‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 23 sur 47 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Le ▼ice^ioi à Kafsrre.~Let présent qall yfait.-'Soa portrait. AssasnnaU fréqnaiit à- Milan. — Moyens employés poor le» rendre pins. rares. La reine Hoitenae. Madame .de Ville- Nenve.

Le Tice-roi viol plusieurs fois à Nayarre. Son

arrivée causait une joie générale. Les hommes de la société étaient sûrs de yoir redoubler rîntérôt de la conversation par le récit des batailles si glorieuses auxquelles il avait pris une part si active. Les femmes se réjouissaient des jolies parties qu'il organisait pour leur, plaire^ et d une foule de. petits présens faits avec une grâce qui en doublait la valeur.

On portait alors ce qu'on appelait un chari' varL Le prince Eugène arrivait avec une provision de ces charmantes bagatelles qu'il distribuaient au billard et au jeu. Afin d'éviter les remerctmèns , il perdait exprès ; ainsi on obte-

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naît eu môme temps bijou désiré et un petit triomphe d'amour-propre , auquel une femme n'est jamais insensible.

II est impossible d'apporter dans le monde plus d'amabilité , d'instruction et de bonbomîe que le vice-roi ; il faisait, pour captiver ^ tousles frais qu'eût pu faire un simple particulier qui eût voulu paraître aimable. Ennemi déclaré de Tétiquette» il tâchait de s y soustraire ie plus possible, défendait aux huissiers de l'annoncer , afin de nous éviter l'ennui de nous lever tous chaque fois qu'il entrait < C'est bien assez 9 disait*il »

• dotre forcé de subir toutes les tristes conséiquences du pouvoir quand je suis à Milan; » qu'au nïoins ici on' me pérmette de m'amuser > un peu. C'est un rude métier que celui d'être roi,

• quand an n'a pas été élevé pour cela. » Je l'ai VuT à Malmaison , par une pluie battante , préféi^er passer dans le jardin 9 pour entrer par la galerie , sans' cette annonce qui lui déplaisait/

Sa figure fine et douce s'animait d'une manière éltra^rdinaire' lorsqu'il parlait de ses campagnes. Sal tournure était noble , élégante, et il eût été tout-à-fait bien sans des dents aUreuses qui le défigurait. H ne tenait famais sans faire de nombreuses aumônes; aussi, sur son passage^

t<ni8 les visages étaient rayonnans du bonheur de le voir ; ce que Joséphine remarquait avec toute la fierté d'une mère. Il ne savait pas la musique , mais il chantait bien le bouffe; il avait 1 instiact et le goût de cet art. Après avoir entendu une ou deux fols |a partie qu'il devait exéctiter dans un duo ou un trio , il la savait parfaitement et ne 1 oubliait jamais. Personne ne poussa plus loin la tendresse filiale et paternelle (i). Il ne pouvait parler de lepoque du divorce de sa mère, qn^il nommait la plus affreuse de $a vie, sans avoir les larmes aux yeux.

Le vice-roi portait toujours sur lui le portrait de ses enfans et celui de la vice-reine , peints par Isabey, et montés en chaîne de montre : c'était une réunion de figures célestes.

^ Il nous conta que lorsqu'il avait été nommé vice-roi , il ne se passait pas de jour où il n'y eût un assassinat à Milan ; que rarement on poursuivait alors les auteurs d'aussi atroces ven-

(i)Il eut» dit-OD> beaucoup de maitresses; mais il cachait si bien ses intrigues , que la vice-reine ne put s^en

douter. Il disait qu'il eût sacrifié toutes les femmes du monde à celle qu'il chérissait par- dessus tout, et qui par sa parfaite conduite et ses qualités le rendait si heureux.

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geanees , qui passaient pour les choses les plus

simples; chaque famille puissante ayant des sbirjres à ses gages ^ sur un mot» il^ commet* taient les crimes les plus exécrables. Plusieurs lois fort sages furent dictées par le vice -roi f entre autres la défense, sous peine d'une amende très-considérable et de la prison, de porter sur soi , d'acheter ou de vendre des couteaux qui ne se fermassent pas. Lorsque par hasard on arrêtait un assassin^ il prétendait toujours âToir agi de premier mouyement, sans préméditation ; il ne pouTaît plus donner cette raison 9 puisqu'il était obligé d'ouvrir l'instrument dont il se servait. On fouillait souvent dans les rues les gens dont la réputation n'était pas bonne.

Le vice-roi eut une gloire plus grande que celle ilaquelteil étaithabituésurle champ de bataille , cefut de rendre ces tristes événemens de plus en plus rares; ils finirent par ne pas être plus fréquens que dans les autres pays. Use fit adorer, par sa justice et sa bonté , d un peuple en géné- ' ral , peu attaché à ses souverains. Sa charmante et douce compagne fut un ange chargé du bonheur de l'homme qui s'occupait tant de celui des autres. La conduite parfaite de la vice-reine a été aussi célèbre que sa beauté. ,

sua J0SÉSU1N£. '

Qfiaod le prince Eugène ctail à Navarre , on ne lisait pas tout haut. Lorsque le lempa était beau » on allait pèchef da^s lies pièces d'edu de ce magniQque jardin. La d^me qui prenait un plus grand nouibre de poissons, el celle don^ la pêche pesait le plus, recevait un prix du Yice^roi, et uja de chaque autre persoaae d» U société. Rentrés au palais , nous envoyions notre butin aux cuisiniers, avec ordre de le faire frire

tout de suite« Ils Irouyaient fort désagréai>le se voir ainsi dérangés pour la cuisson de misérabies poissons, qu'ils n'eussent pas voulu servir même anx fiUes de coisine ; mais Son Air tes^ impériale s'amusait tellement de ce repa^ impromptu, qu'ii se renpuveliât tous les jours» à quatre heures, et qu'il éttàt convenu de le trouver préférable à tout ce que le dîner de Sa Majesté avait de plus recherché; du moins il est certain que l'on y riuit davantage. ,\

Lôrsque la pluie empêchait de sortir^ on jonait au billard 9 et , comme je l'ai dit, de jolis colifir chets étaient le prix d^. triomphe. Les hommes étaient exclus de ces concours. Le soir on faisait toujours de la musique , à laquelle le vice-roi prenait part.

La reine de Hollande s'y est*tronvée avec loi;

et comme le palais était trop petit pour loger toatle monde » plusieurs dames de la maison cédaient leur chambre, et nous couchions trois ou quatre dans la même. La reine était moins gaie que son frère , ce qu'il fallait , je crois » attribuer à une santé extrêmement délabrée.

Lorsqu'elle Tenait, on quittaitluniforme permis, les hommes reprenaient ceux de leurs places, et nous nous habillions comme pour un . bal. La présence de la reine gênait toujours un peu , parce qu'elle amenait des dames qui conservaient l'attitude de la cour, et qui eussent cru déroger à leur dignité en faisant autrement. Il faut excepter de ce nombre Madame de Yille* neuve, jolie , gaie , aimable et bonne.

La reine, quand elle ne souffrait pas, chantait des romances avec une grande expression , et voulait bien nous donner ses avis sur la manière de les dire. Je l'ai moins vue que son frère ; elle restait beaucoup dans son appartement , suivant un traitement, dont elle ne pouvait s'é- •carter sans de grandes douleurs.

sua Jos£PHunS(

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