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dès l'entrée le nabab fit son premier fasselimaC ( génuflexion ) , son second vers le milieu et le troisième très-près de l'envoyé. Il prit ensuite avec beaucoup de respect le firman , le mit sur sa tête , et se plaça sous le dais qu'on lui avait préparé. Là , il reçut les nazers de félicitatiou. On distribua à tout le monde des dragées du pays et des morceaux de sucre candi : c'est l'usage. Toutes ces cérémonies finies , le nabab lut Ie N firman et remonta sur son éléphant, ayant toujours le firman placé au-dessus de sa toque. Peu de temps après, M. de Bussy arriva à Àyedérabad. Son retour y fit beaucoup de bruit et encore plus de peine. Le premier ministre, dont nous avons déjà parlé , et qui gouvernait tout despotiquement , en fut fort intimidé. On m'appela au divan, parce que je savais un peu la langue. Il y eut quelques affaires qui nous parurent importantes. M. de Joinville était peu au fait. Il fallut traiter avec Oulkar , chef Maratte, et l'engager à rendre au Nabab les deux forteresses dont il venait de s'emparer; tranquilliser le ministre et ses partisans, que l'approche de M. de Bussy inquiétait; retenir les uns , qui voulaient se retirer chez les Marattes , et gagner les autres par des promesses. Les . connaissances que j'avais faites ne me servirent pas peu en cette occasion, et entre autres, celle du favori de Roknoudaulah, qui
sur l'ihboustait. j'5
m'avertit en secret que son maître devait partir sous trois jours pour Admanagar, forteresse frontière , près le-pays des Marattes. J'en donnai aussitôt avis à M. de Jo in ville; et il aurait pu s'échapper sans les précautions que nous prîmes pour l'engager à rester. Le lendemain nous fumes chez lui et lui dîmes que nous venions de recevoir une lettre de M. de Bussy par laquelle il nous recommandait de l'assurer de son amitié et de ses bonnes intentions pour le service du nabab. Il en fut si charmé et si bien, persuadé, qu'il nous avoua que puisqu'il pouvait compter sur l'amitié de M. de Bussy et sur ses bonnes intentions , il quitterait la résolution qu'il avait prise de se retirer dés affaires ; qu'au contraire, il continuerait et seconderait en tout les desseins et intentions de M. de Bussy pour le bien de la famille du nabab. Ce changement retint un grand nombre de seigneurs , qui avec les Marattes seraient devenus nos ennemis.
Pour conserver à la nation l'amitié réelle ou feinte de Mir-Mahamed-Oussein - Khan , nous empêchâmes, par ordre de M. de Bussy, la nomination de Schaf chekin - Khan , ancien divan, au gouvernement d'Ayedérabad qu'on voulait lui ôter. La nomination au gouvernement d'Adonis en faveur d'Abdoulah-din-Khan, nouveau marié , Ait aussi suspendue en faveur de Mohammed-Oula-Khan partisan de notre
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nation et de grande distinction parmi les Maures. Enfin, M. de Baser arriva; tout trembla à son approche. Le ministre, les seigneurs, le nabab même, tous furent k sa rencontre. Tontes les affaires allèrent à son gré. Le ministre fut remercié. Sa disgrâce fit évanouir tontes mes espérances de fortune. Dans le peu de temps que je le vis par rapport aux affaires , j'avais acquis son amitié; du moins je le présume, parce qu'il me fit dire par son favori , trois jours auparavant sa disgrâce, que s'il partageait le ministère avec M. de Busty, il n'accorderait aucune grâce à laquelle je n'eusse ma petite part. C'est l'usage du gouvernement Celui qui reçoit un gouvernement ou un jaquir, fait toujours des présents à ceux qui sont dans les affaires, chacun à proportion de son rang. Tontes les grâces furent pour les seigneurs qui parurent partisans de la nation. Cela valut beaucoup d'argent à M. de Bussy, qui.se voyant maître absolu demanda au nabab, pour sûreté de la paye des Français, les quatre provinces situées sur la côte d'Orixa, savoir: Radjimandri , Eleour, Moustaphanagar et ChikakoL Le nabab eu tirait peu. Elles pouvaient produire environ vingtcinq laka de roupies (i), mais bien régies elles pouvaient donner un revenu de soixante laks,
(i) Le luk de roupies vaut a5o,ooo livres tournoie
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même tous frais payés. Le commerce pouvait en tirer des sommes immenses , car on -y trouve des toiles de toutes espèces, des mousselines dont les Maures font leurs habits. Riz , grains , fruits, tout y est pour rfeo ; le colon y est trèscommun; les bestiaux y fourmillent. On y fabriqué toutes sortes de tapis , ainsi que des chi~ tes , des gtiinguans , etc. L'air y est fort sain et la terre extrêmement fertile. Le bois pour bâtir ainsi que pour la construction des vaisseaux y est très-commun. Ces quatre provinces ont deux cents cinquante cosses (i) de long, toujours cotes , et vingt cosses de large à peu près. Elles sont faciles à garder. Ou ne trouve que trots passages pour y entrer, Bezonara, Bobili et Gomser. Une chaîne de montagnes inaccessibles et couvertes de bois leur sert de remparts. Ce ne fut qu'après bien des peines et des obstacles que M. de fiussy les obtint. C'est à son adresse à manier les esprits qu on * les dut. La cession en Surfaite au mois de février 1754.
• Lorsque les paravanas en eurent été expédiés , qtre : toutes les affaires du divan forent finies , l'armée se mit en tnarehe contre Ragotgi. C'est le même dont nous avons parlé précédemment; c'est un chef de Marattes fort puissant t dont les états sont séparés de nos concessions
(1) Une cosse est évaluée à trois quarts d'une lieue de ai uu degré.
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par une chaîne de montagnes. Notre marche fut prompte, malgré les mauvais chemins , les rivières et les défilés qu'il fallut franchir. Dès que nous fumes arrivés aux frontières, nous trouvâmes tout à feu et à sang. Nous campâmes auprès de villages entièrement réduits , en cendre; les habitants brûlés ainsi que tous les animaux domestiques étaient épars çà et là : triste et affreux spectacle au-dessus de toute peinture. On voyait des femmes tenant leurs enfants entre les bras, et des hommes dans toutes les postures où la mort les avait surpris. Des uns on voyait les pieds et les mains grillés , des autres il ne restait du corps que le tronc. Rien de si hideux que ces cadavres , les uns grillés, les au* très calcinés, etc. Jamais je n'ai vu de spectacle aussi horrible. Dans les trois villages que nous traversâmes , il pouvait y avoir six cents personnes ainsi mutilées. Cette cruauté inouie fit presser encore notre marche vers Nakpour , capitale de ce prince maratte. Le premier d'avril, nous campâmes sous Ponar, forteresse entièrement* détruite, qui n'en est qu'à seize cosses et sur le bord d'une rivière. On y séjourna quelques jours. Le lendemain deux avril, je fus détaché avec trois pièces de canon et vingt-cinq hommes, pour aller au fourrage, qu'un de nos capitaines devait commander avec vingt-cinq autres blancs et deux cents cypayes. N'ayant point trouvé de
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fourrages à une cosse du camp , nous poussa* mes plus loin , et vînmes à un village qui nous paraissait bien pourvu. Les Marattes ennemis y étaient. A notre approche ils reculèrent et furent se cacher sous une tope à une demi-cosse. Tout était dans l'alarme au village. Notre inaction fit qu'on reprit courage et qu'on se prépara à la défense. Je commençais à mettre mes pièces en batterie , lorqu'un de mes soldats m'avertit qu'il voyait un vieillard qui fuyait. Je. lui ordonnai de courir après et de me l'amener. Je le fis conduire au commandant devant qui je l'interrogeai. Il voulut d'abord nous tromper , en nous assurant que le village appartenait à ijn chef maratte notre allié. Je te croirai , lui disje, si tu fais déployer son drapeau sur la tour, que je lui montrai de la main , et si tu me montres quelqu'une de ses lettres , car si tu lui appartiens , tu dois en avoir. Le vieillard consentit a me satisfaire sur tout ce que je lui demandais. Le commandant me donna quatre grenadiers pour voir les suites. Je suivis le vieillard au pied de la tour en question. Elle était garnie de gens armés. Dès que nous parûmes au pied , on prêta l'oreille : il leur dit de ne point mettre le drapeau de Ragotgi , mais bien celui de notre allié. Dans cet intervalle le commandant ayant fait changer de place à nos troupes , les villageois crurent que c'était pour se retirer , et aussitôt
ils firent une décharge sur moi , qui ne blessa heureusement personne. Je courus de suite à mes trois pièces, je fis battre les créneaux dfoç ils faisaient signe* aiiK Marattes de la tope devenir à leur secours *et que nous décampions Ces der* niera n'osèrent venir, notre canon les intimida ainsi que le feu que nous ariens mis autour da fort , dans des* maisons de paiUe qui furent bientôt brûlées. Dès que le fort eut 'été bien dégagé, le commandant à la tête dés grenadiers avança vers la porte qu'on enfonça à coups de hache. Pour moi, je demeurai aux pièces qui servirent bien utilement, puisqu'elles empêchèrent de faire feu de dessus les murs sur nos soldats occupés à abattre la porte. Dès que le guichet eut été brisé, un grenadier sauta dedans; il reçut k l'instant une vingtaine de coups de sabre ; d'au* très le suivirent de si près, le commandant à leur tête , qu'on le sauva. Vingt assiégés forent tués à cet endroit même ; on entra ensuite dans le fort. Il était rempli d'hommes , de femmes et d'enfants. Dès que nos soldats parurent , tous se jettèrent parterre, prenant de ta paille dans la bouche et criant qu'ils jetaient nos esclaves. On fit cesser le carnage, et le pillage fut donné au soldat. Il leur fut très-aisé , car les femmes venaient leur apporter leurs bijoux ; or, argent, perles, tout leur fut donné. On se retira après une heure et demie de pillage. Il y eut environ
srm LIl»OFST*S.
deux cents hommes de Inès, et enfants. Mous n'eûmes, à b hommes de blessés. Je Féduppai brMe tirant de la tour, et tout le limpi qui jr fc tirer les pièces sur les par rapport à de très- p rès les un cypaye de tué à ses au bras» 3m chose; pour nous, lauriers. Ce coup de belle, que la nuit
au nabab pour le prier de suspendre les lités et lui demander b paix. EAe fat après huit jours de oouftreaces. \je ticie du traité fat qu'il pjnuit les finis de b guerre et les tributs quH devait: le qu'il rendrait aku nabab les jaquû* quH obtenu depuis deux ans, et que le disposerait en faveur de qui il
Dès que tout eut été paré, soit comptant , soit en lettre de crédit , le chemin de Nennd. Le depuis long-temps au gouv< loin de payer exactement, aucuns de cesseurs n 9 avaient pu le mettre à b raison. Il avait toujours éludé leur politique et battu les armées que les nababs avaient
envoyées contre lui (i). C'était un homme rusé, brave , entreprenant ; il avait toutes les bonnes qualités nécessaires pour bien gouverner ce pays. Il s'était toujours maintenu indépendant ; aussi n'est-ce que par ruses, fourberies et fausses promesses que le nabab le prit. Dès que nous fûmes près de Nermel, sa capitale, il envoya au-devant du nabab pour sonder le terrain.
Le nabab accepta les offres qu'il lui fit (aire et Tassura qu'il pouvait venir en toute sûreté.
M. de Bussy qui croyait le nabab de bonne foi , lui donna les mêmes assurances. Il vint et fut aussitôt arrêté k l'entrée du dorbar. On lui mit les fers aux pieds. Il eut beau faire de nouvelles propositions au nabab, il ne fut point écouté. Il fut mis sous la garde des gretiadiers. 11 y avait trois factionnaires la bayonjiette au bout du fusil , qui avaient toujours vue sur lui , et outre cela mille cypayes autour de sa tente. Il proposa à un grenadier vingt mille roupies pour favoriser sa fuite. Le grenadier le lui promit , et devait lui apporter un de ses habits ; malheureusement le complot fut découvert. Dès que ses
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(i) Le gouverneur de Nermel se nommait Soureirah. On rapporte qu'ayant battu et fait prisonnier un seigneur que Nassard-Jangue avait envoyé pour le déposséder , il le fit habiller en Bayadère , le fit danser toute la nuit et le renvoya ensuite au Soubahdar , en lui écrivant qu'il avait mieux dansé que combattu.
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femmes apprirent sa détention , une d'elles se poignarda, et fut brûlée sur un bûcher, à la mode du pays. Les autres, avec un enfant, s'enfuirent dans les montagnes. Son frère, à qui il avait confié la garde de sa capitale , la livra au nabab. Nermel est situé entre deux petites montagnes , aussi bien fortifiées que les connaissances dans l'art de fortifier le permettaient dans ce pays. C'est le lieu le plus joli et le mieux cultivé du Dékhan. On y fait deux récoltes, et la campagne est presque toujours verte à cause des nombreux ruisseaux qu'on dirige où l'on veut. La ville est fort propre , les rues assez grandes et presque alignées. Les tnaisons y sont mieux bâties- qu'en aucun autre endroit. C'est là où se fabriquaient les meilleurs fusils à mèche dont les Maures se servent. Soureiran avait commencé à y faire fahriquer des fusils à batterie. Il avait attiré quelques ouvriers qui en avaient déjà fait huit, un peu grossiers à la vérité, mais bons, ce qui prouve qu'avec le temps ils seraient venus à bout d'en faire de parfaits.
Le nabab donna le pays à un frère d'un ancien divan. Dès que tout eut été réglé , nous fumes camper sur le Ganga , où nous séjournâmes deux jours, après lesquels nous nous mimes en route pour Ayedérabad. Nous arrivâmes le quatre juin sous Golconde. Soureiran fut conduit les fers aux pieds clans la forteresse, où ses jours
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furent abrégés par le poison, fin ordinaire de* prisonniers d'état.
Le 6 juin 1764 9 le nabab fit son entrée dans Àyedérabad. Toutes lès troupes prirent les armes, et le conduisirent chez lui avec tout l'appareil usité. Cette ville est la plus riche du Dékhan. Le quartier qu'on nomme Karvan contient des richesses immenses , et n'est guère habité que par des gentils : c'est proprement un faubourg. Elle est située sur les bords du Moussi et d'un grand étang nommé Sultan-Chah , parce que ce roi avait fait bâtir sur ses bords un magnifique jardin , dont on voit encore de beaux restes. Elle est fermée par de bonnes murailles de pierres bien cimentées. Les rues sont sales, mal alignées et étroites. Les maisons ne sont belles que dans l'intérieur. Je parle de celles des seigneurs , car celles du peuple ne sont que de terre ou de paille. Les ruines du palais des rois de Golconde , nommé Datmal, sont à remarquer. C'est Aurengzeb qui le fit brûler, après avoir fait périr Tar-Chah , le dernier roi. C'est ici le centre du commerce; on y trouve des marchands millionnaires, et qui peuvent donner des lettres de crédit pour toute la presqu'île. La mosquée de Nizam-oul-Moulouk est fort belle. Le Char minaret , ou le bâtiment à quatre tours, mérite bien d'être vu. C'est un bâtiment quarré , ayant les quatre (aces égales et très-chargées de sculpture.
sur l'indoustan. 83
Il est fort élevé. Au-dessous est un jet d'eau qui fournit de l'eau au quartier. Aux quatre faces aboutissent les quatre principales rues de la ville.
Le 1 3 juin nous quittâmes Ayedérabad. Le a6 nous arrivâmes à Partéal. C'est là où sont leb mines de diamants. Personne n'y faisait travailler, li y avait autrefois un daroga pour présider aux travaux. Les plus gros appartenaient k l'empereur mogol , et les autres à celui qui fait travailler. Il y avait bien de la friponnerie ; car les plus gros n'étaient point Ternis pour l'empereur.
Le a juillet nous campâmes sur les bords du Quischna près de Beaouara , située vers un des défilés pour entrer dans nos quatre circars. Le i o juillet, six jours après notre arrivée, M. de Bussy alla au-devant de M. de Moracin, gouverneur de Mazulipatam. Leur entretien se fit dans une tente qu'on avait dressée au milieu du chemin où chacun descendit et entra de son côté. Toutes les troupes blanches et noires étaient sous les armes. Les compliments finis, on reprit 1* chemin du camp, où M. de Bussy donna 4 manger à tout le monde. La crainte des pluies, toujours très- abondantes dans cette saison, obligea M. de Bussy à faire partir l'artillerie pour aller prendre son quartier d'hiver à Radji~ mandry. Nous y arrivâmes le i(\ du même mois. M. de Bussy n'y fit son entrée que le ai août,
à travers un grand nombre d'arcs de triomphe, qu'on avait dressés en son honneur. Cette entrée fut à peu près semblable à celle du nabab à Aurengabad , à l'exception qu'il n'y avait que seize éléphants. Deux jours après il se rendit au fort où tous les corps de la ville vinrent lui offrir le nazer; il y dîna. Toutes les danseuses parurent à trois heures. Beaucoup de bruit, mais peu d'amusement. Rien de si ennuyeux que leur danse et leur chant. A la seconde danse , une bayadère vint lui offrir une couronne. Il y eut ensuite feu d'artifice, illumination et grand soupe, après lequel M. de Bussy revint dans son camp sur les bords du Ganga.
Radjimandry est le séjour ordinaire des gouverneurs des quatre circars. Cette ville est mal bâtie , les rues y sont étroites. Le Ganga , qui baigne les murs du fort, est ce qu'il y a de plus remarquable. Les fortifications étaient en mauvais état. L'air y est fort bon et très -sain. Tout y est à bon marché. Elle tire son nom d'un radjah nommé Mander, mort depuis plus de cinq cents. ans. Les Maures y ont entièrement aboli l'idolâtrie ; ils n'y souffraient point de pagodes, quoique le plus grand nombre des habitants y soient gentils. La population de Radjimandry est d'environ douze mille âmes.
M. de Bussy donna toute son application aux affaires de finance. Tous les radjahs vinrent se
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soumettre de la meilleure grâce du monde, après toutefois qu'on les eut sommés. Ceux qui donnèrent de bonnes excuses pour ne point venir eux-mêmes , et qu'on crut sincères , envoyèrent leurs présents. Le seul radjah de Viziaqagar , que les Maures n'avaient jamais pu dompter, fit d'abord le difficile i et n'oublia rien pour se maintenir comme ci-devant. M. de Bussy lui envoya son divan pour traiter avec lui. D'abord il tint ferme , et ensuite se laissa gagner , soit par les menaces qu'on lui fit , soit par les avantages qu'on lui fit entrevoir, et vint enfin avec son armée, camper à une lieue de notre camp.
Il ne fut admis au nazer qu'après trois jours d'attente. Toute l'armée prit les armes , le jour qu'il vint faire son salam à M. de Bussy ; ce ne fut qu'à travers les baïonnettes qu'il parvint en* fin à la tente du général français qui y tenait son dorbar. Cet appareil lui inspira de la crainte pendant quelque temps; il se remit, dès qu'il eut entendu ce que M. de Bussy lui fit dire.
C'était le plus puissant radjah de la côte d'Orixa ; il était d'une taille avantageuse , d'un teint très-basané, et âgé d'environ quarante ans. Toute sa parenté était avec lui. Il fit son nazer , et ses gens après lui. Il consistait en un collier de perles, une aigrette de diamants, un éléphant, deux chevaux et deux bourses ; ce qu'il y avait dedans je l'ignore. Le tout pouvait bien monter
k trente mille roupies. Huit jours après , il eut son audience de congé, et M. de 1 Bussy lui fit aussi des présents qui pouvaient monter à vingt mille roupies. On lui laissa par politique les deux cfarcars de Radjimandry et de Chikakol à ferme. Ibràhhn-Rhan resta dans ces deux circars avec deux mille cypayes pour leur sûreté.
Les affaires terminées, l'armée repassa le Ganga. M. de Bussy demeura encore campé sous les murs de Radjimandry. Les grenadiers à cheval , vingt-cinq hommes d'artillerie et trois pièces de canon furent commandés pour sa garde.
C'est là que, trouvant à tout moment l'occasion de lui parler, je m'en fis connaître, et je gagnai si bien sa confiance, que peu de jours après il m'envoya à Pondichéry, en me chargeant d'une mission importante auprès de M. de Godeheu, qui venait de succédera M. Dupleix. Tarrivai à Pondichéry en février 1755. M. de Godeheu partit trois jours après mon arrivée, après avoir fait une trêve de dix-huit mois avec les Anglais, au désavantage des intérêts de la nation , car nous étions en état de les chasser entièrement de la péninsule.
Avant son départ, M. de Godeheu avait donné carte blanche à M. de Bussy. Le traité d'alliance entre Salabed-Jangue et les Français subsistant toujours , le général français accompagna le nabab dans son expédition du Mayssour, qui lui
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devait des contributions. M. de Bussy se mit en marche pour Ayedérabad , et joignit le nabab près de Golconde , 011 ce prince était campé depuis quelques jours. Après les visites ordinaires, il fut décidé qu'on irait dans le Mayssour lever les contributions qu'il devait depuis cinq ans. Ce fut après avoir quitté Golconde , que M. de Bussy apprit la nouvelle de la trêve de dix-huit mois, que M. de Godeheu avait conclue avec les Anglais, et en même temps le départ de M. de Godeheu pour la France le 18 février 1755.
A moitié chemin du Mayssour, le nabab et M. de Bussy recurent des lettres du radjah , qui les engageait à presser leur marche, afin que Balagiro s'éloignât et ne le forçât pas k lui payer ce qu'il né devait qu'au nabab. Chemin faisant, ils tirèrent des gouverneurs des places l'argent qu'ils devaient.
Lorsque le radjah sut que l'armée du nabab approchait , il se retira dans une forteresse au milieu des montagnes, laissant dans Seringapatnam, sa capitale, une personne de confiance. Quoiqu'il eut appelé l'armée du nabab à son secours contre Balagiro, quand ce dernier se fut retiré , il aurait bien voulu ne pas nous voir de si près. Il n'oublia rien pour arrêter la marche de l'armée. Mais ce fut en vain. On prit deux de ses fortins qu'on brûla , après en avoir massacré les habitants. Le pillage fut donné aux trou-
pes. On y trouva quantité de petites idoles de cuivre. Après la prise de ces deux forts, l'armée marcha sur Seringapatnam,a un tiers de cosse de laquelle elle campa, le 10 mai 1755. Quelques jours après on parla d'accommodement. Le radjah convint de donner au nabab trente laks de roupies ( 7,5oo,ooo livres ). Cette somme ayant été comptée , le nabab partit le 5 juin pour revenir à Ayedérabad.
Seringapatnam , ancienne et grande ville bien peuplée, et avantageusement située sur une île formée par la rivière de Cauveri , était gouvernée par les radjahs, qui y faisaient toujours leur demeure. Tous les habitants étaient païens. Les campagnes environnantes sont toujours vertes et bien cultivées. Les habitants sont peu au fait de la guerre, et passent pour très-poltrons.
Aussitôt que l'armée fut sortie de ce pays , le radjah écrivit à M. de Bussy une lettre qui fait beaucoup d'honneur à ce général , et qui prouve qu'il se servit avantageusement de son crédit pour adoucir les calamités de la guerre : en voici le sens :
«Je te dois, grand Bussy, mon royaume, ce mon honneur et ma tranquillité. Regarde-moi « comme le plus attaché de tes esclaves. Je t'ai des « obligations infinies. Ta nation me sera toujours « chère , et je te jure pour elle un attachement « inviolable. Que le Bagou an ( Dieu ) augmente
SCR LIHDOrSTAÎT. 89
<c tous les jours ta fortune et te conserve une « parfaite santé. »
Pendant que tout ceci se passait dans le Dékhan, nous apprîmes le détronenient de l'empereur Ahmed-Chah , et l'élévation <f un de ses oncles à l'empire, sous le nom d'Alemgirir second.
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