‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 20 sur 47 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Uoe lonrnée à Navarre. — Habitudes de llmpératrioe. — Détail» •or lea penoonef de aa maiion. — Go iavita an liabitant d'£* Tveox à dlœr. — Anecdote «ognlière. — Le verre d'eaa chande. —lia gaocheiieft tabie.-~Atleiitiona délicates de llmpératrice.

On vient cbea moi faire le réveillon. — Llmpénitrice renvoie •on escorte.— Ii'empereor écrit k madame d* Arbeig. — H. le comte de Ghambandouio. *

YoiGi le plan de presque toutes nos journées. Tous les dimanches nous entendions , dans la chapelle , la messe dite par un aumônier ordinaire ; les jours de grandes £êtes M. deBarral officiait On déjeûnaît à dix heures ; il £aliait être dans le salon avant S. M. , qui était d'une exactitude extrême^ pensant sans doute , comme Louis XVIII , qu'elle est la poli-*

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fesse des rois (1). Sa Majesté passait immédiatement dans la salle à manger. Si on ne descen-. dait pas à l'henre exigée , une migraine serrait de piélexte, et Ton était servi dans sa chambre^

Le dé jeûner ainsi que le dîner, n'étaient com» posés que d'un service , excepté le dessert, qui faisait le second; les potages, les horsnl'œu-». Très, les entrées, les rôtis, le» entremets, étaient servis à la fois. Il y .avait en outre de grands buffets couverts de pâtés, de galantines, etc. Cliaque personne avait un valet-depied derrière sa chaise. Quatre maîtres d'hôtels ordinaires , nn sommeiller, deux officiers , of-* fraient des différens plats qui étaient sur la> table f et des Tins de toute espèce. Lorsque^ Ton sortait de table, le valet-dc-pied qui vous servait, présentait un bol bleu avec un verre plein d'eau tiède poor se la?er la bouche.

Un habitant d'Evreux, invité à dîner, crut qu'il était d'usage d'avaler cette eau , ce qu'i^ fit* sans hésiter; il fât obligé de partir immé^ate*

(1) Madame de Souza, auteur si agréable, a dil un joli mot qui foit le pendant de celui-ci. Elle prétend quela propreté est Vélégance du ptutore, Gette\ pensée est aasBÎ }ii8le que bien exprimée.

ment, se trouvant fort iacommodë. On rit beau* coup de cette bévue*

Pour en éviter de semblables » fêtais té^ solue à ne riea preadre k table. Pendant les premiers jours de mon arrivée à Navarre ) je ne mangeais pas ; madame d'Arberg s'en aperçut» el pleine de bonté pour moi» me demanda ai je vonlaîs me laisser mourir de faim. Je lui avouai que craignant de manquer à quelque usage , j'aimais mieux maoger du pain dans ina chambre. Elle s'amusa de cette ridicule timidité , et le lendemain , à table » elle la conta, à Sa Majesté qui donna ordre de porter tous les soirs dans ma cbambre un po.ulet et du . vin de Malaga, ne voulant pas que je fusse réduite , elles elle , à un si see ordinaire.

Les dam es qui habitaient le même corridor que moi s'amusèrent à venir faire réveillon avec moki souper, auquel j étais ainsi forccc de faire moins 4'bonneur' que je n aurais voulu, il fallut de*mander une augmentation de portion. Pour no pas tenir éveillés les valets-de-pieds, MM. de Portalès et de Turpin nous servaient» et nous prêtaient les couverts de leurs nécessaires.

Au bout d'une semaine» a^aut Lien regardé autour de moi comment on se tenait k table» Com*^

Oigitized

ment on boTait» etc. 9 je trouYaî que j'en savais

autant que mes voisins, et je résolus de dîner aussi bien qu eux. Nous n'en continuâmes pas moins k manger le soir le poulet » ce qui nous faisait coucher horriblement tard. Ces soupers ne finirent qu'à Malmaisoo» oà on était logé trop près de l'impératrice pour se permettre de pareilles veillées» qui eussent troublé son sommeil

L'impératrice avait derrière elle, à table, deux valetsde chambre^ uu coureur basque, un chasseur et un premier maitre-d'hotel. Le sertioe se faisaitordinairementenyaisselle plate; seulement audesserty les assiettes étaient en porcelaines» sur lesquelles étaient représentées des fruits et des • fleurs. Les jours de grande cérémonie apparaissait un magnifique aerrice de Sèvrés» qpie l'empereur avait donné depuis le divorce; le surtom en or avait été ofiert par la ville de Paris» le jour du sacre » ainsi qu'une toilette et une table à thé que S. M. avait conservées à Mahnaison. Elle nommait les deux personnes qui devaient être près d'elle; le vice-roi» la reine de Hollande , quand ils y étaient» faisaient de même» ainsi que madame d'Arberg ; ensuite chacun -se plaçait comme il l'entendait.

Le déjeuner durait environ trois quaits

«Hieores » on rentrait ensuite dans la galerie servant de salon ; Timpératrice travaillait à un meuble en tapisserie , les dames àdifférens ouvrages, et un chambellan de service lisait tout haut les romans , voyages » et mémoires qui paraissaient. (C'est là où pour la première fois j'entendis la lecture de l'itinéraire de M. de Châteaubriand ; il intéressa si générAlement , qu'on le recommença immédiatement. Quand le temps le permettait, on allait se promener en Toiture $ à deux heures, trois calèches attelées de quatre chevaux nous conduisaient dans la betie forêt d'Evreux, ou aux environs. Sa Majesté nommait toujours madame d'Arberg, une dame du palais, et une étrangère pour la suivre. Le reste de la maison s'arrangeait à son gré dans les deux autres voitures. L'écuyer de service en uniforme était à la portièitede droite de l'impératrice, un officier decuirassiersà rdutre,etunpiqueldeceltearme suivait la calèche. Ennuyée de cette étiquette. Sa liïajesté prit sur- elle de la supprimer. Elle permit à l'écuyer et à l'ofUcier de la suivre en frac , et ordonna que Teseorte ne sortit que les jours de céiéaionie.

L'empereur en fut instruit } il écrivit à madame

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d'Arbergune lettre assez sèche , dans laquelle il disait qu'il ^fallait qu'on se souvint que l'impérâtrice et reine avait été sacrée -, que tout devait se passer, loin des Tuileries, comme si elle y était encore; qu'il avait oublié les pages dans laformation de sa maison , mais qu'il allait en nommer douze (ce qu'il fit en effet peu de inois après) ; qu'il ne voulait pas de frac ; que c'était manquer essen • tiellementàce quelondevaitàS.M. Ilfallutdonc reprendre l'habit brodé , Tépée et le chapeau à plumet, ce qui contraria fort ces messieurs (i).

La promenade en voiture finissait ordinaire* ment à quatre heures ; on rentrait chacun chei soi jusqu'à six. Alors on descendait pour ledîùer qui durait une heure. 11 y avait presque toujours quelques personnes d'Evreux : le pn'fet , le maire, le commandant de la gendarmerie, le colonel du régiment de cuirassiers qui était en, garnison, pour lournir l'escorte, et plusieurs damés. M. Dupont de l'Ëure qui n'était pas alors aussi ennemi des grandeurs qu'aujourd'hui. '

(i) L'impératrice avait indiqué un uniforme qu'ils portaient lo soir : c'était un habit vert, collet et paremeod de velour noir, avec une légère broderie en or; ce qui était moins éclatant et moins cher que les costumes d'écuyers et de chambellans.

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Il venait continuellement à iVavarre , sollicitait un sourire 9 ua regard de la souveraine» et affectait on entier dëTOuement au pouvoir absolu de l'empereur. L'impératrice disait qu'il nVait pas toujours été ainsi et s'amusait beau-*coup de la contrainte qu'elle lui supposait. Il a maintenant repris ses premiers sentimens. lime firappaitphis que les autres , parce qu'il portait unpetitmanteau detalTetas noir (i); ce quine rae paraissait pas aller bien avec une grande croix de la légion , en diamans , qu'il tenait des bontés de S. M. 11 faisait souvent sa partie, et lui plaisait par sa conversation spirituelle* Il n'en était pas de môme de M. le comte de Chaïubaudouin, préfet» dont la scm/iiici^^ était passée en proverbe au palais. J'aurai l'occasion d'en citer un trait.

Après le diner » Timpératric^ désignait ceux avec lesquels elle voulait jouer an trictrac , au piquet ou au cassino. On ue jouait pas d'argent lorsque des étrangers étaient de la partie. Quand rimpératrîce faisait son piquet avec des personnes de sa maison , elle jouait 3 francs la ficbe. Quelquefois, par hasard, on établissait uné

(i) Il était, je crois, procureur impérial.

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juacédoÎDe générale , à laquelle elle preoait part; alors elle permettait de faire les mises queToiiToalait , parce qu'elle tenait la ban que. Son plus grand plaisir était de gagner M. Pierlot, son intendant-général , qui était fort mauvais joueur, et qui ne prenait pas la moindre peine pour dissimuler une humeur qui amusait Joséphine ^ et quiconséquemment excitait la gaieté de toute la société. Madame d'Arberg • désignait aussi les personnes qui devaient composer sa partie ; les autres s'arrangeaient an hasard. Les jeunes personnes passaient ordinairement dans le salon voisin , où se trouvaient un piano et une harpe. On faisait de la musique, ou on dansait Nous faisions quelquefois un bruit affreux, et des rires si éclatanSy que madame d'Arberg voulait nous faire dire de nous modérer un peu; mais José^ phine l'en empêchait, en assurant que cette joie si franche lui plaisait et l'égayait. A onze heures on passait dans un petit salon ou était dressée une table à thé. Après cette collation , les étrangers se retiraient ; l'impératrice restait encore une heure à faire des patiences et à causer avec nous. C'est dans ces entretiens qu'on pouvait le mieux juger de l'étendue de scm esprit ,

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et de la bonté de son cœur; elle se livrait entièrement. Quelquefois elle s'arrêtait tout à coup au milieu d'une narration intéressante 5 en nous disant que tout ce qu'elle nous contait était ré* pété à l'empereur ; ce qui lui était fort désagréable. Il savait en effet mot à mot tout ce qui s'était dit dans cette intimité (i).

A minuit elle rentrait chez elle , et nous remontions dans nos chambres , où on restait ea» core il faire mille folies.

(1) Elle n'avait de soupçon sur aucun membre de ce petit comité; cependant il est certain qu'il y en arait on chargé de l'espionner. Je ne crois pas qu'elle ait jamai& découvert qui ce pouvait être.

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