‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 40 sur 47 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

L'impéntrice paile do tempt de n paiifnté. — Meidames

Domoulia et Mmitmorin. — Madame Tallien. Lèttra de • Joiéphioe. Tirait dlngratitiide de la iDar<|bife de **\ — Ré-

ponae chamaiite de madame Tallieii. Madame de Boofflen.

— -M. de Sabran. Mademoiselle Theimldor Tallien. — Mots

de Tallien.

L'IkpiRATRics parlait souvent du temps où

elle avait connu la misère; elle se souvenait toujours avec reconnaissance des services qu elle avait reçus à cette époque. Celui qui l'avait touchée le plus , et sur lequel elle revenait avec un sensible plaisir , lui avait été rendu par madame Dumoulin , femme fort riche , et très-obligeante. Lors de la disette, madame de Beauhamais dînait tons les jours chez cette excellente personne qui réunissait chez elle un petit nombre d amis dont la fortune était peu considérable ; chacun apportait son pain» qui alors était un objet de luxe.

Madame Dumoulin , sachaot que madame de

Beauharnais était plus pauvre encore que les autres ^ la dispensa de cet usage ». ce qui 6t dire à celle-ci qu'elle recevait positivement ion pain quotidien. Madame de Montmorin, aussi de cette société 9 prit beaucoup d'intérêt à celle qu'il était impossible de ne pas aimer, et lui procura des robes et des jupons , dont elle manquait. Elle fut -depuis traitée par rirapératrice avec une bienveillance qui dut lui prouver que S. M. avait de 1& mémoire.

Elle parlait souvent aussi de son amitié pour madame Tallien. L'empereur ne voulut jamais permettre à Joséphine de la recevoir aux Tuileries; mais je crois bien qu'elle la vit en secret à la Malmaison. Elle était obligée de mettre du mystère à ces visites, qui eussent déplu à Napoléon ; s'il les apprit, il le laissa ignorer, content que Timpératrice ne lui désobéit point en public. L'intimité de ces deux l'emmcs célèbres datait de loin. Voici une lettre de Timpératrice qui donnera une idée de sagafté/dans untempa. où sa position n'était point heureuse.

SUR JOgÉPHINE*

A madame TaUieru

»I1 est question , ma chère amie» d'ane ma-

ignifique soirée à Thélusson ; je ne vous de- Bipande pas si vous y paraîtrez. La fête serait

• bien languissante sans tous. Je tous écris pour » vous prier de vous y moatrer avec ce dessous » fleur de pêcher que tous aimez tant , que je > ne hais pas non plus ; je me propose de porter >]e pareil. Comme il me paraît important que »nos parures soient absolument les mêmes , je «vous préviens que j aurai sur les cheveux un » mouchoir rouge, noué à la créole , aTec trois » crochets aux tempes. Ce qui est bien hardi «pour moi, est tout naturel pour vous^ plus » jeune, peut-être pas plus jolie; mais incom* » parablomeiit plus fraîche. Vous voyez que je

• rends justice à tout le monde. Mais c'est un » coup de parti : Il s'agit de désespérer le trois » Bichons e t les Bretelles anglaises ( i ) . Y ous corn- » prenez l'importance de cette conspiration, la » nécessité du secret et relTet prodigieux du ré- » sultat. A demain , je compte sur vous. »

(i) Noms de société. On désigoait sous le dernier une îoUe anglaise, appelée depuis madameB . V.

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Madame Tallien a rendu un Immense senrice à la France, en coQtrtbaaat à sa délivrance.

Elle eût un grand crédit, dant elle se servit pour arracher à la mort une foule de personnes. Voici un trait qui prouvera jusqu'où elle porta le dévouement et Tobligeance.

^ladarae la marquise de *** , fut cachée dans le boudoir de madame Tallien pendant trois maines, sans que sa femme de chambre même fut dans la confidence; elle la servait comme aurait pu le faire une personne habituée aux emplois les plus rëpugnans. Elle était alors dans tout l'éclat d'une incomparable beauté, l'objet des adulations les plus outrées, et générales. Elle dérobait à sa table de quoi nourrir sa prisonnière, ou rapportait quelques provisions du dehors, qu elle cachait avec soin sous son schall.

Après des précautions et des peines inouïes, elle eut le bonheur de rendre la liberté à madame la marquise de , et de lui faire restituer une partie de ses biens. Pendant quelque temps la reconnaissance de l'obligée fut extrême ; elle la témoignait avec empressement et ne craignait pas d'importuner par de fréquentes demandes son amie^ sa bienfaUrice*

Bonaparte s'empara du pouvoir^madame Tailien perdit le sien , et en même temps fut privée de la prëseace de la personne sur laquelle elle devait compter comme sur une sœur. Elle fut fort sensible à une si révoltante ingratitude , et s'en plaignit à un ami , qui, la voyant affligée « fut chez madame la marquiise de pour l'engager à trouver un prétexte à son absence , et lui conseiller de revenir chez lafemme qui lui avaitsauvé la vie «Gomment donc? mais c'est bien mon pro-^ » jet, monsieur, j ai Tborreur des ingrats. Je dois » beaucoup à madame Tailien» et suis prête à » le lui prouver en allant chez elle. Cependant » elle doit sentir que je dois quelques ména- » geinens à ma famille , et par égard pour ma * réputation je suis obligée à une réserve qui » me coûte« Demandez - lui quelles sont, les » heures où je puis la trouver seule , je m'em-" i presserai de m y rendre. » L'homme officieux qui, sans y être autorisé, s'était permis la démarche dont il retirait si peu de fruit, voulut achever la mission qu'il s était donnée, il rendit compte à madame Tailien des intentions de madame de ***. «Dites-lui , répondit madame Ta- » lien» que je suis désolée de ne pouvoir la re- 9 cevoir; mais que je ne suis jamais seule, étant

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» entourée coDstamment de ceux auxquels j'ai » eu le boaheor d'être utile. » Madame de se le tint pour dit ; elle ne revînt pas dans la maison, qui avait été son asile pendant un temps où la mort ' était presque toujours le prix de la pitié.

S'il èst afilîgeant de citer de pareils traits, il est consolant d'a?oir à leur opposer une conduite honorable. Madame de BouÛlerSy femme de l'un de nos plus spirituels chansonniert, eut à se louer de madame Tallien; elle fut toujours chez elle assidûment , et contribuait par son esprit à l'agrément d'une conversation aimable, elle était accompagnée de son mari et de son filSyM. £lzéar de SabraU, dont j'ai déjà parlé. Ils refusaient les invitations qui auraient pu les empêcher de se rendre chez madame Tallien. La conduite de cette famille si généralement estimée, fut approuvée de tout le monde ; la reconnaissance ne doit se cacher dans aucune occasion; c'est s'honorer soi-même, que de chercher à relever l'objet auquel on la doit (i)

(i) y impératrice conservait avec soin une collection de lettres de madame Tallien, et de plusieurs personnages marquants. C'est elle je crois qui de nos jours^ a mis à la mode les colleclions d'auto§praphes. '

SOR JOSiVHINB. S67

L'impératrice paya l'éducation de mademoiselle Tallîen, dont le nom de baptême était Thermidor. Ëlle est maintenant madame la comtesse de Pelet/et son esprit est,, dit-on, aussi agréable que celui de sa mère, aujourd'hui la princesse de Chimay.

M. Tallien, «n apprenant le mariage de cette dernière, dit :a Elle aura beau faire, elle sera » toujours madame Tallien. Ce nom marquera » toujours plus que celui de princesse de Chimère.

J*ai TU en ce genre un'i*ecueil Irès-curieuz; il contient entre autres, une lettre de Lucien Bonaparte', datée

des prison d'Aix, où l'on venait de renfermer comme terroriste. Mesdames Letézia et Élisa Bonaparte joignirent leurs si^pplications A celles de Lucien, dans deux lettres différentes.

Ces autographes, dont madame la comtesse de Bradi est en possession, doivent être publiées par elle, a?ec de courtes notices. Amie de madame de Bradi, mes éloges pourraient paraître exagérés 9 si je disais tout ce que je pense de son talent ; je crois pourtant cpiMI m'est permis d'assurer que personne ne saurait, plus qu'elle, donner de Tintérêt à la publication d'un semblable recueil. Je me console de ne pas me livrer à ce que m'inspire mon amitié pour madame la comtesse de Bradi, en songeant que ses ôuTroges étant dans les mains de tout le monde, le mérite de cette personne si modeste et si parfaite est apprécié comme il doit i être.

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