‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 35 sur 47 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Un pauvre musicien vient à Navarre* — - II est entendu de l'inipératrice. — Portrait de cet homme. — Réprimuide 4e i'impénitriee.

Je reviens enfiQ à Navarre. Je m'en suis peut^ être éloignée trop long -temps; le plaisir de parler d'hommes célèbres m'a entraînée. Je de* mande pardon à jues lecteurs de mettre si peu d'ordre dans mes récits ; mais il me serait impossible de prendre assez sur moi, pour réfléchir long-temps afin de raconter bien ; j'inscris les faits à mesure qulls se présentent à ma mémoire : je suis l'impulsion de mes idées. N'ayant jamais pensé à écrire , je n'ai pu arranger le plan d'un ouvrage. Ce n'est pas , je le répète , pour briller que j ai pris la plume ; c'est uniquement pour faire connaître mieux plusieurs personnages

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historiques avec lesquels i'ai été en relation.

Il faut donc que l'on me pardonne des divagations perpétuelles , en faveur du désir que j'ai de faire valoir de beaux caractères ; ce n'est qu'à regret que )e parle de ceux que je n'estime pas; je sens que je dois la vérité que j'ai promise : elle sera quelquefois pénible à tracer; maïs la dissimuler sur certains points serait donner le droit de douter des autres : ainsi je ne tairai pas plus le mal que le bien. Je reviens à mon sujet favori , et vais de nouveau m'occuperde Joséphine.

Un malheureux musicien fit demander la permission d'exécuter, devant l'impératrice , un quatuor lui tout seul. Il annonçait devoir imiter les quatre TOtxde différens acteurs, de manière à produire une illusion complette. Sa Majesté consentit à l'entendre le soir.

Il arriva , et sa grotesque figure excita la gaîté générale; son frac noir, devenu presque blanc, tant il était vieux, un gilet brodé en soie de couleur , une mauvaise épée d'acier rouillé 9 des boucles en straas , un énorme jabot qui avait dû être plissé, voilà sa toilette. Des cheveux gras mal bouclés , un gros nez rouge , de petits yeux louches, les jambes bancales.

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Toilà flOD eziérieiir; les bras croisés de manière ' à ce ^ue ses maii^ fusseot sous ses coudes ^ pour cacher Tootra^ qu'y avait fait un trop long frottement, les pieds en dehors , voilà sa contenance. J'avouc^.que ^e fus la personne que «ette plaisante caricature amusa le plus.

Sa Majesté conserva un sérieuximperturbable, lui ht plusieurs questions sur son pâys» ion genre de taient , auxquelles il répondit avec esprit et mesure ; ce qui nç s accordait guères avec sa tenue si étrange.

Il demanda un paravent , et se plaçant derrière y il commença le quatuor annoncé.

Jamais chanteur de Bourbonnaise ne fut plus ridicule. La gravité de Joséphine nous imposa quelque temps; mais au moment où il prit la voix fluttée pour imiter madame Barilli, nous ne pûmes nous contenir, et des éclats de rire fort bruyans devaient déconcerter ce pauvre homme , qui cependant acheVa le morceau.

L'impératrice, avec une grâce pleine de dignité, s'approcha de lui, et l'assura qu'elle avait été très-satisfaite; que l'imitation était parfaite, et quil avait dû en juger par la gaité générale. Elle lui fit servir à souper , ce

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dont il afait, je crob, grand besoin , et donna

ordre de lui faire compter dix Napoléons. «Vous

• êtes fort jeunes^ mesdemoiselles» noQsdît-€^e'$ f il peut irons être pardonné derire du ridicule par-

• tout où il se trouve ; mais moi , je serais inexcu- » sable si j 'avais pu être frappée d-autre chose que ide l'extrême misère de ce malheureux , qui se 9 donnait tant de peine pour me plaire lorsqu'il » mourait presque de faim. > Jamais leçon ne fiit donnée avec plus de justice et de douceur , et ne fit plus d'effet. Pour ma 'part , j'en fus si profondément touchée 9 que j'aurais volontiers pleuré d'avoir ri.

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