‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 34 sur 47 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Mélml à Givet, n trille aatate. — Siagolièie fiftte qui lui fat donnée. — > Monsigny. — 'Grètrj.

jVIéiujl était de Givet; sa famille y étant établie » il y faisait de fréquens voyages ; ses compatriotes , fiers de Tillustratioii qu'il avait acquise 9 résolurent de lui offrir une fête la première fois qu'il viendrait* Ils se concertèrent d'avance , afin que rien ne manquât à la soienaité qu'ils voulaient mettre à cet hommage dû à un grand talent y et à lin homme estimable.

A peine Méhul est-il arrivé qu'il reçoit une députation d'amaf^cirs^ qui le prient d'assister à une représentation qui doit avoir lieu le lendemain sur le théâtre^ où ses ouvrages sont joués 9 disent-ils , avec un ensemble surprenant , pour une troupe ambulante ; que ne

peut la présence d'un génie comme le vôtre »

ajoutèreiAt-ils? Méhul, étonné que ion pût exécuter sa musique , tant bien que mal , avec de si faibles ressources , promet de se rendre aux vœux de ses concitoyens.

Le four suivant, de grandes affiches sont placardées dans toutes les rues ; elles annoncent pompeusement et longuement que les habitans de Givet, désirant témoigner leur admiration pour M. Méhul 9 donneront le soir une Folie, suivie â'undivertissementetducouronnementdubuste du grand compositeur. Celui-ci arrive, escorté de tous les gens marquans de la ville. 11 est placé dans une espèce de niche , décorée du nom de loge y qui était ornée dun vieux tapis à personnages > et de guirlandes de fleurs en papiers. Des salves d applaudissemcus l'accueillent à son entrée y et à peine est-ii assis que la toile se lève. Un acteur s'approchant de la rampe , récite des vers sur le boniieur de posséder un tel spectateur, dont il réclame l 'indulgence, et lioil par annoncer que l'opéra cVune Folie va être commencé ; mais que comme il a été impossible de se procurer un orchestre » on passera lous les morceaux de musique. En eflet, on joua la comédie de M. Bouilly / pour fêter Méhul^

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Le reste de la soirée répondit au commencement. Le buste qui devait être couronné était en terre glaise ; pour que la ressemblance fut frappante , on avait allongé de beaucoup le nez 9 afin que , vu de loin » la proportion fut exacte ; une actrice , en plaçant la couronne de laurier sur cette prétendue tête, eut le malheur d accrocher ce nez énorme , qui tomba ; il fallut le replacer à Taide d'une épingle noire. Toutes ces mésaventures n'empêchèrent pas le journal du lendemain de louer 1 ordonnance parfaite de la superbe fête donnée par la ville au grand Méhul, et de parler de l'euthousiasme qu'elle avait excité, et de l'attendrissement qu'il avait témoigné en recevant un hommage si flatteur. Pour cacher le rire inextinguible dont il fut saisi , il eut constamment son mouchoir sur la figure ; ce qiH lut attribué à son extrême sensibilité , et lui ût le plus grand honneur dans l'esprit de toutes les belles dames de Givet-

Méhul était généralement aimé, et connu

dans la société sous le nom dn ban MéhuL II rendait justice aux taiens , même de ses ennemis, et fut constamment le même pour ses amis , qu'il obligea plusieurs fois de sa bourse.

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Ayant ua ordre parfait , il trouvait toujours le

moyen d avoir quelques fonds à la disposition de ceux qui souffraient. 11 éleva avec soin un de ses neveux (H. Daussoigne) , qui n'eut pas pour lui toute la tendresse qu'il méritait.

Il était dans la destinée de Méhul de n'être pas heureux dans son intérieur; ayant épouse une femme agréable » il espérait le bonheur ; mais elle le paya d'une grande ingratitude, rahandonna quelques années avant sa mort; et ne revint auprès de lui qu'un mois avant qu'il n'expirât. Il lui pardonna franchement d'avoir troublé toute son existence , et lui laissa toute sa fortune 9 à l'exception de quelques legs faits à sa famille , et à des amis qui l'avaient consolé dans sa longue et douloureuse maladie.

J'ai beaucoup connu aussi Monsigny , qui le premier changea le système de la comédie iialieime, où on n'exécutait, avant lui, que des vaudevilles et des farces . que le talent de Carlin pouvait seul soutenir.

Les ouvrages de Monsigny obtinrent un succès fou ; et en se reportant au temps où il les composa , il faut convenir qu'on devait y trouver un grand mérite. Elleviou en remît plusieurs , et , par le charme de sa voix , la

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perfectioa de son jeu» il leur donna tout l'attrait de la nouveauté. L'orchestre paraît maintenant d une pauvreté extrême , rharmonie y est nulle ; mais il y a dans FéHx des chants charmans. Cet opéra fut sa dernière composition représentée au théâtre. Aussitôt qu'il entendit celles de Grétry , il quitta la carrière qu'il avait ouverte d'une manière brillante. Sa simplicité était extrême, et il nous dit que, persuadé qu'il serait écrasé par Grétry , il avait préféré se retirer. Quoique rivaux, ils ont toujours été bien ensemble. Dans les derniers temps de leur vie , ils se rencontraient souvent , et s'abordaient toujours de la même manière, c Bonjour sei* gnenr, disait Grétry. — Que la paix soit avec vous , répondait Monsigny. — Ne fait pas du chant qui veut, seigneur. — Qui le sait mieux que moi. » Les deux Mestors de la musique se serraient cordiaiemeot la main, et se séparaient jusqu'à la première entrevue , qui se passait exactement de même.

Lorsque Monsigny se maria , il épousa une jeune personne d'une dévotion extrême. Pendant qu'il était allé à Vil 1ers - Cotterets faire son service chez le duc d'Orléans, dont il était maitre-d'hôtel , sa jeune compagne jeta au feu

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trois ouvrages entièrement terminés , a&n <j[ue son mari n'eût plus aucune relation avec le théâtre. Peut-être eussent-ils été supérieurs aux premiers qu'il avait fait jouer.

Napoléon, étant un jour au spectacle, vit le Déserteur, Il en lut si content , qu'il demanda à M. Picard , qui était dans sa loge , de qui était cette musique. Apprenant que son auteur était entièrement ruiné par la révolution, et qu'il n'avait , pour lui et sa famille , qu'une faible pension que lui faisait les comédiens de Feydeau, il lui en accorda une de six mille fr. , et le nomma chevalier de la Légion-d'Honneur. 11 fut membre de l'Institut.

A la rentrée du roi il était très-âgé , et vivait entièrement retiré du monde, ce qui uempêcha pas qu'il ne fût nommé chevalier de Saint- Michel. 11 ne put jouir de cette faveur de son souverain; le cordon , qui était une si honorable preuve de l'estime que Louis XYIII portait à son talent et à son caractère , arriva chez lui au moment qu'il venait de quitter une vie exempte de tout reproche. Cette décoration fut déposée sur son cercueil.

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