CHAPITRE
ta premier joar 4» à If«varr«.» Loterie siagulièie. — Jaloaiift det damei dn pelaii.— H. Seirel» ercbevêqne de Toun.
Ifeavaiae hnmeiir denadtt&e Ganni,— Aoecdote Mr cette ânae qui t» «e plfoodre à i'empeMar. — Bone tnoii de'inadame de SoDxa — Portrait-de It lectrice de l'impératrice. — Conduite de Josépiùoe après la disgrâce de madame Gazaqi.
Le |our de Tait arriva; l'impératrice annonça <ju'au lieu de donner des étrennes^ elle ferait use loterie de bijoaz. Toute la maison attendait avec impatience ce que le sort , se-condé par Sa Majesté , lui accorderait. M. de Barrai, archevèqae de Tours , homme fort spirituel , mais assez distrait , ne s'aperçut pas de la manière dont on tirait les lots. Le premier fut pour lui ; c'était une superbe bague en rubis , entourée de diamans. Il en fut enchanté^ et répétait avec une bonne foi fort amusante <jue cela s'arrangeait à merveille ^ puisqu'il
pouvaii la porter; el qu'il ^ut été itè^mhBx^ rassé d'un colKer ou d'une paire de bouolèf d'oreilles I <{uil aurait fallu troquer. Il ne s'a«^ perçut que limpératrloe aidaii Je hasard que lorsque deux ou trois dames du palais enreut exactemeatlesmèineaQhoseay les chambellans»
des épingles pareilles , etc. Madame Gasanî, n'étant que lectrice , ne pouvait avoir un présent semblable à céiixdesdames-dn palais, sansUes^ ser horriblement celles-ci, qui se croyaient fort au-deasuis d'elle. Pour adoucir autant quë possible la différence qu'elle était forcée d'établir dans cette circonstance, entre des femmes traitées de même dans aa société» sachant combien 1 amour-propre est aisé à froisser à la oour, et avec quel entêtement on tient anz prérogatives de sa charge , limpératriCe lui donna un charmant bracelet en grosses pierres de couleur montées en diamans, signiiiant J(h séphine. Les autres dames eurent des croix en beaux briilans.
Malgré cette attention , qui eût dû toucher madame Gazani , en lui faisant voir à quel point l'impératrice avait sa oublier, elle eut beaucoup d'humeur d'être traitée différem*> ment du reste des. personnes attachées à Sa Ma^
ai8 MÉMOIRES
jesté. Quant à noQS, n'étant rien » nous n'a«-
vîons droit à aucun présent; et , cependant , nous en reçûmes de charmans. Je garde précieusement les cheveux de Sa Majesté, renfermés dans le médaillon c^ui m échut en partage. G était ce qui pouvait me plaire davantage ; Je médaillon et la chaîne étaient en perles fines. J ai été forcé de les vendre , mais rien ne me sépan»ra de ce que ce présent avait pour moi de plus précieux.
Puisque j'ai parlé de madame Gazani, je dois donner quelques 'détails sur cette beauté qui a fait tant de bruit. £lle était Génoise , ûUe d une danseuse attachée au grand théâtre. L'empereur, dans un de ses voyages , fut ébloui de sa charmante figure , lui promit une place pour elle et son mari , et la fit venir à Paris , où elle fut immédiatement nommée lectrice de Timpératrice » et dans une grande faveur près du souverain. On envoya son mari à Evreux avec une recette générale.
La nouvelle favorite voulut marcher de pair avec les dames du palais. Madame de La Rochefoucauld éssaya de s'opposer à plusieurs choses : par exemple, de la voir se placer dans le même banc, à la chapelle. Madame
8UR JOsiPfilNS. 219
Gasani futseplatndre à Tempereiir, qui d9ana
ordre qu'elle y fût reçue. li fallut se soumettre.
Elle était grande ^ et avait dans la tournure une grâce parfaite , quoiqu'elle fût un peu maigre. Son telut était brun , quelquefois échauffé , mais ses traits si rayissans , qu'on eût été fâché que rien fut changé à son extérieur. Ses yeux étaient les plus beaux que f aie yus^ exprimant avec promptitude tout ce qu'elle disait et tout ce qu'elle écoutait (1).
Les mains de madame Gazani n'étaient point jolies; elle avait soin de porter presque toujours des gants. Ses dents , fort blanches» se montraient continuellement par un petit rire de côté qui rendait sa physionomie plus piquante encore. Elle dansait bien, mai» avec un peu trop de prétention, et son pied n'était pas très -bien fait. Sans être musicienne, elle chantait agréablement quelques morceaux étu*diés d avance. Un grand usage du monde lui tenait lieu d'esprit; et, si sa conversation n'offrait rien de brillant, elle plaisait par le joK
Madame de S'oaza, dbnt les bons mots sont sinom^
breux, prétendait qu'ils étaient comme les nuages y qu'on pounait y lire tout ce gui pUUt
StaO NÉHOIIXS • .
son de Toix et les expressions choisies ipie Ton eatendait sortir de cette charmante bouche.
Deux mois après son arnvée , 1 empereur craignent > comme celelai est arrivé souvent, d'être maîtrisé par une femme, rompit avec elle; et entrant brusquement cbes Josépliine : Cha»9e9 madame Gtsaùi, dit-H, il faut qu'elle retourne en Italie» — JNon» sire> je la garderai près de moi; il ne faut pas U?rer au désespoir une jeune femme que vous avez arrachée à tous ses devoirs. Je serai d'ailleurs» bientôt» peut-être aussi malheureuse qu'elle. ( On parlait sourdement du divorce. ) Mous pleurerons ensemble; elle me comprendra. Je veux donc la garder;
ce qui empêchera certainement parla suite vOp tre majesté de la rencontrer. — Eh bien ! comme TOUS voudrex; mais que je ne la voye plus.
Depuis ce moment, Joséphine la combla de bontés. C'est S. M. qui a raconté toute cette scène à ma mère ; et elle convenait qu'elle avait regardé comme unbonheur, danscet alTreux moment d-une séparatôoin si cruelle , d'avoir avec elle une personne qui entendait parler de l'empwur avec le douloureux plaisir qu'elle avait à s'en entretenir, et qui éprouvait les mêmes sentimens pour lui.
SUR JOSEPHINE. UUi
Lorsque j'ai ooniiii' 'madame Gaiaol, elle
était livrée à ua attachement qui devait avoir effiacé de son tcaùr celoi qu'elle atait eu pour Tempereur ; cependant elle pariait continuelle' ment de lui ; et la vanité lui faisait, je crois, regretter la .eonquète du maître de tant de rois. Je ne pense pas quelle eût une grande aeusibilité $ Tadolation perpétuelle dont elle a?ait oonstavrioient été l'objet Tavaitfort émona^ aée. M. de P. ^yant une oliarmante iigure^ te plus aimable earaotère, une gcande fortuné qui lui permettait de se livrer à la galanterie que lui inspirait la femme qu'il ehérissait, fut eoufenl fort maUieureux. par elle. Sa coqueit* terie était extrême , et malgré le mal affreux qu'elle faisait à celui qu elle disait aimer, , et qui lui avait sacriQé de brillans mariages , elle ne négligeait pas une occasion de déployer tous ses moyens de séduction. Elle avait Taîr de se jouer d'une douleur qu'on cherchait à cacher, mais qui perçait dans tous les mouvemens de H. de P. Il a depuis rencontré une compagne charmante , digne de le dédommager de toutes les tribulations du temps dont je parle.
Madame Gazani, ne désirant plaire qu'aux hommes» était douce et complaisante , quand
222 ^MéMOlRSS
par hasard elle ae trouyait seule a?ec des femmes qu'elle ne pouvait redouter; mais, si par Bialhear, elle croyait un instant qu'on eût l'idée de pouvoir rivaliser avec elle , son caractère ciiaageait , et devenait dur et impertiaenL Ces occasions étaient rares : ainsi elle était en général d'une société agréable.
Son mari, liomme excellent». forcé. de se soumettre aux voloatéa du maître qui , en cas de révolte, eût su le joindre partout, souilrait de sa position sans que ses bons procédés foui sa femme fussent moins continuels. Il espérait que tant de soins lui attireraient enfin sa tendresse , qu'il méritait assurément par de précieuses qualités.
SDR. JOQfcraUVB. 22^