CINQUIÈME PARTIE
Le comte Lally.
JM qos arrivons à une époque déplorable , celle de nos revers, celle où la France perdit tous les établissements que le génie de Dupleix et notre valeur nous avaient obtenus. Si le génie militaire eut suffi pour les conserver et même les augmenter par de nouveaux triomphes, le comte de Lally était l'homme le plus propre à ces desseins. Mais , malheureusement, sa franchise ignorait les. détours d'une politique consommée, pour faire disparaître les abus innombrables qui existaient dans l'administration coloniale, en
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attaquant avec prudence des hommes qui avaient acquis de la gloire et beaucoup de fortune. '
Ncrns. avens vu précédemment M. de Bussy faire la conquête de Vizagapatnam. Nos troupes s'emparèrent aussi du fort d'Efcanassaour et de ses dépendances. M. de Moracin , dans le nord , détacha quelques troupes de Mazulipat&m , qui prirent le fort de Nellepely T en juin 1757.
La prise de Vizagapatnam et de Nellépély nous rendait maîtres du nord, et privait 'les Anglais d'une branche du commerce considérable à cette côte. Elle nous assurait la possession des quatre sirkars ou provinces du Ucteà.
Nos troupes, du côté de Pondichéry, étaient a peu près d'égale force y avec Celles des»Afiglate. Leurs troupes étaient campées k Kandjivarou -, les nôtres à. Vandavfrchy, et couvraient nos concessions.
Postés i Chermgam, noos tenions les Anglais en échec de ce côté-là. Le pays nous était ouvert depuis Polioucate jusque sur les frontières de la province de Katek; et, dans tout l'empire mogol, un Français se ressentait de la considération acquise par nos armes.
Les espérances de l'arrivée de la première division de l'escadre de M. d^Àcbé , qui mouilla devant Pondichéry le 8 septembre 1757 , furent aussitôt évanouies que conçues ; l'escadre étant repartie précipitamment pour retourner aux îles ; ce dér ,
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part fit manquer l'occasion de s'emparer du fort St. -David , dont la conquête était pour nous frèsrtmpoctante. On fut obligé de* se borner à faire le siège de Chetoupet T dont on s'empara. ,., Après ce petit avantage , on resta dans l'inaction jusqu'à, l'arrivée du comte de Lally, qui «ut lieu le a8 avril 1 ^58 ; il avait été nommé , le 8 août 1 756, commandant-général dé tous les établissements français aux Indes orientales, et commissaire pour sa majesté. Il était revêtu des pouvoirs les plus éteédus;> il. pouvait' générale- -ment faire comme le* roi lui-même pourrait faire, $%j ét&it en personne.
., La but du gouvernement français était d'écraser tou& les. -établissements anglais*: mais, au lieu de lui donner le nombre de troupes, de vaisseaux et de millions qu'il avait demandé, le tiers seul qui avait pris les devants, fut mis à sa disposition. On nomma le comte d'Aché commandant de l'escadre, au lieu du vicomte de Cfcoiseul ; et le chevalier Dure , "pour commander Tisutillerie à la place du chevalier de Villepatour , deux officiers que M. de Lally avait de* mandés et obtenus avant son départ de France. Éloigné alors de PonoHchéry (i), nous n'avons pas été le témoin deb malheurs de la France à
(i) A la prise de Mazufipatam , le colonel Gentil fut fait prisonnier de guerre.
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la côte de Coromandel , qui nous firent perds* tous nos établissements après la prise de Pom dkhéry en $761. Aussi nous n'entrerons dans aucun détail sur. les expéditions tentées par Ir comte de Lally , pour détruire la pniwinnr anglaise dans llnde, ni sur les revers é prouvés par nos armes. Nos malheurs ne sont que trop connus., puisqu'ils ont retenti dans l'Asie et dans toute l'Europe (i).
Nous nous bornerons donc à éssettre notre opinion, formée sur les lieux mêmes d'après le récit des témoins oculaires, tant nationaux qu'étrangers , et nous disons : que, loin d'attribuer nos désastres à l'impéritie ou à la trahison de l'infortuné général , nous en voyons b couse dans les intrigues et les ba sse ss e s mises en
(1) On Sait qu'en 1761 , l'ennemi détruisit la ville de fond en comble, que .les églises même ne forait pas respectées, ayant été démolies comme tons les autres *fiS*^ Jl était réservé à M. Law de Lanriston (qui, avant l'époque malheureuse dont nous parlons, et depuis, a tant contribué à la gloire de nos armes) , de réparer ces malheurs. Envoyé par le roi, en 1764 , pour.goorerner cette ïmti res tant e .colonie, la sagesse de son administration la fit renaître de ses cendres ; et en 1 769, vingt-huit mille personnes avaient relevé les ruines de leurs anciennes habitations. Aussi eét-d mérité qu'on lui élevât une statue comme à son fondateur f pusqu'à son arrivée à Potodichérv, le 11 avril 1765, cette ville ne présentait qu'un monceau de ruines; les ronces et les épines qui couvraient ses débris , n'offraient à la vue qu'un objet d'horreur et de confusion.