CHAPITRE
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uJe et de Fernand-Cortès, que nous chantions tant bien qne mal. H. de Monaco fou an t bien
du piano, pour un amateur, était notre accompagnateur avant l'arrivée de M. Sponiini; il céda la place au compositeur des deux beaux ouvrages sur lesquels nous nous étions étudiés. La pear que nous eûmes en chantant devant lui, nuisit, je crois, beaucoup à notre ensemble : ce qui ne l'empêcha pas de nous dire , avec une franchise toute UaUenne, que nous chantions à merveille.
M. de Monaco n'aimait beaucoup que la musique qu'il faisait : aussi trouvait-il que les louanges exagérées de M. Spontini n'étaient que justes, appropriées à nos talens ; électrisé par elles^ il criait les chœurs plus que de coutume; insensiblement entraînés par son exemple, nous faisions de môme; c'était une véritable cacophonie. Comme il y avait peu de diUttanti qui ne fussent employés, tout le monde était satisfait; aussi recommençâmesnous si souvent» qu'il y avait de quoi dégoûter à {amais de ces deux opéras , si on pouvait l'être de deux chefs-d'œuvre. Malgré le mode du roêsinisfne, que je suis de loin , je persisterai toujours à dire que lorsqu'on entendra chanter
la Vestale et Femand autrement que.nooâ
ne faisions , ils auront un succès d'enthousiasme. Il est beaucoup d ouvrages de Paër, Gimarosa , etc. , qui obtiendraient le même honneur si on daignait les monter avec quelque soin ; mais il est convenu dans ce moment que , hors Rossini , il n'y a point de salut. Attendons.
Puisque je parle de musique , je vais répéter un trait conté par l'impératrice > et donner quelques détails sur les compositeurs célèbres que . j'ai été à même de voir. Tout ce qui touche les arts doit avoir de l'intérêt pour une nation qui les cultive en général avec tant de succès. Voilà ce qui m'engage à interrompre quelques ins* tans ma narration sur ce qui se passait à Navarre.
L'impératrice assistait à Saint- Cloud avee Fempereur à une représentation des Zingari in fiera, de Paësiello, qui était dans la loge. avee LL. HM. On avait intercallé dans cet ouvrage un air superbe de Gimarosa.
Napoléon, passionné de la musique italienne qu'il voulait remettre à la mode , s'extasiait à chaque morceau^ et faisait àPaësieiio, des cojiïplimensy d'autant plus flatteurs qu'on savait que la bouche qui les prononçait n'en était pas
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prodigue. EdAii après le morceau dont j'ai
parlé, l'empereur se retourne et dit avec transport en prenant la main de Paësiello : c Ma 1 foi, mon eher, l'homme qui a composé cet » air peut se proclamer le plus grand compo- » sitenr de TEurope. — Il est de Gimarosa, » articula faiblement Paësiello. — J*en suis 1 fâché ; mais je ne puis reprendre ce que j'ai 9 dit. »
Pour réparer un peu le chagrin qu'il venait de causer, l'empereur, qui estimait le talent de Paësîello, et aimait sa personne, lui envoya le lendemain un beau présent. Je doute qu'il ait atteint son but. L'amour-propre d'auteur est en général plus fort que l'amour des richesses ; et les honneurs reçus n'auront pû faire oublier les mots cruels de la veille.
Paësiello , pendant son séjour à Paris allait beaucoup chez M"''' de Hontesson. C'est là où je l'ai vu. Une jeune personne de la société, qui passait pour avoir un admirable tulent pour le chant, se fit entendre un jour où il y était, elle mit une grande prétention à exécuter les morceaux difliciles de ce grand maître. £lle fut fort applaudiè, et ses admirateurs, voulant lui porter les louanges de Paësiello, s'approchèrent
de lui pour lesrecueilli r. Surpris de son silence ils le questionnèrent M*^ «— Elle a de bien beaux yeux. — Oh 1 sans doute; mais sa voix est déliciease, n'estrce pasP — Us sont bien expressifs. — Oui sûrement ; mais sa méthode qu'en pensez- vous? — Je n'ai jamais vu de plus beaux yeax. Il fut impossible de le faire sortir de là , et les amateurs stupéfaits ii osèreut plus témoigner autant dentbousiasme en écoutant
Paësieilo prétendait que pour chanter il fallait cent choses, quatre-vingt-^iz-neuf fois de la voix et une fois de la méthode. Que de gens qui se passent de tout cela, et croient faire merveille!
Sa figure était belle , noble et expressive. Il avait le sentiment de sa supériorité (qui à cette époque n'était pas contestée) mais il parlait de lui avec un orgueil si franc qnll forçait presque à le lui pardonner. D'autres sont à meilleur marché bouffis d'amour propre ; ils le cachent et n'en sont que plus insupportables; ils se contentent de dénigrer tout ce qui n'est pas eux. J'aime mieux qu'on se loue tout haut, et qu'en même temps on rende justice aux autres. C'est ce que faisait Paësieilo. Il pensait que /ci/com*posait supérieurement , et plusieurs autres hien.
MÉMOiaSS
C'est toujours donner pins que la médiocrité n'accorde ordinairemeat.
La chute de Topéra de Proserpine , qui cooteuait cependant de beaux morceaux, lut un coup terrible pour sa réputation. L empereur en fut furieux , et répétait que les Français n'entendaient rien à la musique, li trouvait iort mauvais que son protégé ne réussît pas, et que son goût ne fût pas celui des autres.
L'ouvrage, malgré de grandes dépenses, de jolis ballets, de belles décorations, n'eut qu'un certain nombre de représentations. L'autorité s'obstinait à le faire jouer; le public à n'y pas aller; il fallut y renoncer. Paësiello, dégoûté de la i rance , voulut retourner en Italie.
Sa place de maître de chapelle devenait yacante, par sa démission, ]^apoléou voulut y nommer un homme digne de le remplacer. Il jetta les yeux sur Méhul , avec lequel il avait été lié long-temps avant l'expédition d'Egypte. Le talent, l'esprit, un caractère honorable rendaient ce choix excellent; tout devait faire croire que Méhui accepterait avec empressement.
Quel fut donc l'étonnement de l'empereur, lorsqu'il reçut uu refus formel. Je ne puis , lui dit Méhul, accepter cette place, qu'à la condi*
SUR JOSÉPHINE. 2QÙ
tion que vous me permettrez de la partager ayec moDami Chérubinî. — INe m'en parlez pas, c'est on homme tranchant que je ne pais soul^ irir. — 11 a sans doute été malheureux de vous déplaire , général ; mais c'est notre maître à tous , en fait de musique sacrée ; il est dans une position peu aisée, il a des enfans, et je Yondraîs pouvoir le rapprocher de tous. — Je vous repète que je n'en veux pas. — Dans ce cas y général, je refuse positivement^ et rien ne me fera changer. Je suis de 1 mstitut; il n'en est pas ; je ne veux pas que Ton puisse dire cpie je 'profite de la bienveillance dont vous m'honorez , pour tout accaparep f et priver un homme illustre de tout ce à quoi il a droit de prétendre. Méhul persista dans sa résolution, et Napoléon ne voulut pas fléchir ; en conséquence , il ohar» jrea ilmpératrice de chercher un compositeur qui put remplir avec talent la place qu'il avait voulu donner à Méhul. Joséphine en parla à M'"'' de Montesson, qui lui recommanda avec intérêt M. Lesueur, dont le mérite n'était point assez apprécié; il ne pouvait parvenir à faire jouer son opéra des Bardes, il était fort pauvre. Joséphine, toujours empressée de.
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venir aa secours de l'iafortuDe , parla au con-*
sui avec chaleur de M. Lesueurquifut oommé.
Son opéra» joué» réussit complètement
Napoléon , n étant encore que général de brigade, fitàChérubini quelques observatioos^sur sa musique qu'il trouvait » peut-être avec quelque raison, trop savante et pas assez chantante. — « Général, lui répondit Chérubini furieux » » mêlez-vous de gagner des batailles , c'est • votre métier ; laissez-moi faire le mien au- » quel vous n'entendez rien. • Cette réponse blessa Napoléon qui ne put la pardonner.
Sous son règne, Chérubini n'a pu rien obtenir ; son caractère peu traitable l'empêcha de tenter aucune démarche pour faire revenir de sa prévention le maître du monde. U trouva piquant de lui tenir tête; se brouilla presque avec Méhul qu'il accusait souvent d'être intrigant , ce qui assurément était bien injuste , puisque celui-ci avait refusé à cause de lui une place lucrative et honorable; Chérubini fut par sa faute plusieurs années fort malheureux.
On ne conçoit pas trop que l'empereur ait pris tant d'humeur pour une réponse brusque, et que non-seulement il ait pardonné à Méhul une espèce de mistihcation dont il fut la dupe.
8im joêÈmuŒ. agS
mais qu'il lui ait cooservé uoc affection réelle.
A l époque où Ariodant, Ëuphrosine» Slra-« tonîce^ obtenaient le plus de succès, le consul répétait sans cesse à Méhul , que ses ouvrages étaient fort beaux , sans doute, mats qu'ils ne contenaient pas de chants comparables à ceux des midtres italiens, t De la science , et toujours » de la science, voilà ce que vous uous donnez , » mon cher; mais de la grâce, des chants et » de la gaité , voilà ce que vous autres Fran« » çais, navez pas plus que les Allemands. »
Méhul ne répondit rien, mais il fut trouver son ami Harsollîer, et le pria de lui faire un petit acte bien gai, dont le canevas fut assez absurde pour pouvoir accuser un poète de iibretto de l'avoir fait. Il lui recommanda le plus grand secret.
Marsollier ayant une confiance parfaite dans
le talent et l'esprit de son ami , se mit à TcBuvre , et fit très-promptement Topera de T/rata. Il le porta chez Méhul , qui , immédiatement, composa la charmante musique , que l'on applaudit encore avec transport. Marsollier se rendit au comité de l'Opéra- Comique , dit qu'il a reçu d'Italie une partition dont la musique est si délicieuse , qull est certain dà succès>
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malgré la faiblesse du poëme qu'il s'est donné la peine de traduire de iltalieo. (On avait fait copier la partition par une main inconnue. ) Les acteurs i entendent, en sont charaiésyetveulent monter l'ouvrage. Ils se disputent les rôles, et tous les journaux annoucent avec emphase que bientôton verra jouer un opéra ra^matit^ enchanteur^ d'un auteur Italien. La première représentation est annoncée. Le consul dit qu'il ira, et engage Méhul à y assister avec lui; c Ce sera » un creve-cœur pour vous, mon pauvre ami, » mais peut-être en entendant ces airs si diHé- » rens de ceux de l'école moderne^ revîendrezy> vous.de cette manie de faire du baroque, » Héhttl eût Tair contrarié de tout ce que lui dit Bonaparte , et se refusa à aller au spectacle ; on le pressa , il finit par céder.
Dès Touverture, les acclamations du consul commencèrent. Tout était charjuant, naturel, plein de grâce et de fraîcheur, il applaudissait à tout moment , en répétant : décidément il ny a que la musique Italienne, La pièce s achève au milieu des plus bruyans applaudissemens , et les auteurs sont appelés avec enthousiasme. Martin vient demander à Marsoljier s'il veut être nommé comme traducteur.
» iN on , répondit celui -ci 9 mais comme auteur » des paroles , et vous annoncerez en même » temps, que la musique est de Mchul. » La surprise fut générale au théâtre 9 car le secret avait été si bien gardé» qu'aucun des acteurs ne se doutait de la vérité. La toile se lève, les trois révérences d'usage faites, les noms des auteurs sont proclamés et couverts de bravos universels. Le consul prit le bon parti; il avait ri, était satisfait , il ne se fftcha pas. « Attrapes-moi » toujours de même , dit-il à MéhuI , et je m en » réjouirai pour votre gloire et mes plaisirs. »
Cette anecdote m'a été contée parMéhulluimême; il riait toujours en se rappelant l'étonnement de Napoléon, et l'espèce d'hésitation qui avait précédé le compliment qu'il en avait reçu.
Personne ne causait mieux que ce célèbre compositeur, enlevé sitôt aux arts et à Tamitié. Tour à tour, sérieux et gai, il racontait avec une égale perfection les histoires les plus tragiques, et les traits les plus plaisans. levais, ctTans le chapitre suivant , en citer un dont il était le héros et qui lui avait laissé un souvenir ineffaçable , et dont il s'amusait encore {beaucoup avec ses amis, Je parlerai aussi du
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hûQ vieux Monsigny, que j'ai beaucoii|) vu, et conséquemmeot beaucoup aimé ; car il réunissait tontes les qualités qui font l'homme ex* celieût et rhomme aimable.
SDR JQSÉFUUiE. ^99