‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 43 sur 47 · CHAPITRE XXXTl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXTl

Retour à Navane. *— D^trt pour MalmaisoD. — Présent de eontnboiéê fait par 8. H. — ^ Dewiiption du château de Malmai- K». — ApparteflMDt de l'Empereur — Dètaib tur ion cabinet.

Rbtenue à Paris ^ j'étais tout étonnëe de ne

plus être entourée du luxe auquel je m'étais habituée , je Tavoue très-facilement; cependant alors , comme aujourd'hui , je sentais tout- le bonheur d'être chez wi} et je ne regrettais riep près d'amis que je préférais à toute la pompe et les plaisirs de la cour de Navarre. Ce qjae j'aimais surtout dans ce lieu, c'était Joséphine ; c'était elle que je regrettais , et je pensais avec joie au moment où je la retrouverais.

Nous retournâmes près d'elle comme nous l'avloQs promis ; il ne se passa rieu de remar-

SUE JOSÊPHINB. Sgi

quable pendant le mois que nous restâmes encore en Normandie.

Les préparatifs du retour à Malmaison se firent enfin ; Timpératrice » Toulant éviter d'être haranguée dans toutes les villes où elle de- Tait passer 9 nous déclara que nous partirions dans sa voiture avec quelques personnes de sa maison , et qu'elle ne quitterait Navarre que le lendemain. Nous exécutâmes ses ordres , et trouvâmes toutes les autorités en.

grands costumes 9 ayant Técharpe, le chapeau à plumet ; les troupes étaient sous les armes , les jeunes filles habillées de blanc tenaient des bouquets.; enfin tout était prêt pour la réception de sa majesté. On fut fort déconcerté d apprendre .qu elle était passée la veille incognito (ce que nous étions chargés de dire)«> Nous reçûmes dans la voilure tous les bouquets qui lui étaient destinés ; comme heureusement nous ne pouvions lui porter les harangues , nous fûmes dispensés de les entendre. Nous nous rendîmes à Paris » pour faire quelques emplettes obligées pour notre toilette , qui devait être beaucoup plus recherchée à Mal maison qu'à Navarre, puiscpie Sa Majesté recevait ton— tes les personnes du service de Napoléon et de

* Marte-Loaise. Noms devions reflfter boit jours à faire nos apprêts, et aller ensuite rejoindre l'impératrice.

J'étais de nouveau très-effrayée du genre de vie que nous allions mener, et j'ëtaissûre que je regretterais plusd'uQefoislebeao lieu qnenons quittions. Je connaissais peu les grands dignitaires qui allaient me passer sous les yeux ; et j'étais sûre que, n'ayant aucane place près de Joséphine , je serais examinée avec curiosité par toutes les femmes qui viendraient à Mal^ maison.

Je n'ai jamais pu concevoir que Ton eût du plaisir à être ainsi observée par des indifférens, qui saisissent promptement les défauts et les ridicules ; un amour-propre excessif peut seul faire supporter sans crainte un pareil examen. Il n'y avait pas à reculer, il fallait subir cette inquisition inévitable $ et, pour me consoler , je pensais que je pourrais l exercer aussi. Je me préparai donc au double rôle d'observée et d'observatrice ; et pour que le fmmier ne fût pas trop désagréable , je mis à sec ma modeste bourse de demoiselle , en adietant les parures qui pouvaient m'aller le mieux.

8VR joâéMnUB.

Noos nous rendîmes le jour convenu près dé Sa Mafestë , et je fus bien contrarié» de m'être si fort pressée de dépaoser tout ce que j'avais d'éconotniés , puisqu'aussilôt notre ins* taUation dans l'appartement qui nous était destiné , je vis entrer deux valets de pieds chargés de pièces d'étoffes , de mousselines et de percales, envoyées par l'impératrice. Nous fûmes immédiatement la remercier; elle noos dit que nous aurions bien dcl iioas attendre à ce petit dédommagement^ pour l'ennui que nous avions éprouvé , ^e passer todt un hiver à la campagne ; que d'ailleurs elle aurait le plus grand plaisir à me voir parée de choses dont elle^ ne pouvait se servir, puisqu'elles étaient de contrebande , et qu'elle serait désolée de les brûler; en effet» il y avait plusieurs choses de llndè. Cette attention si aimable prouve è quel point sa majesté était occupée de ce qui pouvait être utile ou agréàble à ceux qb'elie honorait de sa hienveillance.

Le château de Malmaison n'est point grand , tout y est sacrifié ka res-de-^ehaussée , qui, sans y être magnifique , est cependant fort convenable poùr uli prince. Napoléon y avait un appartement commode , et il restait en outre

3g4 MÉMOIRES plusieurs pièces très-bien distribuées pour de brillantes réceptions;. le vestibule » le billard , le salon , la salle à manger sont charmans ; et la galerie était sans aucun doute une des plus belles choses que l'on pût voir» lorsqu'elle était pleine de superbes tableaux et de statues ad* mirables , puisqu'elles étaient de Canova.

Llmpératrice^ayant conservé pourrempereur un attachement qui tenaitdu culte, n'avait point permis que Ton dérangeât une chaise du logement occupé par lui ; et au lieu de l'habiter , elle avait préféré être fort mal logée au premier. Tout était resté exactement* dans le même état que lorsque l'empereur avait quitté son cabinet 9 un livre d'histoire , posé sur son bureau , marqué à la page où il s'était arrêté , la plume dont il se servait, conservait Tencre qui une minute plus tard » pouvait dicter des lois à l'Europe ; une mappemonde , sur laquelle il montrait aux conûdens de ses projets les pays qu'il voulait conquérir 9 portait les marques de quelques mouvemens d'impatience , occasionnés peut-être par une légère observation. Joséphine seule s'était chargée du soin d oter la poussière qui souillait ce qu'elle appelait ses relique», et rarement elle donnait la permission d'entrer dans ce sanctuaire.

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Le lit romain de Napoléon était sans rideaux , ^ des armes de sa chambre suspendues aux mu- • railles , et quelques pièces de l'habillement d'un homme éparses sur les meubles. Il semblait qu il fut prêt à entrer dans cette chambre , .d'où il s'était banni pour toujours.

Le rez-de-chaussée , d'une extrême magnificence , contenait une foule de tables de mosaïques de Florence 9 de pendules en lapis et en agathe; des bronzes d'un travail précieux, et des porcelaines de Sèvres, données par l'empereur. Le meuble du salon était en tapisserie » c'était l'ouvrage de limpératrice; lefonden soie blanche , et le double J enlacé en roses pompons ; quand il y avait peu de monde on le couvrait de housses de gros de Naples gris.

L'appartement de Joséphine était d'une simplicité extrême , drapé de mousseline blanche. Il est vrai que la toilette d'or, offerte par la ville , était comme le cachet de la personne qui l'habitait; rien n'eut été digne de rivaliser avec la richesse de ce meuble ; aussi était-il là tout^L-fait isolé. Plusieurs fois sa majesté voulut l'envoyer à la vice-reine , le prince Eugène s'y opposa devant moi. C'était un don personnel qu'elle avait reçu à Tépoque du sacre. Lors du

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divorce > Napoléon la lui eavoy^ , aia$i que le déjeûner d'or » et plasieim autres choses d'une grandevaleur, qu'elle avait négligées d'emporter.

La ménagerie était /dors fort peu nombreuse ; il fallait, pour l'entretenir conTenablement » faire une dépense considéraUe 9 que sa ma- . {esté préféra économiser.

On a beaucoup parlé de ses fantaisies, qu'elle satisfaisait toujours , disait^n , avant de con- . sultcr si elle pouvait s'y livrer sans s'endetter. Aux Tuileries, peut-être était - elle ainsi, n'ayant autour dell9 que de vils adulateurs » et pas un ami , qui osit lui donner un avis , 00 loi faire même la plus légère observation. Il est possible qu'eUe ait aloi» suivi son goût pour tout ce qui était beau , grand et dispendieux; elle était impératrice régnante i et ce qui , dans toute autre position » eût été une prodigalité inutile et coupable , pouvait être excusable dans une souveraine , qui devait d'autant plus encourager les arts , que la France avait pendant long-temps été privée de tout ce quUs oÛrent d'enchanteur*

Les artistes, persécutés comme les nobles et les riches , songeaient à leur sûi^té ; et loin de chercher k faire briller leurs talens (dont

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■ ils se fussent enorgueillis avec raison , quelques anoëes plus tôt , et qui» plus tard, deTaîent contribuer à rendre à nôtre fafelle patrie sa eupériorité sur les autres nations ) , se cachaient avec soin , et se contentaient de travailler dans la solitude. Pour faire retrouver À ces hommes découragés par le malheur y lenergie et 1 exal* tation» indispensables à la création de chefihd œuvres 9 il fallait non-seulement bien payer leurs ouvrages s mais encore entourer leurs anteurs de tous les égards dus au mérite ; c'est ce que fit Joséphine. Heureux de ses suffrages» Gros, Girodet» Guëria, reprirent Jears plm^ ceaux; Spontini , Méhul , Paor, Boieldieu, leur lyre ; Fontanes, Amauli» Andrieu» Lemerciery leur plume.

Descendue du trône > elle changea entièrement de conduite : confiante dans la tendre affection de phisîeurs personnes $ qui avaient préféré la suivre dans sa retraite , que rester au centre de la faveur et des grâces, elle écou^ tait leurs conseils et les suivaient. Je l'ai vue plusieurs fois renoncer à des projets nourris pendant plusieurs mois , sur le seul ealcul qui lui était fait d'une dépense considérable. C'est ainsi quelle se priva du palais qu'elle devait

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faire ëlerer à l^a?arre , celui qui eiistait étant

beaucoup trop petiL L'empereur lui avait promis 4'eii payer la moitié. Le devis de H. Ber* thaut se montant à /rof> millions j elle ne vonlot plus en entendre parler , et se résigna à èlre fort mal logée. Aimant les fleurs avec passion , elle voulut avoir des serres qui pussent eu tout temps lui en fournir de rares et de belles ; et pour ne pas diminuer les sommes consacrées au soulagement des pauvres , ou aux presens destinés aux personnes quelle aimait , la ménagerie fut supprimée , excepté les kangarous et quelques perroquets , tous les animaux furent donnés.

Le parc de Malmaison était charmant ^ et supérieurement tenu ; mais on ne put jamais réussir à avoir des eaux claires , parce qu'elles étalent factices » et retenues dans des lits de glaise. Des arbres étrangers , des fleurs partout , des gazons dune beauté rare, rendaient ce séjour délicieux. L'impératrice avait fait bâtir une superbe bergerie près de Tétang qui touche au bois deButard (i) ; et devait aussi y faire consstruire une étable pour des vaches suisses ^ qui

(i) L*éUogde SaiQt-Caoopliar.

SUR JosÉPuiNE. Sgg

eussent été soignées par une famille des en?i-

roDs de Berne , qui devait trouver là le repos, qui la fuyait dans son pays. Son histoire est trop confuse dans ma tète pour la raconter. Je ne veux dire que ce dont j ai été témoin, ou ce que j'ai su d'une manière positi?e. Seulement je sais que cet épisode eût fourni une nouvelle preuve de lexcellence du cœur de Sa Majesté, ce qui me fait regretter de Tayoir écouté avec distraction , puisque je suis privée d en parler avec détail.

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