‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 5 sur 47 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

ITolu partoni pour Gopenhagot. — Réceplloii qtte fait li m ik^ mille le ptioce rojal. — La priaoei^ d'^tignaiBfiboprf. — Madame BronD.«»M. Gooinck. —> Portrait dn roi Ghriatian. —Réception de M. Gronvelle , ambassadeur de la république lirançaite»— Le piinoe rof ht et le priooefw ii(lbteme*-*lL Le* Ibcim^— M* lIoood,elc.

Il y avait à Hambourg et à Altona un SI grand

nombre d émigrés d'opinions diffiérentes, que le séjour en était insupportable à ceux qui voulaient vivre sans discussion. Pour fuir cescotteries SI funestes, qui faisaient d une phrasç un sujet de dispute, d'nn mol un motif d'aigreur, mes parens parlireotpour Copeuhague 9 où of^ leur faisait espérer plus de faetiîté pour otilistr leurs taicns, et surtout plus de repos, lis furent reçus avec une grande bonté par le prince iropJy (aujourd'hui roi) sa charmante sœur, la princesse d'Augustembourg» et par tout ce qu'il j ^vj^^de

â4 hAmoibes

gens marquant. Oo y protégeait le malheur, sans s'informer des causes qui FaTait fait naître; et comme le nombre des Français n y était pas considérable , leur sort était fort doux dans une ville où les arts étaient peu avancés^ et où on recherchait tout ce qui pouvait apporter de l'agrément dans la société.

Mes parens se lièrent particulièrement avec madame Brown, dontmadame de Staël appréciait respritetriastruction(i),etavecM. deConinck.

Une grande fortune permettait à ce dernier de suivre son penchant à la bienfaisance ; plusieurs traits le prouveront mieux que des paroles.

li. de Goninck était arrivé à Copenhague ,

(i) Elles furent liées de la plus tendre amitié à Rome et à Genève. Madame Brown avait une fille remarquable par an esprit étendu» vif et brillant^ A treîse ans» elle composait des vers channans dans plusieurs langues , qu'elle parlait de manière à ne pas distinguer qu'elle était celle de son pays. Grande et belle , elle avait ud. talent sing;uUery celui d'exprimée, dans une pantomime animée, ks passions les plus fortes, et de manière à en rendre parfiEiitement toutes les nuances. Ses poses, ses gestes, étaient nobles et pleins de grâce. Canova l'a priée plusieurs fois de lui servir de modèle. Cette personne si extraordinaire est maintenant madame de Bombelles.

SUE JOSiPHIMB. 25

TÎngt ans avant, *a?ec un Ipuis dans sa'poobe,

et quelques lettres de recommandation pour de bonnes mai^ns de commerce. On le questionna beaucoup : ses réponses plurent à rùn des négocians auquel il s'adressa. Il le prit en qualité de commis. Quelque temps après ^ il lui donna un intérêt dans la maison. Son intel* ligence» sa rigide probité» et une grande connaissance des affaires, lui firent faire une brillante fortune ; il fut nommé banquier de la cour.

' Chaque fois qu'il était content d-un em* ployé , il lui faisait des avantages , qui le mettaient à même de former un établissement avantageux. U répétait à tous les jeunes gens : « J'ai commencé avec moins que vous. Tra- 1 vailles, soyez honnêtes , et je vous réponds » de Favenir. Je vous aiderai de tous mes p moyens. » Cette dernière phrase , dans sa bouche, valait un engagement signé, car^il n'y avait jamais manqué. Sa nombreuse famille était composée alors de huit enfans, et de sa digne et vertueuse compagne , qui partageait sa joie lorsqu'il se présentait une occasion defttre du bien. Ils ne consultèrent jamais la richesse ni le rangde ceux qu ils choisirent pour faire le bonheur de leurs hiles : une bonne

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conduite 9 une réjfHilation irréprocliabk étaient les eeab titres qvlls TOuluMnt. Ils en «ecor»

dèrent uoe à un homme qu elle aimait : c'é* tait le jNréeepleurdes jeimes.d^CoainoL Après avoir étudié long-temps son caractère , ils consentirept à ce fnariage, et ils iirent bieni car ce ménag eât un exemple poor tons loi autres. Cet hopime y préféré aux plus grands seigneurs dapwa» est le respectable M. McomL^ pasteur à Paris, dont la touchante bienfaisanoè est aussi connue que son talent pour la noble profession qu'il exerce. Cesi le type que de^ ▼raient prendre tous les jeunes gens qui se destinent à enseigner la morale de rÉvangile. La vraie manière de la faire suivre , est de la mettre en pratique. . -

M. de Goninok , content de la gourernabte de ses filles, l'établit maîtresse de pension, dans une maison «padense qu'il «heta et meublai il fit tous les frais; y plaça ses filles et ses nièces; et bientôt- le- nombre 4^ élèves devint si considérable , qu'il fallut èn refuser.

Un émigré estimable et fort malheureux, qui travaillait danë Ses bureaux, fut installé par lui dans un magasin, dans te genre du Petit-Dunkerque; il y fit qne fortune qui lui permit de

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Tenir 6ur ses joiirë en France dans une T<ri;-

table aisance.

L'hiver de 1797 étant horriblement rude >

sa femme et lui résolurent d'employer tous les bois de leurs magnifiques serres chaudes , pour les d&tribuer aux pauvres du village qei dépendait de ieur terre. Ils aimèrent mieux se priver de fruits que de savoir le peuple sonSirant.

« Cliaque fois que je regretterai uoe pêche, » disait madame de Goninck» je penserai vite » que les paysans ont du feu , et je serai non- » sciée. Par ce moyen , je ne serai pas obligée • de diminuer rien.auzdistributibns ordinaires, » et je pourrai ne pas importuner par de nou- « velies demandes» mon bon mari> qui ne B garde l'argent que pour le bien placer. » X^es intérêts étaient les bénédictions des infortunés qu'il secourait

Lors du bombardement de Copenhague par les Anglais , on ouvrit une souscription pour les veuves et les orphelins des matelots qui avaient été victimes de ce désastre. M. de Coninck se fit inscrire pour qaipse mille rii> dalers! Nous n'étions plus près de lui , mais ce nouveau trait de sa belle ame nous fut appris par un de nos amis qui en était témoin.

• M; de Goninck conta plusieurs choses curieuses relatives au roi Christian qui régnait alors. Il passait pour fou» et cependant il n'avait jamais donné une preuve de démence , à son lit de justice » ni dans aucune circonstance importante. Je pense qu'il était d'un caractère bizarre, qui, à force d'avoir été heurté, lui donna une sauvagerie et des manières si étranges , qu'on le crut privé de sa raison.

On le tourmentait constamment en le forçant à faire tout ce qui lui déplaisait. Il détestait de rester long - temps à table , et lorsqu'il voulait reculer son fauteuil pour en sortir, deux gardes -du -corps norvégiens, debout derrière lui , le retenaient fortement^ U aimait à causer, et il était défendu de lui répondre ; les étrangers seuls se le permettaient , indignés de la tyrannie qui était exercée star lui. Ses ministres ne lui parlaient que pour le gronder ou lui commander qu'il fit ce qui leur convenait. Dès qu'il adressait une question à une personne de la cour , elle baissait les yeux et s'éloignait. Il ne pouvait jamais être:, seul , même en l'ordonnant. Il faut convenir que de pareilles et continuelles vexations devaient exaspérer un homme déjà malheureux par les

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^▼'ënemeBS précëdeas. Il avail à «a disposition

fort peu d'argent ; il l'employait presque tout en aumônes 9 qu'il distribuadl aax pauvres , qu'il rencontrait sur son passage , dans ses promenades qui étaient journalières. Je Tai vu plusieurs fois; la peur que me causait sa folie, et l'admiration que j éprouvais pour son habit rouge galonné d'or, ont fixé sa figure dans mamémoire. Il était laid , mais son air affligé , inspirait un extrême intérêt*

Il allait souvent au spectacle, avait devant lui la partition de i opéra représenté, et suivait des yeux tous les morceaux chantés par les acteurs. Toujours suivi par un chambellan, il lui adressait sans cesse la parole , et n'en obtenait pas un mot; un léger signe de tète prouvait seulement qu'on l'avait entendu. Sa galanterie pour les femmes ne se démentait jamais. Il faisait cultiver de belles fleurs dont il composait des bouquets qu'il offrait aux dames; elles ne le remerciaient que partine révérence; lorsqu'il en rencontrait dans le parc où il se promenait habituellement, il marchait chapeau bas, jusqu'à ce qu'il fût hors de leur vue.

On voulut lui faire signer un acte qu'il trouvait injuste; il s'y refusa; on.insbta tant ,

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qii'eofia il pril la plume , et signa Chri$tian et compagnie; ne voulant pas, disait-il , avoir à lai seul la responsabilité d une telle loi* Ou le fit rtoommeneer plusieurs fois; il fit totijours de même ; ce qui eaip^^cha Ja publication d'une ordonnance préjudiciable au peuple qu'il affectiofuiait beaucoup (i),

(i) Par une ancienne loi, le roi de Danemarok a -toujaurS) à la portière droite de sa Toiture , un homme à cheTal, portant une espingole chargée. Sa majesté, ayant droit dé vîe et de mort sur tous ses sujets , peut ordonnêr à ce garde de tirer sur le premier passant qui lui déplaît; on ne cite qu*UD exemple de cet excès d'arbi* traire exercé sur un folliculaire ^léprisable) coupable de calomnies atroces; il était d^ailleurs accusé deplu«« sieurs escroqueries graves, faute de preuves su£Qsan<* tes; il ne pouvait être condamné.

Le roi Christian, |ouîssantde cette cruelle prérogatiTC^ . malgré sa folie , n'eut famais l'idée d'en user.

On doit d'autant plus s'étonner de l'existence de cette abominable latitude accordée aux souverains^ que la. peine de mort n'est points en, Danemaick au nombre 4es châtimens infligés au crime. Le plus fort de tous est la condamnation aux trayaox forcés à perpétuité. Si le condamné l'a subie injustement, i! est promené par toute la tîlîe dans une voiture d*apparat du roi, précédé d'un héraultqui proclame sa téhabilitatiott; tous les journaux la publient; et une^sion est aoooidéé par le gou- Tcmement à cet infortuné.

SUE JOSiVBINS.

On Itti présentait tous les ambassadeurs » et

rétîqiiette exigeait qullleur dit t Gonmeiii se porte le roi votre maître ? M. Grouvelle , ai célèbre dans un procès , à jàmais funesté pour la France, arriva à Copenhague , comme ministre de la république* Il parut chez le roi avec 1# grand costume , le manteau de Telours » le ch»* peau à plumes, et lecharpe tricolore; le roi y suivant l'usage , fit sa question ordinaire aux autres membres du corps diplomatique ; ensuite arrivant brusquement à M. Grouvelle:

Comment se porte le roi t>otre mattre?,,.. Àk / non y Je me trompe^ la république votre mat^ tre$$e1 et il lui tourna le dos çams attendre sa réponse.

Le prince royal et la princesse sa femme sor^ taient souvent à pied , un parapluie sous le bras, sans aucune suite, et parcouraient ainsi les boutiques. Ils étaient simples » bons et aimés de leurs sujets ; on eût désiré seulement qu'ils eussent plus d'égards pour le roi , qu'ils traitaient assea durement. Cet infortuné a succombé après de longues souffrances et des tonrmens de tons les genres; il fut re^tté des Danois qui savaient combien il. eûl; désiré les Yoir heureui^

.32 ' M^MOIRIS :

Layille de Copenhague a été si souvent ravage, par de vîolens incendies , qu'elle est presque entièrement rebâtie. Tous les quartiers nouveaux sont charmans. Le palais royal venait d'ètreentièrementbrCtlé lorsquenons arrivâmes: celui où s'était réfugié le roi était fort mesquin. Le port est beau , et les promenades des environs délicieuses.

J'ai vu à Copenhague un grand nombre.de Chinois dans les rues. Il y avait alors un quartier qui leur était réservé ; ils y suivaient Içs. usages de leur pays $ ety faisaient quelquefois une musique fort extraordinaire pour nos . oreilles habituées à de jolis motifs et à une mélodie agréable. Leur chant est une espèce de psalmodie très -uniforme , faite à demi -voix y et accompagnée sur une seule corde d une guitare à long manche. En en tendant chanter une dame qui avait beaucoup de talent, Tun d'eux demanda comment on posait la pratique qu elle avait dans la gorge , pour en Urer . des . sons si variés*

C'est à Copenhague que j'entendis le fameux Lebrun (i) , dont le talent sur le cor était alors

(i) On lui refusa plus tard à Paris tout moyen de donaer un concert. Sans écoliers , ayant perdu toute sa

SUR ïottPHifrs. 35 hors de toute comparaison. Il avait ane lettre pour mon père, passionné pour la musique.

Enchanté de recevoir un artiste aussi distingué , il m'appela , et me montrant M. Lebrun : Tiens, ma fille, me dit-il, voilà le premier corde rEurope. — Ah , papa ! je sais qui c'est ; c'est M. Lebrun. Celui-ci fut fort touché de cette réppnse » qui lui prouvait q^'il fallait qu'on eût bien vanté devant moi son talent, puisque je n avais pu être prévenue (i).

fortune, acquise par de longs trav^vz» révolté de l'injaslice de ses compatriotes, il se donna la mort en s'asphyxiant.

(i) Ceci me fait souvenir d'une observation de ma fille sur le tableau de Galathée , par Giiodet. Bapportée à cet iUustre peintre, Ce fut, dit-il, le plus beau compliment qu'il eût reçu.

Je menai cette enfant au salon; elle avait cinq ans, et je lui montrai le tableau en lui disant : Regarde comme c*est beau! Oui, maman, me répondit- elle, la femme est bien jolie, bien belle; mais, maman, elle a Pair «a pta piâtre. Quel plus bel éloge pouvaiton faire de cette figure à moitié animée? N'était-ce pas Pf ouver à quel point l'auteur avait atteint son but ?

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