CHAPITRE V
PMCrait é» madâne de ttooMen.— MaduM de Gealpf . et M. de Valence. — Mariage de Looia Bonaparte. — Un bal an roi d'Émulé. ^ Portrait de la reine d'Étmrie. » Fête donnée
' à Heuiliy par M. de TaOejrand. — Gracietise léeeption d« premier conral an plinee d^Orange.
Madame de Mon tesson est devenue un personnage trop historique par son màriage avec un prînce de la maison de Boarbon , l'infloènee qu elle eut sur la société , la plus brillante de l'Europe» et le crédit dont elle jouissait auprès de l'empereur, pour ne pas essayer de faire d'elle un portrait plus ressemblant que ceux tracés dans les biographies , et quelques autres ouvrages. Je trouve les détails donnés sur elle si inexacts, que je yais dire tout ce que j'ai observé.
Je ne sais si, comme on Ta dit, madame de Montesson a été remarquablement jolie ; lors-
q^e je Tai vuq pour la première fois, elle avait floîxanle-tFoia ans. Elle était alora extrêmement n^aigre , très-petite , ayant conservé un teint et des dents «uperbçs ; ses y euxbleus foncés étaient beaux encore et pleinade fineaae; son nés fertlong ne la défigurait pas ; elle se mettait avec une extrême recherche s mais trèa-convenablement pour son âge; portant de belles étoffes et de magnifiques dentelles; jamais de colifichets ni de cotdeurs voyantes. Habituellement en gris ou en blanc. Sa physionomie était ea général bienveillante et. douce; personne ne savait néanmoins prendre Fair plus froid et plus impQsant II fallait pour en venir à ce qu'elle appelait sa mm fermée f une circonstance grave.
Par la noblesse de son maintien, la pureté de son langage» Taménité de son caractère» elle l^avait donner à la conversation toute la liberté et la vifacité qui en font le charme, en Tempê* chant de dégénérer jamais en discussions fâcheuses, dans un temps si voisin de Tanarchie. I^es g«ns de lettres et les artistes recherchaient avec empressement son approbation, qui en-« traiaait presque toujours celle de la société , et trouvaient chez elle des protecteurs et des amis* On ne lui déplaisait pas, en étant d un avis con«
46 MÉMOIKES
traire au sien. Elle soutenait son opinion sans aigreur 9 et conyenait Tolontiers qu'elle avait tort. Ce qu'elle exigeait le plus dans les gens qui lui étaient présentés 9 était un bon ton. Il ne lui suffisait pas que ron eût des manières couTenables, elle voulait cette fleur de politesse et de galanterie devenue si rare ; elle avait obtenu le résultat qu'elle désirait; nulle part les jeunes gens ne s amusaient autant que chez elle , et n'étaient en même, temps plus réservés et plus aimables.
Madame de Monteason détestait la calomnie »
et ne souffrait pas la médisance. Elle imposait silence dès que les personnalités faisaient le sujet de la conversation. Je l'ai toujours entendue défendre avec chaleur les absens que ^ Ton déchirait, même lorsqu'ils étaient ses ennemis déclarés. Elle n'eut qu'un tort , celui d'être injuste pour quelques membres de sa famille; mais peut-être ne faut-il pas l'en rendre tout-à-fait responsable.
Elle avait une vive affection pour M. de Valence, qui avait. épousé sa petite nièise (1) mademoiselle de Genlis. Celui-ci la maîtrisait
(1) Et non sa nièce, comme le dit M. Toulotte, page 36 1 tome a, de son ouvrage intitulé ; ia Cour $t ta
tellement , qu'elle n'avait de volonté qu'après avoir connu la sienne* Toutes les afiaires étaient : soumises à son approbation; ce fat lui qui sans doute dicta son testament, par lequel ses parens furent déshérités» quoiqu'ils fussent pauvres. Une somme de 120,000 fr. , inférieure à celle laissée à ses femmes-dechambre, ne pouvait être regardée comme un legs digne d'elle , pour son neveu et sa nièce.
M. de Valence 9 loin de chercher à réparer ce que ces dispositions avaient de cruel pour madame de Genlis et M. Ducrest , refusa à ce dernier un tableau de l'ouvrage de madame de MoQtesson, et lui fit sur ces 20,000 francs une retenue 9 pour une créance déjà ancienne* Il au-
FUU, l\ paraît au reste fort mal instruit sur tout ce qui
concerne madame de iMonlesson et sa famille; car il prétend que Louis XV avait écrit à l'archevêqde de Paris pour permettre le mariage de monseigneur le duc d*Orléaos avec madame de Montesson ; tandis qu'il ist cer» tain qu*îl le permit vêràatemeniy à condition que cette union resterait secrète jusqu'à la naissance d'un enfant, ' Quant aux legs considérables faits par elle à sa famille , on Terra 9 ici 9 ce qui en est. Je n'ai jamais vu Al. Toulotte dlies elle; ainsi, ce n*est que par on dit qu*il peut en parler; et je puis assurer qu'il a été mal informé sur plusieurs points.
4^ VillOlIŒS
rait peat-ètre dû meltre plus de générosité dans sa conduite, d autant que tous ses biens avaient été rachetés pendant la révolotion par madame de Montesson , qui avait sacrifié à cet usage tous S0S diamans r i )• Il ne faut donc pas accuser madame de Mon tesson d'avoir eu un mauvais ccBur; mais bien d'une grande faiblesse dans les deruières années de sa vie. EUe craignait M. de Valence autant qu'elle Taimait , et se soumit à tout .ce qu'il exigea, afia d'avoir la paix dans son intérieur , où il commandait en maître.
Ce fut madame de Montesson qui donna le premîor bal qui eut lieu pour le mariage de
(i) Et que H. Ducrest avait Isiit son mariage avec mademoiselle de Genlîs , pour lequel madame de Montesson assura 600,000 francs à sa petite-nièce , au prè~ judice de ses héritiers directs; madame de Genlis» comme mère^ pouvait s'en consoler; mais M. Ducfest eut un g;rand mérite dans toute cette affoire. Il donna à sa nièce la bibliothèque et les diamans de sa première femme , mademoiselle de Ganouville.
C'est d'après une lettre conservée de madame de Valence, restée reconnaissante pour son oncle, que {e s^ ces détails.
Madame de Genlis a dit dans ses mémoires que c'était madame de Pont qui avait eu l'idée de cette uoion^ c'est une eniBur.
SDR lOiiPflINI. 49
Louis Bonaparte avec mademoiselle de. Beau* haraais. SepI ceots personiMs furent engagées; il n'y avait point encore de i:0Hr impériale , puisque Napoléon n'était que con&ul ; mais quoique eniant, je remarquai l'extrême empressement » la basse flatterie de toutes les classes, pour cette famille 9 dont la fortune était déjà cem* mencée d'une manière assez brillante pour empêcher de calculer où s'arrêterait une ambi«> don MguilloBnée perdes succès sans exemple» Les ambassadeurs assistaient à cette fôte, qui fut magnifique; tout y inspirait le plaisir $ toutes les figures portaient lexpression de la joie, hors celle de ia nouvelle mariée » dont la profonde mélancolie contrastait d'uné manière visible avec le bonheur qu'on lui supposait ; couverte de diamans et de Qeurs» elle semblait étrangère à tout, excepté au^x regrets. Dès ce jour on pouvait prévoir que ce mariage serait une source de chagrins , pour des époux qui ne se convenaient pas. Louis Bonaparte parlait peu il cette tîompagne qu^ii venait de se laisser iàiposer ; et elle fuyait ses regards, afin sans doute d'éviter qu'il ne lût dans les siens l'indiflérence qu'il inspirait.
Cette indifférence ne ûtque s'accroître chaque
50 MBMOIRXS
jour davautage. Joséphine^ par les conseils^ les aviales plus tendres, essaya vamemeAt phifiteors fois de ranieiierle calme dans ce ménage. Ses tea tatives fiiren t inu tiles.
, Yoieî deox lettres qu'elle épnnt à sa 6Ue bien tàméey queltjue temps avaat que la séparation des deux époux ne fut jugée indispensable.
Elles . feront connaître à quel point cette exoei- 4eute mère désirait pour son Uortense ce qu'elle, n'arait pas eUe-^nème-, le lepos intérieur et le. bonheur ! £lie fut fort affligée d une dé^sunion qu'elle aurait pu prévoir» mais non pas émpècber. Si quelque chose eût été capable de la consoler, c'eût été l'harmonie parfaite qui a toujours régné entre le vioe-'roi et la vicereine; mais rien ne peut adoucir les chagrins qu'une mère éprouve lorsqu'elle voit la destinée de sa fiUè lrpid>lée à jamais.
* . . A la reme Honen9e»
«Ce que j'appris, il y a huit jours, me fit une peine eruelk ; ce que je vis hier la eonirme et
l'augmente. Pourquoi montrer à Louis cette répugnance? Au lieu de la lui rradre plus dé«-
piaisanle euoore par. des caprices , par des iné-
SDB JOSÉPHINE. 5l
gàlUéft de earactàm» que ne failee^TOos dea
efforts pour la surmonter ? Mais il n'est pas aimable ! tout est relatif. S'il ne i est pas pour ▼evis, il peat le paraître à d'antres ^ et toutes les femmes ne le Toyent pas à travers leur haine. Pour moi, qui y sais fort désintéressée > je crois le voir tel qo'îl est, plus aimant qu'aimable, sans doute, mais oest une grande et rare qualité ; généreux, bienfaisant, sensible, et bon père surtout; si vous vouliez, il serait bon époux ! Sa mélancolie , son goût pour Télude , et pour la retraite lui nuisent auprès de vous. Je TOUS demande  c'est lui qui a tort? £st-il obligé de réformer sa nature sur les circonstances? Qui lui aurait prédit sa fortune ? Il n a pasle courage de la soutenir , selon tous I je crois que c'est une erreur; mais il n'en apas la force. Avec des inclinations casanières, un penchant invin» etbie pour la retraite et pour l'étude , il se trouve déplacé dans le haut rang où il est parvenu. Vous toudries qu'il ressemblât à son Mre 9d(Miiiej5»lni* en surtout le tempérament. Vous n'êtes pas sans afoir remarqué que presque toute noire exis^ tenee dépend 4e notre santé , et celie«ci de nos diigestions : qqe ce pauvre Louis digère mieux, étvMS le trouvères plus aimabie. Mais tel qu'il
Sa uiuoiKis
est y ce n'est pas un motif pour le délaisser « et
pour lui laire éprouver le sentiment desobligeant qu'il vous inspire. Vous que j'ai yue si bonne» continues à l'être précisément quand il le faut davantage. Prenez pitié d'un homme qui se trouve à plaindre de ce qui ferait le bon-' heur d'un autre ; et avant de le condamner , relisez les lettres de madame de Maiatenon :
elle aussi gémissait de ses grandeurs , et mouillait de ses pleurs un diadème qu'elle ne croyait pas fait pour son front. »
t A la même»
f Vous m'avez mal comprise, mon enfant) ii n'y a dans mon style aucune équivoque 9 comme il ne peut y avoir , dans mon cœur, aucun détour. Comment a-t-il pu vous tomber dans l'imagination que je partageais quelques opinions ridicules^ ou peut-être intéressées? Non , vous ne penses pas que je vous crois ma rivale. Nous régnons toutes deux sur un même cœur, mais à des titres bien diUérens, quoiqu'également sacrés; et ceux qui, dans l'affection que vous témoigne mon époux , ont pu voir d'autres sentimens que ceux d'un ami et
sua loiÉniMX. 55
d'un père / ne eonnaîtroiit jamais son âote. Elle
s*ëlève trop au-dessus du vulgaire pour être accessible à ses passions. Celle de k gloire l'occupe peut-être plus qu'il ne le faudrait pour notre repos; mais du moins la gloire n'inspire rien de vil. Telle est ma profession de foi sur lui. Je vous la communique avec sincérité, pour qu'elle calme vos inquiétudes. Quand je TOUS ai recommandé de chérir, ou du moins de ne pas repousser Louis , c'est en épouse expérimentée que je tous parlais, c'est en mère attentive, c'est en amie; et c'est encore sous ces trois rapports, qui me sont également chers, que je TOUS embrasse tendrement »
C'est, je crois, k peu près k cette époque
que le roi d'Eirurie arriva, à Paris avec sa femme, son fils ej; quelques personnes dési- ' gnées pour faire partie de sa modeste cour.
Rien ne p^rut plus extraordinaire que la présence d'un Bourbon couronné de la main de Bonaparte. Oii était persuadé que ce n'était qu'un prélude ; et que bientôt une plus grande preuve de désintéressement serait donnée par l'homme , qui jouissait en secret d'avoir ainsi bouleversé toutes les idées des rPj^liates; et
54 HéliOIlIBS
anéanti tonlaales espérances des républicains^
Le roi (i'Étrurie logea à Thotel Montesson (i). ËUe l'avait Ml bâtit araat la révolution (2), îl ooninlaniquait à «eibi de monseignear le duc d'Orléans (qu'elle a habité depuis) par une aerre chaude qui avait été condamnée. Lors de larrivée du roi d'Étrurie , il demanda de faire ouvtir^ette oommonii^ation, afi&de pouvoir ve-. air à tdfâte heure ohea madame de Montesson sans être entouré d une foule qui l'importunait ; elk y eensentit» et il profita ampkmentde UStf cilité du voisinage*
(1) Occupé àlon pftf Fambassade d^spagoe*
(2) Il a depuis été le théûtre du plus affreux désastre. Lors du mariage de Marie-Louise , le prince de Schwairtsemberg 7 donna ane fSte ; le fou prit à la salle de âaose bâtie dans le jardin; plusieurs personnes furent TÎCtfmes de leur sublime dévouement, et périrent dftns cet incendie; entre autres, les princesses de Schwarlzemberg et de la Lejen. Tontes deux se précipitèrent dans lesflamniesponrsauver leurs filles. Ces deux jeunes parsonnés étaient échappées 4 cet horriblte danger; elles eurent à pleurer la mort de leurs mères, dont les yertus égalaient la tendresse. Mademoiselle de la Leyen a depuis épousé M* de Tascber, parent de Joséphine. Ja l^i tue peu de mois après le malheur dont je parle; ^^talt à Gauéve, portait encore ledeuil^ el dansait t..»
SDK JOSÉPHINE. 55
La reine n'était paa un joar sans amener
soa fils à sa voisine (cesl ainsi qu'èlle appe» lail madame de Montesaon). Cet enfant té^ semblait dune manière frappante 9 sa mère, aussi n etaitHl point joli. Je n'ai rien . va de moins gracieux que cette princesse; elle était petite 9 brune ^ laide , et arait dans ses manières une brusquerie commune tOfut^à^fatt déplM-»
santé. Dès sept heures du matin , elle s'habillait pour toute la journée ; et rien n'était plus sin^ giilier tfae de la voir ae promener dans le jar«% din , en robe lamée , uo diadème de diamans surlatète* et son enfant dans les bras. Elle lui servait de berceuse : ce qui, comme on peut le croire , dérangeait ua peu la fraîcheur de sa toilette» car le prince royal était un maillot « soumis à tous les desagrémens de son âge. La reine prétendait que ie soieil réparait tout, et telle chose qui pût arrîyer ne changeait rien, à sa. parure. Elle était du reste très-bonne persoaney • danstotate l'acception du mot. Simplersaàs morgue , adorant ses devoirs et les remplissant tous.
Le roi était mieux que sa femme; il avait lùoiùs d*esprit, et un air embarrassé qui s'expliquait par la fausseté de la position où il se trouvait (i). 11 ne
(i) Ce que dit du lui M. ie duc de Rovigo e^t fort
55 MBHoians
parlaitde Bonaparte qu'avec uil extrême enthou-^
siasme ; et cependaat on voyait ^u'il regrettait d'èire obligé de readre justice, à celui qui lui donnait un trône. La reconnaissance le forçait à rompre le silence, que lui imposaient d'ancieuA. souvenini*
Bonaparte se servit de lui pour prouver le comménoemént dua ponvoir qu'il prévoyait devoir être bienCèl sans bornes. Ils. furent tous, deux au Théâtre -Français voir la tragédie d'Œdijpe. Le public saisit avec transport l'allu^ sion qu offrait ce vers :
,J 'ai fait des souveraios et n'ai pas voulu Tèlre.
' Les applaudissemens unanimes et prolongés
exagéré., Je l'ai vu souvéQt, mai^ j*av.oue que jamais je ae Tal trouvé jouant à, la caçlMê ou aa chgvatfimdu» Napoléon , qui ménageait eneore> alors les royaumes conquis, n'eût pas envo3'^é un homme si entièrement dépourvu de moyens pour gouverner une partie de 1- Italie. Il ne voulait paa sans doute , da^uaceUê upèce préfifi, des. jtalens.qni pussent- résister A se/i volontés.» mais il n'aurait pas, à oeUe époque, bravé toutes les convenances en plaçant un imbécile sur le trône. Le roi d'Étrurie était fort ordinaire; mais voilà tout ce que U, justice- devait âiire dire« Son plus grand «ii/Sutf» aux yeu^ 4e beaucoup de gens». étj|it die s'appeler Bourbon,
tDA jfOiéPHiirE. 57
firent retentir la salie à plusieurs reprises. Cette tragédie était destinée à fournir des applicatims
flatteuses pour Napoléon. Tout le monde sait que plus tardl'euipereur Alexandre lui fit celle-ci àSrfurt,;
L'amitié d*aD grand homme est «n lii«afiiit des Dîe«Zt
et qu'un parterre de princes et de rois s'empressa de l'approuver par des témoignages bruy^nf d'admiration.
Boniqparte eiftfaya an roi d'Étroiie de magnifiques présens : des tapis d'Aubusson et de la Savonnerie; un vése de Sèvres , qu'il fatlàit monter sur place ; il coûtait trois cent mille francs. Douze ouvriers travaillèrent à le poser, dans le grand salon da roi. Lorsqu'ils eurepl; fini, un chambellan demanda à S. M. ce qu'elle oomptait leur domieF..— Gomment P.mais zîen ^ C'est on présent qne me fait le premier consul.' — Sans doute , Sire ; mais il est d'usage de récompenser ceux qui l'apportent. — Alors j'acliètc au lieu de recevoir. Enfin puisque c'est la mode en France» il faut s*y conformer; d'ailleurs un roi doit encourager les: arts. Qu'on: leur donne à chacun un gros écu. C'était donc
5d MÉMOIBIS
trois louis quli offrait ; les ouvriers les refu- Madame de Mon tesson donna un bal {i)^
(i] le Tiens de lire dans les Mémoiret du diic de fto-
vigo un article sur celte fêle , si ofl'ensant pour la mémoire de madame de Montesson , que je ne puis me dispenser d*en releTer toute l'inexactitude.
« M» de RoTi^ prétend que madame de Montesson ' » commit une inconyenanoe qui fiiillit avoir des suites » fâcheuses pour elle, en invitant à ce bal toute la fa- » mille du consul ^ et les personnes qui y étaient atta- » chées ; que tout le monde se rendit à cettè invitatidii » nms/n'éoêmr Bànafwrte, et que le lendemain ill fanent a tons v$riemênt gfondés d'y avoir été. • Il afoufe :
« Qu'il fallait avoiraccepté larévoluliondans toutes ses » conséquences, pour concevoir la pensée de réunir ce » que la capitale renfermait d'émigrés rentrés^ d'hommes
» qui s'étaient élevés , par leurs actions , ches une mo/j» tresse du duc ^Orléans, » •
M. de Rovigo ne sait sans doute pas que le roi permit le mariage de son cousin; que. madame de Montesson fut reçue par lui comme muine^ pendant sa détention aux Tuileries , qu'elle était obligée de signer tous ses actes veuve Orléans , sous peine de les voir nuls; que Napoléon, convaincu de la réalité du mariage ^ lui rendit cent soixante mille francs comme douairê; qu'elle passait sa vie aux Tuileries^ oû elle était coAibléti de marques d*estlroe; et q«*eftin, lorsque JOsépliîne fut impératrice 9 elle vint très-souveni a^ea ses damei chet
suB tosinmt* 69
LL. MM. ; elle en fit, comme à son ordinaire» les honneurs avec uût grice pai€ftil«, et dut
convaincre les illustres voyageurs que notre
madame de MonfeBson, et ne souffrît jamaU que celle-ci lui offrît sa place. Les princesses de la famille impé- ^hale venaient toutes à Romainvilie , et un page de Vet»pmut^ éàM lea damiers «ea^pa de la onaladie de tna*dama dé MooteMOdf était régulièreaieiil euvojré pour savoir de aes nouvelles. Si M. de Rovig^o eût été inatruit de ces particularités, il eût, je n'eu doute pas, rayé de son maouscrit uo article dicté peut-Ctre par quelque petite rancune particulière. Madame de Monteston no l'aimait pas ; et je ne me souviens pas de Tavoir jamais vu cheis elle. Vrais ou faux, des bruits qui cire»latent alors , rempêchèrent de recevoir M. de Rovigo.
Il est difficile de croire qu'un homme dévoué comme M. le duo de Rovigo aux moindres volontés de Napoléon^ eût osé venir à une fUte donnée d un BourhaHf sans avoir d^abord consulté celui pour lequel it eût, disaît-îl , sacrifié même ses enfans. Il est encore moins vraisemblable d*imaginer ques*il avait par hasard maqqnéde circonspeo^ lion dans oatte oocasion » la âimille du coBaalaûtagiavac autant de légèreté. Tous les détails que j'ai donnés sur la réception de madame de Montesson aux Tuileries, sont parfaiiemeutvraU, j'enappèle ù tous ceux qui ont été admis dans son intimité. Elle fut trop bonne ponr que mine voix ne s'élèvent é l'inataiit pour défendre son souvenir d*ime rldioute «et infuste calomnie , que devait lui éviter uu homme qui la connaissait trop peu pour
6o MfiMOiass
révolution n'avait pas banni de la soçiété la gaité et la politesse la plus exquise,
H* de Talleyrand leur offrît aussi une ftte au château de Neuilly, qui lui appartenait alors. Le parc était éclairé par reflets ; ce qui faisait ressortir la façade du palais royal de Parme, que devait habiter LL. MM. , simulée par une illumination brillante. Un concert où figuraient nos premiers artistes précéda le bal, qui fut ouvert par le roi et madame Leclerc, devenue princesse Borghèse. Le souper fut servi de la manière la plus élégante dans une énorme salle à manger; les tables étaient dressées autour de gran,ds orangers dont les dômes fleuris formaient les surtouts. Des glaces ayant la forme de fruits étaient suspendues dans de jolies corbeilles. On ne pouvait rien voir de plus charmant.
Ces nobles étrangers durent emporter de H France l'idée la plus favorable; ils y avaient été accueillis avec une aménité qu'ib n'ont pas trouvée en Italie.
porter un jugement qui pouiiait avoir beaucoup de poids si on ne s'empressait d'opposer la vérité à l'erreur* Mademoiselle Marquise fut la nuûtresse de monseigneur le duo d*0rléan8^ madame de Montesson fut m
SUR JOSiPHtNB. 6l
Le prince d'Orange , aujoord'hai roi des Pays^ Bas 9 fut aussi au nombre des voyageurs illustres auxquels madame de Montesson fut chargée de faire les honneursde Paris. Ses vertus, son esprit^ ses manières pleines de noblesse, ses malheurs, lui assuraient la réception la plus agréable chez une femme juste appréciatrice de tout ce qui était distingué. lise plut chez eUe> y ^înt souvent , et y parut chaque fois pliis aimable. Sa figure était belle et pleine d expression, sa conversation animée; il n'eut jamais dans le maintien rien de bas et de servile. Bonaparte le combla d'attentions, et témoigna hautement l'estime qu'il avait pour son caractère. Depuis son avènement au trône , il a justifié tout ce ^e promettait sa jeunesse*