CHAPITRE XXXYIII
Memolret dell. da Beannet.— >Ii9 cardinal ifôaary. — Motda loi. Sa gonnnandito. — M e tdemohelJet Delien. Leur canctèie.
Greicentini.— Madame RUIiel-Hobert.— Ecole militaire de Saiot<CSermaia.— >P»éMM &iti fcM* de Torpia par rimpératiice. — Catacombes de Paria. — M. de Torpln. — M. de Tbnry. — M. Emâaaniiel-Dupaty.
M. de Beausset , dans ses mémoires , parle beaacoup de la sincère aiTection qu'il avait vouée à rimpératrice, et de celle qu'elle iui portait. Je ne sais trop jusqu'à quel point ses récits peuvent être Trais , car je n'ai pas» comme lui, fait des trous aux portes pour voir et entendre ce qui se passe; mais il est positif que je ne l'ai vu gu'unê fois en six semaines venir à Halmaison avec sa femme, grande, et presque aussi gi-asse qu'il était gros* Pour qu'apparemment tout fût semblable entre ces deux époux, madame arait
sua aosÉi'uiNB. 4^7 une robe de velours du même rouge que l'habit de monsieur; c'est ce qui m'a fait souvenir d'une visite qui n'avait par elle-même rien de remarquable ; car un préfet du Palais n'occu^ pait pas une ohai^e assez importante pour fixer lattention d'une personne habituée , comme je l'étais alors 9 à voir des généraux, des maréchauzy des ducs , des princes et des souverains !
M. de Beausset fut froidement reçu par Joséphine, qui trouvait peut-être sa visite un peu tardive (il y avait trois semaines que nous étions à Malmaison), il eut la maladresse de dire dans la conversation que l'empereur lui avait demandé s'il était venu, • C'est probablcmeat celle
• question, observa Fimpératrice d'un air sé-
* rieux , qui m'a valu l'avantage de vous voir. » Elle ne l'engagea ni à diner ni à déjeuner pour un des jours suivans , comme elle faisait ordinairement. Après mon départ , peut-être a-t-il été plus heureux, et aura-t-il regagné la bienveillance qu'il devait être si fiché d'avoir perdu.
Le cardinal Maury était du nombre des plus assidus à faire leur cour. J'éprouvais un grand désir de connaître cet homme si célèbre par son esprit, et surtout la fermeté de sa conduite, lorsqu'il y avait tant de danger à manifester une
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opinion comme lu sienne. Je pensais que sa figure devait être expressive, sa conversation brillante. Pour la centième fois de ma vie je fus toot à (a\i dcsapointêe; je ne vis quun gros homme sans noblesse , abîmé sous le poids d'une répu« lation qu'il avait cepen lant détruite en partie.
Il était habituellement peu occupé de ce qui se passait autour de lui, causait arec Hmpéralrice quand elle lui adressait la parole sur des sujets trèfl-insignifians; H n'était même plus l'ombre de l'abbé Maury, qui répondait avec tant de sang-froid à ceux qui criaient qu'il fallait le mettre à la lanterne : Eh bien I quand j'y serais en verrez-vous plus clair? Absorbé maintenant par une ambition que la Barrette n'avait pu satisfaire, il ne sortait de l'espèce de rêverie où il était plongé » que pour dévorer (c'est le root) une quantité de petits gâteaux, et pour avaler avec rapidité une fou le de verres de punch et de glaces. Sa Majesté riait de cette gloutonnerie peu mesurée et encore moins convenable ; lorsqu'elle savait qu'il devait venir le soir, les officiers doublaient la dose de tout ce qui I formait habituellement la collation. Voilà tout
ce que j'ai recueilli de mon empressement à - me trouver avec lui. Il vaut mille fois mieux
SUA JOSéPHINI. 4^9
ne pas approcher laat ceux que Ton admire ; en les connaissant davantage , on risque de voir renlhousiasme qu'inspire une belle conduite faire place à un sentiment de regret pénible 9 en acquérant la triste certitude qu'il est rare de mériter entièrement une grande re~ nommée.
L'impératrice fit venir à Malmaison deux jeunes personnes intéressantes par de grands malheurs non mérités, et un beau talent pour la musique. Mesdemoiselles Délieu , filles d'un . banquier qui avait manqué (à Rouen, je crois), trouvèrent, clans la bienfaisance de Joséphine, une réparation touchante d'un tel désastre. Instruite de la position plus que gênée de cette famille, qu'elle avait vue à son passage en Nor* roandie, elle se chargea de l'éducation de 1 aînée, et plus tard de celle de la seconde. Les meilleurs maîtres leur furent donnés, et elles en profitèrent assez bien pour prouver leur reconnaissance à leur augusle protectrice en devenant de charmantes personnes.
Il est impossible d'entendre une voix plus douce, plus pure, plus étendue que celle de mademoiselle Annette ; une méthode parfaite , jointe à ce don de la nature, la rendit une
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des caïUatrlces les plus agréables de Paris. ,i) La seconde chantait moins bien ; mais ayant un contralto très-franc, elle secondait sa sœur d'une manière délicieuse dans des duos, dits a?ec un ensemble rare. Ces demoiselles logeaient toutes deux au château ^ ne dînaient point à la table de Sa Majesté $ servies dans leur chambre» elles ne descendaient que lor;squ elles étaient demandées pour faire de la musique. Dans le commencement de leur séjour, elles étaient si douces, si modestes et si tristes^ que je les pris dans une amitié d'autant fins vive , que les dames les traitaient avec un air de protection , qui me semblait humiliant pour elles. Ma mère et moi nous nous occupions seules d'elles dans les intervalles des morceaux; nous n'y avions pas gnmd mérite y puisque nous étions comme elles sans aucune place ; mais elles auraient peut-être dû nous savoir gré d'agir dif-,
(i) Grescentini lui doona des conseils. Cet homme célèbre ne refusa jamais de rendre un service. Ses
nombreux amis trouvaient en lui loules les qualités aimables; il n'employa son crédit auprès de l'Empereur que pour eux» et obtînt souvent des grâces qul^eussent été refosées à tout autre. E!n un mot 9 son beau talent n'était pas ce que Ton devait admirer le plus en lui.
SUR JOSÀPBINI^. 4^ ^
féremment que le reste de la aooiété. C'esl
quelles firent d'abord; plus lajrd> mieux traitées y elles prenaient le thé avec Sa Ma^ jesté. Le vice^-roi leur faisait de beaux présent; peu à peu elles devinrent plus froides a?e0*nous, quiue pouvions avoir que des égards» et se firent les complaisantes des dames attachées à Sa Majesté » dont elles avaient kjffWk^ obtenu un regard à leur arrivée. Nous cessât mes de leur témoigner autant d'intérêt « et vers la fia du voyage de Malmaison , nous ue nous parlions que pour les choses relatives à la musique Elles furent toujours traitées différemment que mademoiselle de Gastellane et moL • Nous recevions du vice-roi et de sa mère de fré^ quens présens sans nuUe valeur » tandis qu'on o.ffi^ait à ces demoiselles des bijoux précieux et des diaviafia* C'était payer leur talent.
. A la mort de Joséphine, n'ayant plus de resr sources, elles passèf eut en Angleterre, où elles obtinrent un brillant succès , en donnant des concerts dans des salons particuliers , qui leur étaient prêtés par de grandes dames » se d^r clarant leurs patfimMê^ c'est prendre l'eng^ge^nent de tout tenter pouf faire réussir ceux que l'on protège. Mesdemoisp)i€^ Q^/ieu ffir
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gnèrent 9 dit-on , une somme considérable.
Elles revinrent en France , et firent des mariages avantageux. Elles étaient dignes de la fortune qu elles eut faite , par leurs soins pour leur famille, à laquelle elles consacraient le fruit de leurs travaux. Des sœurs et une mère surent apprécier toute la bonté de leur âme.
Leurs petits torts envers nous ne peut m'empècher de rendre hommage à leur admirable conduite 9 pour toujt ce qui leur appartient.
L'impératrice avait beaucoup vu , pendant son séjour à Genève, madame Rilliet-Hubert , dont j'ai déjà parlé; la sachant désolée du départ d'un de ses fils , qui voulait absolument suivre la carrière des armes (la seule qui lui convînt), S. M. lui promit de le recommandei^ vivement au général commandant l'école militaire de cavalerie établie à Saint*Germain. Aussitôtqu'elle fut à Malmaison, elle nous pria d'aller voir M. Rilliet 9 afin de savoir comment il s'y trouvait Liées avec son excellente mère, nous fûmes heureuse de pouvoir saisir une occasion de lui être agréable , et de lui prouver notre re» connaissance pour la manière charmante dont nous avions, été accueillies par elle à Genève. Nous nous rendîmes à Saint «Germain dans
une Toilure de Sa Majesté, ce qui applanît toutes les dilEcultés que l'oa éprouvait pour entrer. On était oixlinaireroent fouillé afin d'éviter que les élèves reçussent rien du dehors. Venus de la part de Joséphine , dont le nom /était partout révéré et chéri, nous ne subîmes pas cette désagréable cérémonie , heureusement pour M. Alfred Rilliet » auquel nons portions quelques provisions envoyées par Sa Majesté. Son ardeur guerrière était toujours la même ; mais il eût mieux aimé être soldat qu'élève à cette école, où ils étaient tous fort mal. Le château,. long*temp8 inhabité , était ' hninide , au point que l'eau coulait des couvertures lorsqu'on les tordait; la nourriture détestable , et le pain de mujaitien d'une qualité inférieure à celui de l'armée. Nous promimes de rendre compte de tout cela à Joséphine , et nous fîmes espérer que sa bonté trouverait un moyen d'adoucir ce pénible noviciat de gloire. Si encore on avait pu s'es* sayer au feu et courir quelques bons dangers , M. Rilliet se fût consolé ; mais on se battait sans lui , et c'était là son plus grand chagrin.
Nous dîmes à Sa Majesté combien on était mal à récole ; elle écrivit sur-le-champ au gé-
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nëral , pour lui demander d'acoorder une per^ mission par semaine à M. RiilieL « Je ne puis
• faire changer son régime» nou^ dil-elle; il tfaut qu'il mange de la vache enragée avant » d'avoir le bonheur d'aller se faire couper hras tel jambes; mais au moins il fera bonne
• chère pendant douze heures tous les huit
• jours ; cela lui donnera de la patience. >
11 yint en effet régulièrement à Malmaison.
Les chefs, voyant l'intérêt soutenu que lui témoignait Fimpératrice , lui procurèrent quel* ques adoucissemens à son ennuyeuse position , comme, par exemple , de dîner quelquefois avec eux. Il a mérité la faveur de la meilleure des femmes , par la manière dont il s est toujours conduit à Tarmée.
M. de Turpin , lorsqu'il venait à Malmaison , s'y rendait dans un cabriolet fort laid et en ' mauvais état; l'impératrice le sut, et, sans l'en prévenir, elle en fit acheter un charmant, ainn qu'un fort beau cheval. Un matin , au moment où il disait à son domestique de faire avancer son modeste équipage pour retourner à Paris , il vît s'approcher celui qui lui était destiné par Sa Majesté. Il ne put se Iromper sur le propriétaire auquel il appartenait, car ses
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armes étaient peintes sur les paneaux , etse trouvaient en onÎTre sor les harnois. Non-sealement Joséphine donnait ce qui pouvait plaire le plus 9 mais elle ajoutait à ses présens toute la grâce qai la distinguait.
Elle avait commandé à M. de Turpin un tableau représentant une vue de Suisse , dont il avait fait le croquis sous ses yeux. Ce magnifique paysage fut apporté à l'impératrice , «qui en fut enchantée. Après l'avoir fait admirer par toutes les personnes qui arrivaient , elle s'approcha de l'auteur, et Tentraînant dans une einbrâsnre de fenêtre : « ceci est pour vous , » dit-elle , en lui mettant dans la main les billets » de banque formant le prix convenu. Ceci est » pour votre bonne mère ; mais si je n'ai pas ■ deviné son goût ; dites-lui bien que je ne serai » pas choquée qu'elle change ce faible gage de »moQ amitié pour ce qui pourra lui convenir; 9 elle verra du moins le désir que j'ai de lui proa- »ver tout le plaisir que me cause l'ouvrage de »son fils. » Ce qu'elle offrait ainsi était un diamant de six mille francs.
Quelle noble manière d'accorder une graticafition k un homme qui n'avait que son talent et sa place de^chambellau , plus honorable que
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lucrative ! C'est en récompensant ainsi que l'on obtient l'aiiectioa et le dévouement que l'argent seul ne peut attirer.
Je fus un jour à Paris pour visiter les catacomb/es. Cette partie avait été arrangée avec plusieurs femmes de mes amies; et je croyais que ce voyage souterrain me pénétrerait des mêmes sensations que la description des catacombes de lloiiie laite par Delille ou M. de Cbâteaubriand ; }j pensai huit jours d'avance. Arrivée, avec mes compagnes, dans ce séjour de la mort , que je me figurais devoir être si solennel 9 si religieux , je fus toute surprise de trouver mon cœur froid, de ne sentir autre chose que l'étonnement, de ne pas éprouver une seule émotion. La régularité de ces mursd'osse* mens, si symétriquement arrangés , sibieu alignés» édairéspar nos lanternes, me parut un contre sens , car je n*y vis qu'une décoration de mélodrame ou une espèce de fantasmagorie. C'est sans doute une idée louable d'avoir recueilli ces dépouilles aÛVeusement profanées ; mais 1 exécution me semble absolument manquée. On n'est point ému aux catacombes ; ces autels grecs , ces colonnes composées de têtes de morts sont repoussantes , et voilà tout ; en un
mot, le dégoût est là. le seul sentiment que
ion éprouve. M. de Tliury n'aurait -il pas mieux fait ^ de cacher dans des monumens simples et nobles ce qu'il a arraché au vandalisme de la révolution ? Quelques inscriptions touchantes tirées de nos poëtes , des proverbes religieux et des fragmens de pseaumes eussent été.des inscriptions convenables. U aurait fallu , je crois , les traduire en français 9 pour que toutes les classes et tous les sexes pussent les comprendre. La mort frappant indistinctement les hommes les plus forts et les femmes les plus faibles y les savaus et les ignorans, ne devrait-on pas tâcher de mettre à la portée de tous, les pensées qui peuvent en adoucir Thorreur?
Ce qui me toucha le plus dans ce lieu fut le
ibrt du Port-Mahon , sculpté par un invalide, qui obtint la permission de demeurer dans ces souterrains , en commutation d'une peine plus forte. IN ayant que son coûteau pour outil » il l'employa vingt-deux ans à représenter le lieu témoin d un de ses plus beaux faitsd'armes. Ainsi cet infortuné , flétri par ime peine infamante , enterré pour ainsi dire vivant , conservait encore le souvenir de la gloire . et n'avait de
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CQnK>laiiou dans sou affreuse position que de s'en occuper sans cesse l On dil cet ottvrage iuforme d une exactitude parfaite.
M» Emmanuel Dupaty $ dont l'esprit est toujours aimable , était a^ec nous; il ne se déinen^ tit pas au milieu des tristes objets dont nous étions entodrés 9 et improrisa a? ec une incon^ cevable promptitude les vers suivans. Je les ai recueillis I et suis charmée de pouroir offrir an public une nouyelle preuve de la facUité d'un de nos poëtes les plus agréables.
A peine aux portes de la vie , Pourvoi desoeDdes-TOus au séjour de la mort?
La route des plaisirs , que vous offre le sort.
Au printemps de vos jours, doit seule être suivie !
Du flambeau sépulchral 9 les lugubres reflets 9
fie répandent sur vOus qu'une faible lumière;
Vos charmes sont perdus au séjour funéraire ;
£t les morts il*ont point d'yeux pour contempler v os traits!
Ils ne pourront louer ce qu'en tous on admire :
On devient insensible aussitôt le trépas ;
La beauté sur lés morts a perdu son empire ,
Et <|uaAd tous parattreïy leurs cteurs ne bâtiront pas!
Si la mort peut offrir par ses tnétamorphoscs
Une leçoti utile , attendes quelque temps ;
Vos pieds sont eneor finis pour marcher sur des roses»
fit non pour se heurter sur de froids ossemens. Croyez-moi) remontez pour toujours sur la terre» Et s^il &ut renoncer à la clarté du {our»
Ne perdez jamais la lumière , Qu'en mettant sur tos yeux le bandeau de l'amour.
4ao iiiiiom»