‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 42 sur 47 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Le prince Koorakin. 800 Portrait. — Fréient qall fait ao eèl^fe Dnlnna. — M. de Gieraicheff. — Quelques détaiU mr loL — Lea ptinoea de Seie-iGobeuf , ' MMMnboavf^mk»» Gvillaiiiiie de PkoMe. — MM. de Banano» CSedoce, Gbaptal, et Portalis.

L'mPBRATRiGS voyant que ma mèreet moi commencions à trouver que nous étions bien longtemps loin de mon père» nous donna une de ses voitures pour aller passer un inôis h Pârîs j elle nous ût promettre de revenir à Navarre ensuîte, pour n'en partir qu'avec elle, lorsqu^elte irait à Maknaisou^ où elle nous priait d'être quelque temps.

Nous profitâmes de ses bontés pour venir

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passer tout février à Paris. Nous fûmes reçues

par tout le monde avec une bienveillance beaucoup plus grande que de coutume , et engagées à tous les beaux bals. Ay^nt été près de deux mois entiers près de S. M., nous étion.^ sans cesse questionnées sur elle avec un intérêt qui prouvait combien on se rappelait le bien qu'elle wûi (aiif et surtout cfitai ipi'eile avait 4^ riré Aiîre. J'étais un peu ennuyée d'ètré ainsi contiouelleraent obligée de répondre quand je voulais demander. L'hiver avait été brillant; beaucoup de mariages s'étaient faits pendant mon absence, et au lieu de pouvoir me remettre au courant 9 il fallait instruire les autres de tout ce que Ton faisait à Navarre. Au bout de huit jours, nous eûmes satisfait la curiosité des désœuvrés, et je me livrai au plaisir d'observer

à mon tour , .l'iïPp.4f^*i^Ç^ P^^

réçit 4ff^ .€hangemej^4 siirvenus dan^ la société. Cequi occupaU le plus toutes les femmes é taie n ):

le prifiçc Çonr^kin^t di^ne cl'êtine français par sa galanterie et lie bon goût W'M rtéfflpy^^ 4W pçcasions. Hô^el .^u- ^^fx^uh}^^ff^e^% re<î^lerphé, l^le j^emrie avec un luxe sans exemple^ tout était |>ien clicjç

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SUR JOSÉPHAIB. 38l

sa figure paraissait d'autant plus choqoanté, qu'il était toujours eh habit dt drap d'Or céthvert de diaraans. Je ne l'ai janriais vu en frac(i). Cette parure lui donnait Tair dans un salon où îi étofit le éeul Têtu ainsi , d'nti aeteîlr prèlf à monter sur le théâtre , pour jouer le rôle d uû Turcavet ridicule. Une fois accoutunké à MU hUtktfe el désagréable extérieur , il était diflScîle qu'il ne plût pas, par un esprit fort aimable et une BH^ntèite parfaite de parler aux femmes; quà^ lité à laquelle la plupart des grands seigneurs de cette ép^Cqué ne notà ataieèlpas babiluée^. H $u^nrit chee lui l'usage russe ^ qui fait ouvrir le bal au maître de la maison avec la femme la fins marquante de ta Éoélété. Ordinairement le prince Kourakin conduisait madame la ducbesde defiassano poiit laPokmèiiè, éspèbe de marche, par taqneile eomtnencent toutes les fêtes à Pétersbourg.

Le princé Kourakin' fut horriblement fcrftié cbez le prince de Schwarzenberg. On le foula aul piedSy et seebtessures, très-grareé» démabdèrent pendant pluaf euf^ moîs tes ëoiM de no-

(i) On prétend qu« le matin il portait chez lui , une robe de chambre de bazin, sur laquelle étaient attachés tous ses ordres en diamaos. '

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tre célèbre Dubois, qu'il récompensa avec sa magnificence ordinaire (i).

Ses chevaliers d ambassade étaient tous agréables et d'une politesse recherchée ; mais ils étaient écrasés par le brillant comte de . Gzernicheff , auquel une tournure plus extraordinaire encore qu agréable avait donné une réputation de beauté que ne méritait nullement sa figure tout à fait tartare. Uu nez applati, des yeux relevés à la. chinoise» presque fermés par un clignottement perpétuel » une . grande bouche, un teint brun mêlé de jaune ,,ne pouvaient jamais former un joli visage; mais son extri^me élégance, sa taille très-serrée du bas, une belle jambe, des cheveux très-noirs, frisés de manière à faire croire qu'ils bouclaient naturellement ; un ton parfait, de l'instruction, un empressement continuel pour les femmes , et surtout sa qualité d'étranger Tavait rendu riiomme à la mode. On le croyait uniquement occupé du désir de plaire; tandis que son seul but était de servir son souverain, qu'il chérissait, en cherchant à découvrir les plans de Napoléon , afin

(i) Par le don d*une magnifique tabatière contenant une forte somme en billets de banijae.

de pouvoir les faire échouer. Sans titre aucuu à

l'ambassade , il était presque craint du prince . Kourakifi. Il était fisiTori d'Alexandre» et. fut plusieurs fois chargé de missions verbales des deux empereurs ; ce qui prouvait la confiance qu'il inspirait, quoique fort jeune.

Je lui ai. entendu dire depuis que c'est beaucoup plus au milieu des bals , qu'il avait acquis la connaissance de tous les projets relalils à la campagne de Russie que dans les bureaux de la guerre ; et que , tout en dansant, il entendait à merveille ce qui se disait dans les diÛérens groupes devant lesquels il se trouvait. En valsant , il avait soin de s'arrêter toujours auprès de. quelques personnages marquans» qui» le supposant tout à la danse , laissaient échapper quelques mots , qui lui servaient de fil pour le conduire dans le labyrinthe d'où il fallait sprtir avec honneur , pour justifier l'opinion que sa cour avait de lui. Il ne se constituait amoureux que des femmes de ministres ou de grands fonctionnaires , afin d'obtenir quelques éclaircissemens de leur indiscrétion , qu'il excitait adroitement en flattant leur amour-propre. Il ne fut jamais » je crois , capable d'éprouver une autre passion véritable que celle de Fam-

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bition. I! prétendait qu'il valait ittîeux passer ' pour être aimé d aae jolie personne saàs q[oe éela Alt , que de l^êt^ réélleln^k: saàs qti^oÀ le Àut ; ce qui donne parfaitement la mesure dé sa si^ttiiibilîlé.

Excellant dans tous les exercices du corpis, îl était siinrtout remarquable par son adresse au ^iMlotèt, «t par sa manière de danger là ftÉa-^ zurk, qui fit fureur pendant un hiver,

tt-. Gsemicbeff vint à Paris, pour la pré" ' inîère fois , èn 1806 , il n'avait que dix -huit ans» il était expédié en courrier auprès de Nà|Mébi». Le jour de son arrivée, il ftit àiûéàé par M. Demidoff à un magnifique bal donné par Itf loge de Satnl^oseph , qiift rivalisiattcnrec ëëlie de SaihYè>-Carbliùe. le hasard ayant laissé One place près de ma mère » il la prit très-ca?a- RèreihièAI » eàïtà en cottvevsatio'a d'uiàe ihstoiftK fort singulière. Vous ne me connaissez pas , àiadame? Non» monsieur. — ^ Je sois GjBér-< ntehéff; je suis àMvé te matin dè Sâîiil-Péi^ tersbourg ; je suis venu eu quatorze jours ; et éé qu'il y a de chttrmiM » <^'e£(t que je Suitf parti en sortant d'une fête , et que j'arrive tout exprès l^èur danser à celle^)i« Gela est fort amuslinf » mais n'èët gtkèrés en rapport vféc Vbttpbtilame

da motif de mon voyage. Figurez->?ous » madame « que j'étais très-amoureux à Pétersbourg j mon empereur le savait , quoique je crusse mon secret bien gardé* En rentrant du bal du grand-maréchal , je trouvai l'ordre de me rendre tout de smte chez l'empereur. Lorsque j'entrai, il me demanda si je lui étais asseï dévoué, pour partir , malgré ma passion. — ^ Oui, sire. cEh bien» mon cher Cxemicheff,

• faites vos paquets, vous allez à Paris, vous « verrez Napoléon , qui vous recevra immédîa* » tement ; vous lui direz ce que contiennent les M dépêches que voici, vous allez les lire attentif e- » ment avant ide monter en voiture , et lorsque » vous saurez par cœur ce qu'elles renferment , » vous les brûlerez. Il est convenu avec Tem*- » pereur des Français que dorénavant vous serez

• notre intermédiaire. Je connais votre atta- 9 chement pour moi , votre esprit , votre dis- » crétion , ainsi , votre fortune est faite , adieu. » Je rentrai chez moi , je suivis les instructicms de notre Alexandre ; on attelait la voiture ; pendant que je lisais ces importans papiers , mon valet.de ch^bre préparait mes malles; je partis , voyageai nuit et jour ; j'arrive aujourd'hui , je vois Napoléon demain , et je repars

ensuite pour rendre une réponse reçue de ?iTe

voix. Convenez , madame, que je suis expéditif ? ~ Oui , lui répondit en riant ma mère , qui n'avait pu placer un mot , et surtout d'une réserve digne d un diplomate. — Oii ! soyez sûr09 madame 9 que je ne dirai jamais qiie ce qui ne pourra nuire aux intérêts de mon maître. — J eu suis persuadée ; mais enfin vous ne me connaissez pas , et tous me faites tos confidences. — C'est que vous avez l'air d'une ezoellente personne. Dites-moi un peu , qui est cette jolie petite demoiselle qui danse en face de nous? — C'est mademoiselle G... — Ses yeux feraient en vérité fondre toutes les glaces du nord. Et cette belle femme qui parle à M. Demidofff — C'est madame de Graville.

Elle me plaît beaucoup , et je vais me faire présenter à elle. £n effet , il quitta ma mère aussi brusquement qu'il l'avait abordée.

Le lendemain il eut son audience deNapoléon, qui fut si satisfait de son esprit , qu'il lui fit présent d'une magnifique boîte de pistolets de la manufacture impériale de Versailles.

Ace premier voyageonjugeaM. Csernicheffun franc étourdi ; et Ton fut fort surpris plus tard de le voir revenir avec une tenue et des ma-

nîères toutes différentes. C'est , diton , à loi ,

qu'est du le fatai résultat de la campagne de Russie 9 pour laquelle l'empereur avait conçu des plans admirables ; il fut obligé de les changer promptement, lorsque M. de Czernicheff fut en possession de tous ses secrets. De là tous les malheurs que nous eûmes à déplorer.

11 fut comblé des faveurs d'Alexandre , et il a, je crois, conservé tontes ses places près de 1 empereur jNicolas. Son ambition doit être satisfaite ; mais je ne sais s'il ne doit pas se reprocher quelquefois d'avoir si mal payé les Français de Taccueil si flatteur qu'il reçut d'eux (i).

(i) !V1. de Rovigo , dans ses mémoires, dit que M. de Gzernicheff était encore en France lorsque l'on sut qu'il était possesseur de papiers importans ; que le télégraphe aurait pû transmettre Tordre de Farrêter 9 mais qu'on ne le fit pas pour lui éviter trop d'humiliations. Je crois me rappeler que sa tête fut mise à prix, et qu'il eut deux heures d'avance sur le télégraphe.

Il n'est pas probable que l'on fut asses indulgent pour r laisser échapper un homme comme lui 9. qui s*était rendu si coupable , surtout lorsque l'on sait la sévérité juste, mais extrême, qui fut déployée pour son complice. Je crois que tout simplement la police, moins

C'est à ce bai de Saiat^-JoM^li que je râ

réunis une foule de princes étrangers, qui briguaient rhoanenr d un regard de Napoléon , Ceux de Saxe-Goboorg^ Meckleobourg-Swerin»

Guillaume de Prusse, etc.

Le prince Lëc^ld était akum fort jeone »

beau et dune timidité ezcessÎTe. Il ne prévoyait pas la haute fortune qu'il a faite depuis ; mais il osait peut-être espérer le bonheur. Il Ta perdu pour toujours!... Son caractère était doux. Le voyant presque tous les soirs chei une rosse de mets amies , je fos & même de / juger de la simplicité de ses manières ; il n'avait rien de brillant , rien qui put faire soup^ çonner, qu'il fixerait le choix de la plus grande princesse de l'Europe. 11 semblait avoir bien plus les qualités d'un bon bourgeois que celles d'un homme appelé à gouverner les autres.

Son frère 9 le prince régnant, avait pris toute la noblesse et k fierté de la famille ; sa belle

adroite que M. de Czeraich«ff| perdit un peu de temps, ou iai instruite trep tard.

Ce qui est positif, c'est que |*ai reva M. de Gieroichelf, eD tSi4, et qu'il a dit qu'il nViviit ^bappé

que par une activité miraculeuse au sort qui le menaçait.

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figure était digoe, froide» impérieuse , et on y lisait l'habitude de commander ; je préférais l'expression de douceur de celle du priace Léopold.

Ils ont tous deux été bien dififérens dans leur intérieur} l'uoa a rendu sa femme fort malheureuse, il- a 61hi se séparer; tandis que l'autre gémit encore de la perte irréparable qu'il a faite !

Dans le monde , toutes ces petites altesses étaient les meilleures personnes que l'on put imaginer; infiniment plus polies que la plupart des grands personnages de la cour, tout étonnés de se tfouyer en si bonne compagnie , et qui , pour cacher leur embarras , affectaient avec les princes une aisance voisine de limpertinence. Il faut excepter de ce nombre MM. de Bassano , de Cadore , Chaptal , Portails t qui pouvaient être cités comme des modèles de bon ton et d'esprit

HÉMOIEBS

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