TROISIÈME PARTIE
Le trône des deux paons*
Cjhah-djihan en i63g, trouvant Agraet Lahor trop petits pour contenir tout le monde que sa cour y attirait, les abandonna et fit travailler à la fondation de la ville et des forts qu'on nomme nouveau Delhi ou Chahdjehanabad. Elle est à l'ouest du vieux Delhi, sur les bords du Gerana. Elle avait six cosses de long ; les murs de l'autre coté , neuf cosses en demi - cercle. Ce qu'il y a de remarquable, ce sont quelques maisons de seigneurs, qu'on pouvait comparer à de petites villes où logent toute leur suite , équipages ; bazards ( ou marchés publics ). On y voit aussi le canal et la grande mosquée qui est au centre de la ville.
La forteresse f qui tient par un pont à celle de Selimgar, est aussi sur les bords du Gemna, au nord-est de la ville; elle a quatre portes, deux guichets, vingt et une tours, dont quatorze
SUR LIHDOUSTAH. )&)
octogones. Elle a de circonférence 53oo gazes, mille de long et trois cents de large (i\
Dans ce palais où tout annonçait, par sa magnificence, la demeure d'un grand monarque, on remarquait l'Omkas ou salle d'audience. EDe était longue de 60 gazes, et larges de *4- EDe était soutenue par quarante colonnes de marbre , et fermée par une balustrade de même. Les murs étaient couverts de lames «F or et (Tangent, ainsi que les colonnes. C'était dans cette saHe qu'était dressé le fameux trône des deux hons que Nadir-Chah enleva. Les jardins et les bâtiments du sérail répondaient, par le goût et l'élégance, aux richesses que ce palais renfermait. Il ne reste maintenant aucun vestige de tout ce que les historiens ont écrit
Chah-Djihan , qui passe pour le prince le ph» magnifique de la race de Tamerlan , voyant les pierres précieuses de toute espèce que ses prédécesseurs avaient ramassées, ordonna d'en garnir un trôné.
Il fut commencé en i6a8 , la de u xième année de son règne, et ne fut terminé qu'en i634, sous la direction de Babadel-Khan.
Ce trône fut placé dans le palais, sur une élévation quarrée de marbre blanc, incrustée
(1) La gaze est évaluée par Tavernier a 2 pieds , 1 pouce ,
alignes.
Mg) MÉMOIRES
de fleur» d'or, et couvert d'une espèce de tente de velours cramoisi à fleurs de plaques d'or, soutenue par quatre, petites colonnes d'or massif. Sur les quatre faces du quarré qui avait une gaze de haut, étaient placés quatre dais de velours cramoisi à fleurs de plaques d'or , soutenus par quatre colonnes d'argent massif. Ce trône placé au milieu, était de figure octogone, et avait trois gages de long sur deux et demie de lapcge. Il avait cinq gazes de hauteur.
Le petit escalier, pour y ^monter, était d'or massif. Il avait quatre marches. Il était garai de diamants , de rubis et d'éineraudes. Les huit .colonnes qui en formaient l'octpgone, étaient garnies de rubis et d'émeraudes. Elles étaient d'or masçif, et pouvaient avoir environ trois gazes du piédestal au chapiteau.
Le ciel du trône était aussi d'or massif, couvert de toutes sortes de pierreries , ramassées pour la plus grande partie, depuis Bahour-Chah jusqu'àDjihanguir, et qui avaient servi à la parure de ces pfûptces. Immédiatement au-dessous et attenant au ciel du trône en dedans , étaient deux parasols d'or massif 9 garnît de toutes sortes de pierres précieuses, avetc des franges de perles tout autour.
Au-dessus du ciel , en dehors , étaient deux paons d'or massif, les queues en éventail. Leurs becs étaient d'émeraudes, garnis en dedans de
SUR LINDOB6TAW. I£f
petite rubis ; leurs têtes étaient de rubis, et le reste du corps ainsi que les queues, d'éme* raudes, de rubis, dp diamants et de pertes, imitant parfaitement les couleurs de cet oiseau. Ils tournaient de tous cotés connue les parasols auxquels ils étaient attaché*, f#r le moyen d'un cordon de fil d'or, au bout duquel était un gp-os rubis servant de poignée, sur lequel avaient fait graver leurs noms, Tamerlan, Chah-Àzok, Àlabguebegue et Chah-Abbas , qui en avait fait présent à Djihanguir , de qui Ghah»Djihan, qui y fit mettre aussi son nom, en avait hérité. Tout autour du trène régnait une frange de perles remarquables par leur grosseur.
Sur le cintre des colonnes étaient gravés huit vers persans à la louange de ce trône, dont la signification était: Que te «frotte «fait été fint par la main de Dieu , avec là même matière donfc il fit le soleil , et avec le même émail dont il ék le firmament; que c'était pour ce trône que Dieu avait formé les pierreries ; que son éclat surpassait la lumière du mont Sinaï ; que dès que Chah- Djihan y mit le pied , il devint un second ciel ; que lorsqu'un grand se prosternait devant l'escalier de ce trône, il surpassait en grandeur tout ce qu'il y avait de grand dans le firmament.
On lisait aussi: Trône du plus juste roi des rois; trône de bénédiction.
tga MÉMOIRES
' Ce superbe ouvrage coûta en étoffes pour tes
tentes et dais
En diamants , rubis et autres pierreries , indépendamment de celles amassées sous les précédents règnes.
En matières d'or et dfar-
8 ent
100,000 roupies.
Total 10,100,000 roupies.
ou vingt-cinq millions, deux cent cinquante mille francs.
Ce trône fut enlevé par Nadir-Chah, ainsi que tous les trônes d'or massif qui se trouvaient renfermés dans le trésor impérial , et qui avaient servi à chacun des prédécesseurs de Mohhammed-Chah. Le nouveau souverain croyait de sa dignité de conserver ceux qui avaient servi à son prédécesseur, et d'en faire un nouveau pour son usage ; aussi ce conquérant en enleva seize plus .ou moins riches.
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