‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 6 sur 47 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

non letonr en France* — Madame de Monteston. Hadame Bonaparte. — Fonché , minUtre delà police. ~ M. Mâret. — Une féte donnée an i** Tendemiaire. -«Mort de M. César Ducreit, ^M. de Talanoé. — Le géaéral Domonries. — Bonaparte con» TOnné par madame de Monteason. — SnpertUtion de Bonaparte* Salon de madame de Monteason. MM. de Talleyrand* Haret ^ Pérignon, TilUert do Terragc, Amaolt, OeibnolMnti. ^ Garât ^ Aignan, Goupigoy, Després et Isabey.

Je revins en France avecmesparens, eniSoo.

Mous espérions , comme tous nos compagnons d'inforlanes , recouvrer, après la radiation de la fatale liste , une partie de ce dont la nation s'était em()aré. Tous les soins de mon père tendirent donc à l'obtenir. Protégé par l'obligeance de Madame de Montesson 5 il fut bientôt réintégré dans ses droits de citoyen. Madame Bonaparte 9 qui voyait beaucoup notre protectrice ,

mit le plus grand zèle à faire rénssir* raAtifre qui 1 intéressait. Elle recommanda mon père trèsHriyement à Fouché , ministre de la police générale. Celui-ci fut fort gracieux , et adressant la parole à mon père: Veuillez me donner Yos certificats de résidence ; tous les émigrés en ont, et me prouvent chaque jour qu'ils n'ont pas quitté la France. — Je ne puis faire comme eux , citoyen ministre. Je n'ai en papiers , qui puissent vous être présentés , qu'un passeport sous un autre nom que le mien , acheté à Hambourg pour 1 2 fr. J ai été hors de France onze ans. — Gomment, tous n'avez pas lesmojrens de me prouver que c'est injustement que vous ayez été porté sur la liste? — Mon Dieu, non. ^ Eh bien ! en ce cas , je Vous ferai rayer surle-champ, car je suis persuadé que vous n'avez pas quitté votre paitrie. Tous ceux qui ont éiàigré m'ont donné tant de témoignages du contraire , que je £uis sûr que vous m'en imposez en sens inverse , et que vous êtes resté à Paris^ Dans deux jours vous recevrez votre radiation. En effet, elle fut annoncée par M. Maret (depuis duc de Bassano),qui, avec une bontéfparfaite , vint apporter tout de suite cette nouvelle à mon père,' qui logeait au 4* étage d'un mauvais hétel

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^ifniii nie dei| Fi*ondeuro. Persuadé qu'il annonçait oe qui promettail une ^ande aisance à .p^lui qui avai^ tant souflert, il éprouvait une jrWe émotion. Jamais mon père ne racontait ^QS une profonde reconnaissance tout ce que ifA* Mar^t avait 4^1 dans cette occasion.

I. Tous nos biens avaient été vendus, et, sans lf|S. bien£ii^it3 d une tante , nous eussions été ab- :soliimeiit sai|s ressource. Madame Bonaparte flès ce moment acquit de grands droits à notre i^ttaf^enient. Nous eûmes bientôt une nouvelle preuve de l'excellence de son cœpr. Yoici à quelle occasion.

,,..)Dne fête nationale fat donnée pour célé* l^rer le renouvellement de Tannée républicaine; le feu d'artiiipe sç tirait sur la Seine ; il était défendu aux bateliers de laisser entrer dans leurs b^^^^u^ toute autre .personne que les géi^éraux. M. de Valence » qui était avec son cousin, M, César Ducrest, jeune homme généralement aimé.pour la douceur et l'amabilité de son caractère , entre dans un batele t , après avoir montré sa carte ; une bombe mal dirigée tombe sur le vpAtf le brise, et par cette fune|»te chute, cause la mort de M. Ducrest

M. de Valence eut le bras cassé , et crut que

son jeuoe parent n'était qa^éranoui. Il le fit

transporter dans la baraque d'un commissaire de police » où farent mb en usage tcm» les moyens de le rappeler à la vie. Ce fut vainement; il fallut trouTer un moyen d'annonceir cetté affreuse mort » à unefaifiille qui se ré)ouia4 sait à Fidëe d un mariage prochain, projeté poup cet infortuné.

Deux hommes du peuple vinrent porter cette épouyautable nouvelle , dont aocùn anû n'osait se «charger ; ils arri?èrent i minuit cfaei M. Ducrest y et lui dirent que son fils venait d'être blessé { qu'il était chex un médecin^ et désirait voir son père. Celui-ci part, et plus il approche des Champs - Élysées » plus les conducteurs inéi^tenl sur la grarité de la bles»sure; enfin au moment d entrer dans la fatale masure qui contenait les restes du fils le plus aimé , ils exhortèrent au courage celui qui était si loin de supposer la cruelle vérités II regarde ses deux giiides» il les voit si décdmpMé^ qu'il ne doute plus de son malheur. La rîvièrë était près, et ce père si m'alheuréûx, oubliant un instant qu'il avait deux filles , prit son pour se précipiter dans la Seine !..•. Il futretçnu par ces hommes charitables, qui avaient préparé

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avec tant de précantion , la coonaiasance d'an malheur irréparable (i).

Le commissaire eut la barbarie de demander

que M. Ducrest fût reconnaître son fils.

Ayant perdu toute la force d'un caractère nst^ torellement énergique, il ne put se déterminer à contempler les traits de ce ùls chéri ; mais il ne conserva pas de doute » puisqu'on lui apporta la montre et l'épingle données par lui peu de jours avant. 11 fut reconduit par oes 'denz mêmes hommes , frappés du contraste de la joie du peuple qui chantait dans les ruès en louant ce beau feu d'artifice destiné •à laît-e verser tant de larmes. Les lampions éclairaient en même temps cette foule enchan- -tée, et' la figure pâle et vénérable du désespoir. ; ' Incapable de prononcer une parole, M. Dueitast rentra chez lui ; ce ne fut qu'à son silence ,

. (i) C^est ainsi que périt ce jeuoe homme, qui n'a fû trouver la mort sur le champ d'hcMmeur, où il combattit, fort jeune avec un. tel éclat » que le général Dumouriez^ témoin d'une action brillante , le nomma capitaine. — Je n*ai pas Tâge, dît M. Ducrest. — Raison de plus 9 répondit le géuéral; et le grade fut confirmé àâÎDïrqu^ucon de ses camarades ait prononcé un mur* Iauvb. '

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et à la douleur poignante de tousses moovemens» que sa femme apprit qu'elle avait perdu le fils de son mari, qu'elle aimait comme si elle eut été sa mère. '

Le lendemain de ce tragique événement , madame de Mootesson 9 tante de M. Ducrest , envoya sa voiture prendre toute cette famille éplorée. £lle avait pour son petit neveu une tendresse extrême > et sa santé , depuis longtemps fort délabrée , venait d'éprouver un coup violent. M. Ducrest reçut ses embrassemens et ses consolations , sans répandre une larme , sans dire un mot. Cette impassibilité causait les plus vives inquiétudes. Dans ce moment, on annonce madame Bonaparte. D'un coup-d'œii elle devine ce qui se passe , et sans hésiter, . elle prend par la main , la fillè atnée de H. Ducrest, se saisit de la dernière âgée de quinze mois, et se jette à genoux avec ces deux enfans de* vaut celui qui n'avait pas même la consolation des pleurs.

La femme du premier consul , puisant dans son cœur maternel tout ce qui pouvait le plus attendrir, parvint enfin à faire répandre des larmes. Dès-lors la vie de M. Ducrest fut à Vabri de toute crainte. Cet ange sut. la

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eonsenrer. Madame Bonaparte obtiAI de son époux de faire supprimer ces fêtes. Il n'y en eut plus. J'ai ëtë témoin de. celte scène que je n'oublierai jamais.

Je n^ai pas voulu ess£^er de rendre les paroles de Joséphine. Gomment peindre le charme tou-tchant du son de Toix , des regards , qui les accompagnaient? On a tenté inutilement jus* qu'ici d'exprimer l'effet que produisait Ten*^ semb)e de Timpérati ice. Tous ses portraits sont loin du modèle. La grâce est si fugitive, qu'il est impossible de la saisir ; et c'était surtout ce qui distinguait cette personne si bonne, quand elle n'était qu'une simple particulière; si adorable quand elle fut sur le trône 1

Puisque j^aî commencé à parler de madame de Motttesson , je vais donner quelques dé-^ tails sur une personne, dont, à cette époque, la raaifton était la seule où m pût trouver réunis les émigrés rentrés^ les grands seigneurs restés en France ; les parvenus enrichis de leurs dépouilles; te» hommes célèbrei dans tous les genres et les plus jolies femmes. On savait qu'elle avait été mariée à monséigneur le dtiC d'Orléans (i); que Louis XYI étant

(i) Gnindopèfede celui d'aujourd'hui.

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aux Tuileries Tavait reçue comme «a couêine, en faisant sa partie de trictrac avec elie; on lui tenait compte d'avoir recherché cette parenté dans nn moment où elle devait être nn brevet de mort ; et lorsque , échappée pat* un miracle, au sort qui semblait devoir être son partage , elle était bonne et simple» on était bien aise de lui montrer qu on n oubliait pas ce qu elle avait droit d'attendre.

Aussitôt que Bonaparte fut élevé au cou-' sulaty il fit dire à madame de Montessoii dé se rendre aux Tuileries. Dès qu'il la vit , il alla au-devant d'elle , et la pria de demaDder tout ce qui pourrait lui plaire. ~ltais» général, je n'ai aucun droit à tout ce que vous voulez bien m'oilrir. — Vous ne savez donc pas» madame, que j'ai reçu de Vous ma première couronne? Vous vîntes à Brienne avec M. le duc d'Orléans distribuer les prix, et en posant sur ma tête le laurier précurseur de quelques autres : Puisse-t-il vous porter bonheur, me dites-vous ! Je suis, dit-on, fataliste, madame ; ainsi il est tout simple que je n'aie pas oublié ce dont vous ne vous souvenez plus. Je serai charmé de vous être utile ; d'ailleurs le ton de la bonne compagnie est à peu près perdu e^

France; il faut qu'il se retrouve chez vous.

J'aurai, besoin de quelques. Iraditions; tous ▼oudres bien les donner à ma femmes et lorsque quelque étranger marquant viendra à Paris y TOUS lui. offrirez des fêtes, pour qu'il soit convaincu que nulle part on ne peut avoir plus de grâce et d'amabilité. »

Yoiià l'origine de la faveur dont a foui madame de Montesson (i). Pendant le reste de sa vie elle en a profité pour rendre de grands services , et jamais pour se venger.

Elle avait conservé de la fortune > ce qui, joint à la pension rendue , lui donnait plus de 200,000 livres de rentes, somme considé-^ rable alors , où Taisent était encore si rare. Elle recevait tous les soirs , ne sortant jamais ; elle était assise sur un canapé , ayant un tabouret sous ses pieds, qui étaient cachés par un couvre-pied, afin de lui éviter de se lever ^ ce qu'elle ne faisait jamais, que pour madame Bonaparte, ou pour reconduire une personne qu elle ne voulait plus recevoir. Si on la voyait aller jusqu'à la porte , on savait ce que cela tou^ lait dire , et on ne. revenait plus. Ayant été

(i) Le consul lui rendit la pension de 160,000 francs qui lui avait été accordée par son époux.

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presque élevée dans sa maison , je ne lui ai vu agir ainsi que deux fois» pour des connaissances &iles aux eaux de Plombières, et qui en effet ne devaient pas se trouver dans son salon. Elle donnait ordinairement un grand dîner chaque semaine; les autres jours elle reoeTait des amis qui avaient toujours leur couvert mis chez elle. M. fiertholiet (dont la femme avait été sa femmede-chambre-harpiste, avant la révolution, et qu'elle aimait beaucoup) , MM. de Talleyrand, de Pont 9 Marety Pérignon, Yilliers du Terrage, Arnault, Guines, Milin, Desfauche rets, Garât» Aignan, Goupigny, Després et Isabey» étaient les habitués les plus ordinaires. Le soir on faisait de la musique» ou des lectures; le plus souvent on ^causait .

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