‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 41 sur 47 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

L*inpérfttike délire comiattre la msmet de la fortune de 11. Portalèa. « Aveotiue de la pêche au harengt. — Lef fib de M. Portalèt» — Prêtent de lenr pêie. — Madame Guisot. — Kadane la comteiae de Graboweka.

L'impératrice désira savoir commeot M. PortalèSy père de celiii qui était son écujer» était parvenu à acquérir une fortune si considérable, ayant commencé ^ comme on sait, par être porteballe. Elle apprit les détails snirans, qui sont assez curieux pour trouver place dans mes souvenirs. Tout ce qui a rapport à un homme de bien devient intéressant.

M. Poi taies était de Meufchâtel » en Suisse, né d'une Famille honnête , mais peu aisée , il obtint de son père une petite somme avec laquelle

f f âi6h*éta àii6 foulé d'ôbfet^ à l'usage âés paysâé's. Il parcourut ainsi les campagnes; vivant avec ufàfe «xtrème frugalité » îl augmentait son Commerce à n^estirè que sàlù gaM le lui permettait.

Témoins de sonintellip^ence , de sa probité à tiyàté épreiiVè , dé ^a fidélité à remplit des en* gageméns , et de la pureté de ses mœurs , Quelques négocians s'intéressèrent à lui , lui confièitent dès ma^bandises, et étendirent ainsi tellement les moyens d'exercer son industrie» qu'il Ait obligé bientôt aprèd de prendre un cheval pour porter le magasin , deVenu trop l6unl pour ses épaules.

Quelques anàéés s^éèèlilè^nt eàcôre, et le petit marchand prit une cariole dans laquelle il se réndaSt à toutes les foires, gagnant tou-^ joilrs mOldtérémént , mais né faisant que de^ spéculations certaines. Lorsque toutes les avànccs qui lui aVa&ént été faites iîii^nt rem*" Bo'ursées, il travailla avec ses propres fonds, èi bientôt après 9 il sé trouva à la tète d une £Diftune qui ne pouvaît que s'atecWitti»e , sa ^éf^titàtiàtti lùi facilitant tout ce qu'il entreprenait. Les choses en ▼ihi'eà't au point, qué nulle pàït <m ne terminait une affaire importante sans qu'il ne À'y ti;6uvât. 11 prit dés com'mis , une maison de

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banque 9 mais n'en ût pas plus de dépense pour lui personnellement.

S'il ëtait content d'un jeune homme travaillant chez lui5.il lui donnait. une part, dans ses entreprises. Avoir étudié le commerce sous M. Portalès^ était partout une recoin o^andation puissante ; 00 trouvait immédiatement les moyens de s'établir convenablement. C'est à lui que plusieurs banquiers ont du leur fortune » -entre . autres . M. Hottinguer.

Avant la révolution^M. Portalès était toujours à Amsterdam » pour la conditsion des .grii|nds marchés de la compagnie. Lorsque par hasard quelque .événement retardait son .arrivée on l'attendait assez généralement un jour ou deux. Une fois^ par hasard^ on.acheia sans lui la pêcbe entière de harengs y qui est dans ce pays une chose fort importante y puisqu'on en expédie dans toutes les parties du monde. . M. Portalès arrive comme on. vient de conclure ; tous ses collègues s'excusent de ne l'avoir pas compris dans cette opération. « Ûh ! il n'y a pas de • mal, messieurs, leur dit 41 , une autre fois vous » ne ferez pas de même, j'en suis sûr..» Sans perdre 4e temps, lui et quelques copimis courent chez tou^ le^ fabricans de bariques, de ton-

neaux^ etc.* et les achèteot tous. Les harengs arrivent 9 on va pour faire l'acquisition de barils pour les encaquer, partout 011 reçoit pour réponse que M. Portalès a tout pris et tout payé. Cependant les barques se succédant dans le port , on ne sait que faire de Timmease quantité de harengs qui se décharge sur les quais 9 etj'on est forcéd avoir recours à Taccappareurdetonneaux. Il gagna cent pour cent dans cette affaire , qu'il racontait avec grand plaisir comme une espiè-f glerie de jeunesse ^ qui avait été une leçon pour tous les négocians'; ils ne firent plus rien sans lui.

Il épousa une femme qui avait ses goûts; il en eut trois fils , auxquels il fit donner une éducation parfaite dont ils ont tousprohté. Un seul eut la vocation de la carrière qu'avait suivi son père. L'atné ne quitta pas Neufchâtel. Le . second se ûxa à Paris » où il dépensait beaucoup d'argent par sa passion pour les arts 9 qu'il cul^ tîve et protège; ce n'était que pour complaire à son père 9 qu'il s'occupait de tenue de. livres, comptes courans, etc. Il préférait mille fois visiter les ateliers de nos grands peintres et de nossculpteurs^ parcourirritalie pour admirer les ruines de tous les monumens^ rappelant tant

de glorieux souvenirs, s'entourer de poètes étdè maflîcîeii8.£a nu mot , il faisait le commerbe en amateur, et s'oceisipaît eki artiste de toat ee qui élève et charme le cœur et l'esprit. Le plus jeune déclara totiloir être militaire ; rien ne pot le détourner de cette volonté inébranlable. Il fit avec éclat les campagnes les (rfus périlleases de l'eiti^re, obtint de ravancement ; et, lorsque fatigué de gloire » il désira un peu de repos , il fut nommé éeuyer de Joséphine.

Ces deux derniers fils demandaient sans cesse de l'argent à leur père qui^ impatienté de fournir autant à cequil appelait âesniaiserieê^ afsseita'-' bla un jour ses trois enfans et après un long sermon sur la nécessité d'économiser, de s6nger à l'avenir , il leur dit , qu'ennuyé d'être toujours avec eux la bourse à la niain, il préférait leur donner une bonne fois de quoi lés mettre à même' de se passer de lui pour long-temps. « Tenez , ajoula- 1 t-ll avec humeur, voilà ua porte-feuille conte» 9 nant neuf millions en billets; partagez celaéga- » iement entre vous> et que je n'entende plus par- ■ 1er de vous jusqu'à ma mortv »

Celui qui distribuait avec tant de facilité une somme énoime, était chez lui d'une avarice incroyable, n'ayant qu-'une cuisinière et un do-

mystique pour soigner son unique cheval* Ses enfans étaient obligés de le faire prévenir lorsqu'ils voulaient diner avec lui, parce qu'ils n'a^r t^pt^i strictement pas trouvé de quoi manger. En rentrant dans sa chambre il quktali sa redingote, de peur d user (es maophes en écrirant; U iiëtait flairé que par une seule cban-* dellp; enfija tout ce que Ton conte de ridicule Slir ParpAgoa » ff^ïui préjoisémeftl ce que fai* sait M. Portalès. Ce même homme cependant g*iàésijta jsunai^ à ^v^ncer à ceux qu'il jugeait digiie 4^ sa confiance So» 4^ mille francst et à leur

ouvrir un crédit chez ses correspondans. Il aimait p^^o^nén^^nt s^ ville natale , et jugeaiU QOinbîeii un hospice étiiit itécessaîre pour Ja classe jpdigiçnle à laquelle il sppgeait toujours, il 4t reiw nn architecte » pour dresser le plaia de rétablissement de ce genre le plus commode « acheta Iç terf^n> et ùi bsiliç XSl^pital Portalès qiiî lûi coâkla 900 mile frënç$ ^ y compris les^ £oa4$ déposés pour servir la rente qui devait piqf^r les (Employés e| ie^ médiicam^n^.

Une route de Neufchâtel à Saint-Gall fut trouvée indispensable; mais les cantons Neufchâ- |(s} ^\ de SaintpQall n'étaient pftt asses ricbes ppur r^Qtrepr^ndre , quoiqi^ el|e dut .a(iiineiF

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beaucoup leur commerce; M. Portaiès sechar^ gea seul des frais. Il est assurément permis de yivre chez soi avec la plus grande parcimonie, lorsque Ton emploie ses économies en pareiUe$ fantaisieêJA Suisse eut aussi sonBeaujon.LeiSirs biens, acquis par le travail, furent en partie destinés au soulagement des malheureux. De tels hommes sont rares; on ne les imite guères ; mais du moins, on vaut assez pour admirer leur noble conduite.

M. Portaiès n'approuvait nullement ses £ls d'avoir vouki ennoblir un nom révéré dans toute rEurope; « Je suis le premier commerçant du

• monde, disait-il à Joséphine, ils seront les

• derniers comtes de France ! f aime mieux mon » titre que le leur. » Il a laissé une fortune conndérable, malgré de nombreux legs aux églises et an pauvres de son pays. Je ne Tai point connu ; je tiens tous ces détails de la bouche de rimpératmce , qui avait pour lui la vénéra^ tien la plus profonde ; elle ne s'appesantissait autant sur Tavarice que Ton reprochait à M. Portaiès, que pour avoir le plaisir de përier' aussi de ses nombreux bienfaits. Lorsqu'elle avait de raffection pour quelqu'un, elle éprouvait un grand bonheur à s'entretenir des qualités qui avaient fait naître ce sentiment.

C'est ainsi qu'elle nous parla de l'admirable conduite de M. Turpin de Crissé , son chambellan , qui 9 par son talent si connn pour la peinture , avait fait vivre en émigration sa mère et sa sœur. Seules > elles firent connaître ce qui fût resté toujours ignoré , s'il n'eût dépendu que de M. de Turpin. Loin de s'enorgueillir de ce qu'il faisait 9 il était surpris et embarrassé chaque fois que l'on en disait quelque chose devant lui. Trouvant tout simple de s'imposer des pri- ▼ations pour en éviter aux ob jets'de sa tendresse , il ne pouvait concevoir qu'on pût y faire attention'» et citait immédiatement des exemples de dévoûment de ce genre, pour tâcher d'en atténuer le mérite.

Il patla particulièrement de mademoiselle de Meulan (depuis madame Gulsot ) qui, dune ^ santé faible et déhcate, ne prenait presque pas de repos, afin de livrer à l'impression les article qu'elle faisait pour être insérés dans le Publicisief journal fort à la mode il y a vingt ans, pour tout ce qui était relatif à la littérature. Il fallait lire lesouvragesdontellerendaitcompte, écrire, cor* riger les épreuves, et trouver le temps dlnstruire ses jeunes frères, et une sœur dontelle était la se- €ondemère;conduirele ménage, calculer toutes

était perdye , et qv'il faJJaU travai lier pQur faire f^ce ^ J^out. Jamais unreprpcl^^, ui^e plainte ne 6xeut fl^Iltir à jsa fgjnUle , opip^iciD eU»

fatiguée des dçvoirs qu elle s'était imposés. fUle i:^e£u£^ plusieurs jpt^vtis ks'^ï^^, 4^ U i^^lfi de ne pouvoir plii3 être litige aux èlre^ qp Ipî étaient cher^. Ce n'est q^ue ^orâ(]^e jiç spr,t de Uiius fut assu;ré qu'jQlle ^o^gça mi ^qu : jtf • Quisot lui fit trouver le bonheur dont el% .était $i digne ^ et dont ,e)le a joui ^Qp j>|g|).

L'impératrice cita un aulve trait i^einarqmar l^le de piété filiale ^ celu^ de jioia^pnjijç/^^jl^ 4e ^etl^ {i) pffur t^qh^f d^ qycAques débris de la fortune de ses pa;:ens émigrés^

tablit garde-malade 4e sa i>oniie y^ejUe P^^t^^^ lu^dai^e DuinoMliu j amiç de Jp^éphi^ç^ Ht 4e> dém^ch^ nombreuses ppivr f^iire iev^ séquestre ^ parvint à rentrer en possession fi^ gu^ques liiens, .doQjt eM« pftp^>y^it ^mpm^ i.9oa père, p^irtageaît avec ^ou Qls , |q çcj^mte de Bethi^y , ^uort dernicrement, gonyjejLVf de^ Xjf^rieç. J)la4an],e Dmpo^iii^ ^

( i) Comtois 4e Ujrfèowiska.

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lenir compagnie à fen^e Agée , ^ow-

jours souffrante, lui laissa, par soa testament. toui 9on bien* Mademoiselle de Béthisy renonça sur-le-cbamp aux deux tiers de ce dont elle héritait en faveur de son père et de sou frère.

Un pareil désintéressement n'est-il pas sufiGisant pour faire connaître cette personne, dont tout le monde loue lesprit, parce qu'il lui est impossible de le cacher; tandis qu*il faut deviner toute la bonté de son cœur? Elle ne parle jamais d'elle , ni du bien qu'elle fait, ni des sacrifices nombreux qu'elle sest imposés pour sa famille ; elle fut toute sa ?ie occupée des moyens de plaire à ses parens, qui ont été loin, dit-on 9 de reconnaître comme ils le devaient tout ce qu'elle a fait pour eux. On prétend qu'une préférence marquée pour leur fils a été pour M"* de Grabowska une continuelle source de chagrins. Une pareille ingratitude me semble si peu naturelle, que j'aime mieux ne pas y croire^ et espérer qu'au contraire madame de Grabowska a été aimée par eux comme elle devait l'être. J'ai du moins la certitude que ses deux lils lui font trouver tout le bonheur qu'elle

SyS MÉMOIRES

à cherché à répandre sur la vie de ses paren$ : leur excellente conduite à l'armée ^ leur esprit, leurs talena , sont la jusle téoompènse des soins

doiinés à leur éducatioD. • '

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