cession pleineet enUèredjui iPalais-Hoyali. d'avoir oht^pu déS'letlres^pateoteâ -pour autoriser l'aliéuatioo, d>nn/terraîn qui , en vertu des.J<()is alors exi;ST tantes , était inaliénable ; de les avoir fait. ^tuP9^» gistrer au parlement , malgré les oppositions des pnopriëtaireei des bâtimeni. de raqcÂeJune }enn. ceinte , etc. * etcu . M. DneresC iwfusa - tontea les brillantes propositions qui lui furent faites pair^'lo prince recoÀaaîssant Pendant* ciw^ ans , il fit avec un zèle soutenu tout ce qu'un homme d'affaires idé voué eût: pu faire y;et il Je fit sans aucun mumUige personnel- que» oelol de prouver son attachement à la famille de^ Bouri>ons 9 et de plaire- à sai sœoF qu'il, obi^ rissaité * , . *

L'opération û avantageuse du Palais.- Royal

106 HÉil^lAfij»

hii stisoUa de Aomkreua ëmiemis r qui l'oQt persécuté long-temps par ces intrigues ténébreuses dont un homme bûac «et loyal est si ftieîlement la Ticthiie; et f>ar dés- caloioBies atroces qu'il a coostammeut méprisées ^ mais «iixqiieiles il a dè me- partie dee malhem

qui l'ont accablé pendant la longue durée de son émigration, et même après sa rentrée en FWmee.

Lorsque M. le duc d'Orléans mourut et que sda fils fut béritierdesdftt père, il nommaM. ûqk cte^ sah chàmseKer, le â4 novembre 1786.

Par cette nomination, il acquitta une dette siftflr^ë*

' Servir son souverain est un devoir : ainsi oti est foadé sanedoate à soUieiter une réeoinpénse ; mais on» n*y^rait.pas utoins bbli-» gé y quand bif n même on aurait la certitude de n'être pet réclnnpéaeé'^dn amioe rëndo»

Il n'en est pas de même des rapports qui existent entre on particulier et un prince du sang. I/én ne doit i Tanlre qué diesvhommageS'.ceS^ pectueux, dont la loi de l'était et l'usage presr* erilieni les iomules^ et du reste, toute espeeé de dévoûment est entièrement Tolontaire. Ce serait donc non - seulement une injustice du

.SUR JO&iPUlNE. 107

prineede ne pas aecoindw une réoonipeiisey mms

même de ne pas la proportionner à l'étendue de serriee» Feu ibonseignour' le duc- d'Orléans prouya qu'il était peï^uadé de cetie vérité»

par>k msnlëce dont U 3e conduisit avec M. Ducml, ionsqo'il reçut 4 ea 1787» sa démiasion^ de sa charge de chancelier. W 'seyant à rendre eompte qu au. prince dont il possédait avec nâson toute la eoo6ance^ recevaul un Irai?

tement de cent mille francs; jouissant d'un ma<gatûqoe botel; cette place «était ^ sans icbnn tredit, une des plus belles que Toa pût «voir» M. ûucrest ne voulut, pas la co«iserver» lorsqu'il iit le prince s'eutourer de oooseillîBrs pelades qui devaient néceasairement l'entraîner à sa perte ^'puisqu'ils savaièiit profiter d'ùn-méeoii.'t tentement justifié peut<^tre par une grande in-» justice. L'esprit supérieur de MM. de Laclos et Syeys devait tout faire craindre , lorsqu'ils maîtrisaient un prince dont la faiblesse fut sans douf^ le plus grand défaut. I>ès qu'il renoar* ^ail poibrt à cette dangereuse intinM „. il était du devoir d'un ministre fidèle de quitter une place qui fe mettait dans l'obligatiiMi de pren^ dre une partie de là responsabilité defs fautesde son maître. Celui-ci fit plus qu'on ne pou\ ait

io8 MËAioia£s

espérer de sa manificenee^ il récompensa en

souverain(i). >

Lorsque M. Ducrest fut nommé chancelier^»

misidame de Montessdtt l<Bf^prîâ de faire oonsli* tuer la pensioo qui Jui était assurée sur la mai-^ son d'Orléans avec \e titre de douéire. Son neveu hii observa, qu'il lui était impossible de reconnaître ainsi pour le prince un. mariage que ie rbi avait permis ) mais non reconnu (a); qu'elle toucherait exactement la même somme, mais toujours comme penêian. M'êtes-vonsdcnc pas bdnovérmon ne^u> d'être ceTnt de fen monsei • gneur?— C'est précisément pour me rendre digne* de ce titre, ma clière tantè, que je remplirai scrupuleusement tous les devoirs imposés par la charge qui ma été confiée par son fils. J espère •que «rona ne doutez pas du regret que j'éprouve ; il est dicté par l'honueur : et, essayer de me

(i) Par une pension de vingt mille francs, la moitié réversible sur la tête de M. César Ducrest, Soii fils. Depuis la restàuraàon , le pyiocê aetuell'a rèdiiite à six avee réversion de deut 'sur la têle d« madaioio Ducrest

et de sa £lle; les arrérages ont été réduits à so^ntc-dix tnille francs, au lieu de trois cent viugt-cin(^. , (») Il ne le fit, comme je l'^i déjà dit» que beaucoup plus tard.

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faire changer d*avis, serait me fermer votre porte ; car je ne youdrais plus m'exposer à une si pénible discussion. » Voilà le motif de l'inimitié de madame de Montesson contre la famille qu'elle a déshéritée. Elle pensa toujours que madame de Genlis avait été d'accord avec son frère pour ce refus , ce qui n était pas, La délicatesse seule Tavaît commandé à celui qui, en mourant 9 a été regretté de tous les partis. Les opinion se taisent toujours en France» lorsqu'il sagit.de rendre justice à de grands services ou ^ une conduite honorable.

IIO MÉMOIUC

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