‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 14 sur 47 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

UidMB* éb Btall à Coptt.— Al lodèlé Mlf. de Mn»,

Benjamin-Gonttaiit, SiimoiMli, Labédojère, Jouent lé conMie, M.' Getoolb et rafchiinUte. — H. de Barante , pMIbt de Genève f remplacé par le bacon Gapelle* Portrait det prineipales antoritéa de Genève.

Tout le monde connaît le tendre attachement que madame de Staël eut pour son père , et la Ténération qu elle portait à sa mémoire. Elle avaitfait déposer àCopet son corps et. cel'û! de madame ^iecker dans un cercueil rempli d'esprit de' vin , afin d'éviter une entière déstraction (i). Le lieu qui les renfermait était entouré de hautes murailles ; madame de Staël

(i) Il est faux que Ton pût Toir ces deux corps nageant ainsi dans des. espèces de baigrioircs antiques en marbre, puisqu'ils étaient couYerts d*uD moBument.

avait seule la clef de la porte , et ne permettail

qu'à ses enfans de la suivre dans ce lieu.

Oa racontait à Genève que M. de Bonstetten (i), avec lequel elle était intimement liée y sollicitait vaioemeat depuis long-temps la permission d'entre dans eette eoceinte* Sa curiosité , de pins en plus piquée par de continuels refus^ fut poussée à un tel point, qu^il résolut de pénétrer en cacbette dans cet asile d'une si légitime douleur. II s'achemine un jour vers le potager , j prend une longue êcdelle, qu'il traîne avec peine vers l'enclos sacré ; il la pose avec précaution contre la muraille, et monte sur le mur» ayant Tintention de la placer de manière à descendre et à remonter sans obstacle ;mais au moment oùil est à cheval sur ce fatal lAur, il fait un mouvement qui la fait tomber; et le voilà forcé ^'attendre que quelqu'un vienne le délivrer. Il eut beau appeler; le château étant fort éloigné , on ne Fenteudit pas. Il j^ensait avec chagrin <j[ue son amie lui .en voudrait beaucoup d'avoir enfreint ses ordres » et pour achever de le punir de sa coupable entre-

(i) 6rand hailU du pays de Vaud, aassi spirituel qu'instruit. • * . •

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prise, il entendit la eloche da dîner, à laquelle il était ordinairement d'une exactitude scrupu* lense. Il n'osait s'agiter sur la brèche où il se trouvait; il était impossible qu'il essayât d'en sauter 9 car les murs étaient comme je l'ai dit 9 très-élevés , et M. de Bonstetten fort gros. Un second coup de cloche lui perçe de nouveau le cœur. Enfin, après deux heures d'angoisses insupportables , Auguste de Slaël , inquiet de son absence prolongée à une heure à laquelle ^ on était sqr de le voir, cherche partout et finit par le découvrir perché, rouge et suant à grosses gouttes.

On cacha, je crois, cette aventure à madame de Staël, et une indisposition servit de prétexte à une inexactitude si peu rare. Il fut, je pense, tout-à-fait corrigé de son indiscrète curiosité.

Madame de Staël ne se consolait pas d'être exilée; n'aimant pas Genève , elle répétait souvent qu'elle préférerait cent louis de rente, rue Jead- Pain-Molet, à Paris, que cent mille livresde rente à Gopet. Elle ne faisait assurément rien de ce qu'il fallait pour être rappelée. Elle logeait dans un hôtel garni , était servie par les garçons de l'auberge , devant lesquels elle disait tout ce qui lui passait par la tète-sur le gouvernement.

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c'éi5t-à--dijre sur l'empereur. Ou avait beau Jui représenter qu'elle était sans doute espionnée,

et que tout ce qu'elle disait était rapporté aux Tuileries; elle n'en continuait pas moins de critiquer tout ce qui se faisait, et de plaisanter sur la peur qu'elle inspirait à Robespierre à cheval. Pour se distraire de l'ennui qu'elle éprouvait 9 elle fit jouer la tragédie et la comédie» sur son théâtre de. Copet. J'y ai vu plu* sieurs représentations , qui , je l'avoue» ne me parurent pas bonnes.

Mesdames de Staël et Recamier jouèrent Andromaque. La seconde dans Je rôle de la veuve» était si parfaitement belle» que l'on s'occupait peu de son jeu ; celui de madame de Statl me parut trop exagéré. Elle criait et gesticulait beaucoup trop. Les acteurs étaient MM. de Sabran, Benjamin Constant , de Labédoyère, dont l'avenir était alors si plein d'espérance ! etM. Sismondî» fortamusant par la pureté de l'accent genevois qu'il avait conservé dans toute sonintégrité; ce quidéfigurait étrangement lesbeauxversdeRacine. M. Schlegel était le souffleur. Je vis encore représenter Gustave Wasa» qui n'était autre qu'Edouard en Écosse dont on avait changé les noms» cette pièce étant dé-

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fendue par la craintive police de Napoléon ; et enfin un drame de madame de Staël^dans lequel H. Benjamin Constant remplissait le rôle du prophète Elisée. Il parlait si difficilement , qu'il était désagréable de Tentendre déclamer. Certes ou ne pouvait prévoir à cette époque qu'il serait un de nos orateurs les plus distingués*

Pour assister à ce spectacle il fallait partir de Genève à midi , afin d'arriver à Copet de très-bonne heure. On s'installait dans la salle qui était fort petite , on y mangeait du pain et du chocolat que l'on apportait dans son sac , et on ne s'en allait qu'à minuit, harassé de fatigue , mourant de faim , et se promettant de recommencer à la première occasion, afin d'être au nombre du peu d*élus , admis à ces 'solennités , pour lesquels on donnait deux fois plus de billets qu'il n'y avait de places. C'était une véritable rage , que cette mode d'aller entendre mal dire de beaux vers que l'on pouvait lire chez soi. Empressée comme les autres d'assbter à ce spectacle, j'étais cependant fâchée de voir madame de Staël donner prise à une critique qui n'était pas toujours bienveillante.

Elle protégeait beaucoup un italien établi à Genève comme professeur de chanL C'était

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