CHAPITRE XXYIIL
Bal donné -à Poceaaion dn mariage da la princatie Stéphaide de Bade.— J*7 mia Invitée.— PJniieoit moti de'l'£nperearr— neadamet Cbarpentier, Simon, Chat..., — La princetie de
, Pomle-Corvo,— Réponie de M. Glaii aon pèxe*. — Siagoliéve ▼engeance de Girodet. — Pennon aooordée mon p^.— Le prince de Léon.
L'minkTKLciL me rappela les deux occasions où j'avais parlé à l'empereur , et me reprocha, avec raison , de n'en avoir pas profilé pour solliciter quelque chose pour ma famille. Voici pourquoi je ne l'osai pas.
Plusieurs personnes, qui pouvaient obtenir une place à mon père, voulant s'éviter la peine de la demander, nous persuadèrent que Napoléon avaitcoQtre lui des préventionsa)^rf£/£e« ; qu'ainsi il fallait éviter de le nommer devant Sa Majesté. Habitués aux malheurs , nous crûmes facilement à tout ce qui pouvait nousafiliger^ et loin de-
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chercher à ëclaîrcir ce que l'on donnait comme
certain, nous nous résignâmes à vivre d'une faible pension (fiaite par une tante) » qui suffisait à peine à nos besoins.
Mon père n'eût accepté aucune place à la conr ; sa franchise lui rendait impossible remploi de courtisan royaliste. Ayant souffert longtemps pour la cause qui lui coûtait sa fortune , il n'eût famais vouhi être compté au nombre des valets dorés de l'empereur; mais je ne doute pas qu'il n'eût été heureux de remplir un emploi utile à son pays , auquel il eût désiré consacrer ses connaissances , acquises par de longues études et fezpérience que donne de grands chagrins. Servir sa patrie est le premier besoin de tout homme d'honneur; il n'est pas d'opinion qui ne cède è la considération de pouvoir contribuer à sa gloire ou à son bonheur* Persuadé que toute place du genre qui lui convenait lui était interdite , il se tint constamment éloigné du pouvoir*
k l'époque do miariage de 1» princesse Sté«« jphànîe , ma mère et moi fûmes engagées aq bai donné aux Tuileries* Il fallait de grandes toilettés , ce qui empêcha ma mère d'accepter ; mais ne voulant pas me priver d'une fête qui
piquait viTement ma curiosité 9 je fus confiée
à une de nos parentes , avec recommandation de ne pas dire qui j étais, si par hasard l'empereur demandait mon nom. L'extrême simplicité de ma parure, qui contrastait avec le luxe qui m environnait , mon air enfant , fixèrent Tatptention du soùyerain , qui s'approcha de moi ; un tremblement général s empara de toute ma personne ; c'est ainsi que je suis toujours dans les grandes occasions. Tout ce qu'on m'avait dit de l'antipathie de l'empereur pour mon père se présenta sui^«ehamp à mon esprit , et je redoutai quelques-unes de ces bonnes brusqueries auxquelles on était souvent exposé dans ces fêtes. Heureusement Napoléon ne me parla que de danse , me ût un compliment obligeant, auquel je répondis spiritueUement en l'appelant Monsieur.
Passant à ma voisine , Qui êtes - vous ?
, je suis madame Charpentier. — La femme du général ? — Oui , sire. — Ah , mon dieu , comme ce costume de quadrille vous va mal.
Tous êtes bien changée.
La femme qui suivait était éclatante , tant par sa rare beauté que par la quantité de djamans dont elle était surchargée. L'empereur
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en parut frappé » et s adressant à elle avec ud sourire: — Qui êtes-Tous» madame? — Sire, répondit-elle en minaudant , je suis madame Simon, — Ab, oui, je sais... , dit Temperear^ et il la quitta en éclatant de rire.
Celte madame Simon avait été fort connue sous le nom mademoiselle Lange ^ étant actrice à la Comédie française. Sa délicieuse figure avait séduit M. Simon ^ riche carossier, devenu banquier, qui Tépousa. Napoléon n'oubliait rien ; il se souvint probablement de Thistoire du fameux portrait peint par Girodet (i) ^ ce qui
(i) Girodet avait fait de madame SimoD un portrait frappant de ressemblance ; elle ne le trouva pas assez beau ; M. Simonr marchanda sur le prix, et refusa de le prendre. Le grand artiste, persuadé qu'il avait imité la fiature autant que possible, résolut de se venger de l'injustice qu'il éprouvait. Il changea plusieurs accessoiresy conserva la figure qui était représentée couchée^ y ajouta une pluie d'or tombant sur elle, et plaça sur le premier plan un énorme dindon, se pavanant en regardant la belle Danaé. Ce tableau fut ainsi exposé deux jours au salon ; tout le monde reconnut madame Simon, qui fit immédiatement demander à Girodet de lui envoyer son portrait y qu'elle le payerait ce qu'il voudrait. Le peintre satis&it, refusa, mais promit de dérober son ouvrage à tous les regards : il a tenu parole. À sa mort.
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causa la gaité ^'ii avait témoignée en apprenant son nom.
C'est à ce même bal que IMapolëon fut si ingrat pour madame de Chat. • . , qni lui avait été utile lorsqu'il n était que lieutenant d'artillerie. N'ayant pour exister que ses appoiatemens, il ne pouvait vivre que de privations ; et souvent même il se trouvait manquer des choses ks plus nécessaires. Madame de Chat.... qui lui était tendrement attachée , inventa mille moyens de lui fournir ce dont il pouvait avoir besoin. £lle lui offrit un logement chez elle, et lui persuada que l'accepter était lui rendre service, les meubles se gâtant faute d'être mis à l'air. £lie lui dit qu'elle ne pouvait souffrir de manger seule ,
il est, je crois, passé entre les mains de M. Charpentier, son élève.
M. Simon, ayant maDqaé il y a quelques années, sa femme a vendu tous ses diamans (même eeux qu'elle avait avant son mariage ) pour satisfaire les créanciers.
Celte conduite est d^iulant plus honorable, qu'elle n*a pasétémise dans les journaux. Madame Simon vit pauvre à un cinquième étage I elle était, dit-on, fort bonne. Ce qui le prouve, c'est qu'elle a conservé de vrais amis qui l'aident à supporter ce cbangement subit de la position la plus brillante à la plus précaire.
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et qoe si sa société ne le fatiguait pas trop , elle serait charmée de pouyoir profiter du Toisi-
nage pour avoir quelqu'un qui partageât ses repas. £a un mot , elle lui rendit de long9 et importans services.
Quelque temps après Télévation de £onapartev elle fut totalement ruinée. Elle lui écri« vit plusieurs fois pour lui demander quelques moyens de relever sa fortune; elle ne reçut point de réponse. Apprenant qu'il y aurait un bal pour le mariage de la fîlle adoptive de l'empereur 9 et imaginant qu'il serait ce jour-là mieux disposé que de coutume , elle fit ses efforts pour obtenir une invitation , espérant pouyoir adresser une pétition et parler à l'empereur. Elle pensait que quelque ennemi secret empêchait ses lettres de parvenir, et ne croyait pas possible que tant de bienfaits fussent oubliés. £lie se plaça dans la galerie de Diane sur le passage de Sa Majesté » et d'une main tremblante lui présenta le placet d'où dcpen^ dait son avenir. L'eppereur la regarda » sa figure se rembrunit , et d'une voix forte il s'écria : Par quel hasard chez moi ^ La malheureuse n'en entendit pas davantage > elle se trouva mal; il fallut l'emporter. On prétend que le lendemain
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elle reçut le breTet d'une pension de lâooir.
Fallait-il donc lui faire acheter si cher ce qui n'était réellement qu'une dette de la reconnaissance?
Ce bal fut superbe , les quadrilles d une magnificence inconcevable ; chaque dame avaitune pamre complète , prêtée par la princesse qui conduisait le quadrille , et les hommes portaient lesgances de leur toque en trës-bèau chatons. La grande duchesse deBerg, (Murât) , était particulièrement remarquable par sa toilette riche et de bon goût ; sa robe était parsemée d'abeîl* les en dîamans; sa ceinture y son collier et l'aigrette de sa toque étaieùt sans prix.
Je me trouvai pendant une heure auprès de la princesse de Poule Corvo , maintenant reine de Suède. Elle critiquait tout, se moquait de tout, et paraissait de très-mauvaise humeur, ce qui m'étonna^ tout le monde étant gai et content de cette belle fête. Je questionnai madame de B... qui me dit que madame Bernadotte ne pouvait se consoler de n'avoir pas épousé l'empereur; il l'avait demandée quelques mois après le mariage de Joseph. M. Clari , peu satisfait de celui de sa fille aînée ^ awt répondu brusquement qu'il avait assez d'un Bonaparte dans
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la famUie, Mainteoant de tant de trooes cou* quis, il n'en reste pins qu'un , et madame Bei^
nadotte y est assise ! singulière destinée !
Je parlai encore à l'empereur dans la forêt de Fontainebleau, où j'avais été voir la chasse. Il fut plein de bienveillance , me questionna» sur ce que je voulais , et parut fort ëtonnëi que je ne demandasse que de jouir du spectacle de la curée. Je n'osai pas plus qu'aux Tuileries lui faire la moindre demande pour ma famille , toujours convaincue de cette prévention dont on m'avait étourdie ; elle qui existait si peu» que quelque temps après Sa Majesténiccorda à mon père une pension de mille écus, qu'il n'avait point sollicitée* H. Chaptal ayant prononcé noire nom devant l'empereur, fut interrogé sun les talens de mon père ; satisfait des réponses ^ il lui fit donner trois mille francs payables pa» mois sur les journaux.
Si j'avais eu plus de courage » peut-être au« rais-je été assez heureuse pour rendre la position de mes parens aussi convenable qu'elle rëtait peu. Le regret d'avoir manqué de pareilles occasions m'a poursuivie long-temps, et je ne suis consolée que par la certitude du chagrin qu'eût éprouvé mon père, forcé
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de prendre un parti en 181 4* Trahir son bienfaiteur ou renoncer aux Bourbons qu'il aTait servi , qu'il aimait , eût été pour lui la plus cruelle des alternatives. La providence lui a évité la peine de ce choix; il n'était rien lors du retour de la famille pour laquelle il s'était expatrié et ruiné ; il ne fut point employé par elle; tous ceux habitués aux honneurs s'étant précipités dans les antichambres dos iiiinislres^ et ayant envahi tous les emplois. Sauf les habits, rien n'était changé aux Tuileries; les mêmes figures occupaient les mêmes places, ce qui fit dire un joli mot au prince de Léon , qui n'avait rien été sous l'empereur. Se trouvant dans le salon du roi avec le prince Berthier, celui-ci parla de leur dévouement mutuel pour la famille royale : il y a cependant uue grande différence entre nous^ répondit M. de Léon , vous êtes attaché comme les chats à la maison^ et moi comme les chiens à la personne du maître.
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