‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 44 sur 47 · CHAPITRE XXXYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXYII

Dès le premier jour de mon arrivée à Malmaison^ je regrettai ?ivement Navarre. Dès neuf heures il fallait être parée et coiffée , afin de descendre de bonne heure au salon, où se rendaient avec empressement tous les sénateurs, les conseillers d'état et les personnes des maisons de 1 empereur 9 de l'impératrice Marie- Louise 9 et des princesses. Elles arrivaient en toiietle; nous étions donc obligée d'être de même pour les recevoir. Tous les hommes étaient en uniforme ou avec le costume dé leur charge ; ceux attachés à Joséphine avaient repris

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l'habitdechambellaa,dëcuyer, etc. Cette étiquette était peu agréable , surtout pour moi qui n en avais jamais éprouvé 1 efiouî.

Nous étions assises en cercle, causant avec nos voisines, mais ne pouvant travailler. Lorsque Ton était voisine d'une femme spirituelle et bonne, cela était tolérable ; si, comme cela arrivaitplus souvent, on était placée près d une dame antichée de son titre , de ses diamans et de sa nouvelle fortune , la place n'était pas tenable. Plusieurs fois je suis montée dans ma cbambre , pour pouvoir m'occuper; presque toujours, un quarl-d'heure après, un valet de pied venait me chercher de la part de Sa Majesté , qui tenait à ce que nous restassions avec elle , afin que sa cour parût nombreuse.

Le déjeûner était servi comme à Nu.

varre. 11 y avait ordinairement dix ou douze étrangers invités d'avance ou retenus, après la visite qu'ils faisaient tout exprès de grand matin. En sorUnt de table , on rentrait dans le salon ; l'impératrice causait une heure environ , en se promenant dans la galerie. Il fallait s'arrêter devant chaque tableau examiné la veille, ravant-veiUe , et tous les jours précédeus^

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écouter les observations que Ton savait par oœur» entendre lea jugemens des nouveaux venus, faits à tort et à travers , les juges quelquefois ignorant les traits d'histoire représentés par nos grands maîtres. On entrait ensuite dans le billard , où les parties offraient peu d'intérêt , étant d'avance gagnées par les personnes les plus marquantes de ia société ; le dénouement prévu ôtait tout plaisir à la galerie, qui pouvait parier à coup sûr^ d'après la qualité du joueur*

11 arrivait à la file une foule de personnes, auxquelles l'impératrice trouvait moyen d'adresser des paroles pleines d'obligeance et de grâce; elles prouvaient que S. M. n'avait rien oublié de ce qui concernait ceux qu'elle voyait. Lorsque le temps le permettait , on allait visiter les serres ; on prenait tous les jours la même allée pour s'y rendre , on causait des mêmes choses , la conversation roulant sur la botanique^ sur le goût de Sa Majesté pour cette science si iniéressante ^ sur sa prodigieuse mémoire , qui lui faisait nommer toutes les plantes; enfin» on disait presque toujours les mêmes phrases , à la même heure , ce qui ren-

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dait ces promenades ennuyeuses et fatiguantes. Dès <iue je mettais le pied dans celle jolie allée, qne f'aTals trouvée charmante le premier jour, les baillemeas s'emparaient de moi avec une violence qae j'avais peine à maîtriser pour répondre et soutenir un entretien fastidieux par sa monotonie. Après avoir examiné jusqu'aux étamines de ia fleur la plus rare , nous allions admirer les cygnes noirs ( infiniment moins beaux que les blancs ; ces derniers ont le malheur d*être plus communs). Il était convenu que ces oiseaux, dont le plumage rappelle celui du dindon , étaient magnifiques; on entendait encore là le récit du chambellan de service sur la difficulté de les naturaliser ; il assurait gravement qu'ils ne pouvaient mater qu'à Malmaison.

Après èljçe rentrées , les personnes venues le matin étaient congédiées , par l'arrivée des calèches de Sa Majesté , qm indiquaient qu'elle allait sortir. Rarement elle retenait les dames pour se promener avec eUef ^nèi qu'à Navarre, elle désignait celles de fea maison qui devaient ia suivre. Mous montions dans Jes aitfres équipages; Ob tvavenûul: le pàfc^ et

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pendanl deux heures on aqientait le bois du

Butard s nous n'allions jamais d'un autre côté. Nons rentrions £iiire une toilette plus recher^ chéc pour le dîner, auquel étaient toujours invitées douze ou quinze personnes. Ën sortant de table , llmpératrice se mettait au jeu ; le reste de la société faisait de la musique dans la galerie, ou jouait au billard. Il venait régu* lièrement beaucoup de monde de Paris; à onze beures on servait le thé, des glaces et des gâteaux ; à minuit Sa Majesté se retirait , et nous montions dans nos chambres. Le lendemain nous recommencions » et à moins d'événemens extraordinaires , chaque jour se ressemblait exactement.

Rien n'était plus triste que ce genre de vie amphibie, si je puis m exprimer ainsi. Nous n'étions pas assez solennels pour une cour, et beaucoup trop guindés 9 trop gênés pour former une réunion agréable. Chacun s'observait; pas la moindre intimité n'était possible ; toujours en représentation , on ne trouvait pas un instant pour causer avec les gens qui plaisaient; et au lieu de ces intéressantes lectures, de ces aimables entretiens de Mavarre, il fallait supporter régulièrement Tennui de cette foule

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de lieux communs en usage dans le monde»

qui ne laissent après eux, pour souvenir, qu'un ▼îf regret d'avoir passé son temps à les dire ou à les écouter.

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