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les marchandises se répandent dans tout lindoustan.
Ce riche pays a changé plusieurs fois de ville capitale. La première de toutes fut Nadia , située sur le confluent du petit Gange et du Nadia , dont elle prit le nom.
Laknaoti devint la capitale lorsque le Bengale tomba sous la domination des rois mahométans.
Cette ville est la même que Gor, nom qui lui fut donné postérieurement.
Sous le règne de l'empereur Àkbar, Radjemahal devint le séjour du gouverneur impérial, et fut nommée Akbar- Nagar. Djihanguir son fils, donna la préférence à Dacca, qui porta aussi son nom Djihanguir-Nagar.
Depuis la décadence de l'empire Mogol , Moxoudabad devint la capitale. Les fondements de cette ville furent jettes du temps d'Àkbar, et ce fut Moursched-Kouli-Khan , nommé gouverneur sous le règne de Bahadour-Chah-Àlem I er , qui lui donna son nom.
Enfin depuis que le Bengale a passé entièrement sous la domination anglaise , Calcutta en devint la capitale, ainsi que celle de tous les établissements anglais de la presqu'île.
Cette moderne capitale du Bengale, dit M. Collin de Bar , renferme une foule d'objets
SUR L'iKDOTJftTAH. I99
qui doivent exciter la curiosité et l'admiration. 11 existe peu de villes plus belles, et où Ton trouve rassemblées et réunies tant de richesses, tant d'objets de luxe, et tout ce qui fait l'aisance çt les plaisirs de la vie. Ses vastes maisons sont autant de somptueux palais, par leur ordonnance, par leur style simple et noble. Sur la rive opposée (du Gange), et en perspective du palais du gouverneur-général, s'élève , sur une pente douce , le jardin botanique placé en ' amphithéâtre sur le penchant d une colline. Cet établissement , le plus magnifique de toute la terre , contient à lui seul plus de richesses naturelles , que tous les autres établissements du même genre.
Parmi les autres villes du Bengale on remarquait Hougli-fiandar ( le port d Uougli ), assise sur la rive élevée,, rive citérieure du Gange, autrefois très - peuplée , remarquable par de beaux palais et autres édifices, et maintenant presque déserte. Les pertes que cette ville a éprouvées, font faire de bien justes observations au ' savant Anquetil-Duperron. « Le vrai « trésor des princes, dit-il, est le commerce « établi sur l'exploitation des terres , les manuel factures, les arts. La finance, hors la collecte tion des impôts , la banque n'est dans l'ori- « gine qu'un troisième bras ajouté au commerce « pour faciliter le transport actif et passif, la
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« circulalion des fond». Voilà l'ordre naturel * des choses. Les états qui le renversent, taris- « aent à la longue la source qui leur a donné « lu vie , et qui seule peut la conserver ».
On y remarque aussi Chandernagor , colonie française, autrefois très - florissante , ornée de palais et autres édifices magnifiques. De grands navires , même à trotp mâts , peuvent y aborder à cause de la profondeur du Gange.
« C'est4à, ajoute encore M. Ànquetil-Dupercc ron * que Dupleix * saisissant le premier le «faible de la puissance mogole, a conçu le»
« vastes projets, qui pendant dix ans, ont donné a la supériorité au nom français dans le con- « tinent indien. C'est de là que doit partir le « coup qui brisera le colosse de la domination « anglaise * élevé sur les ruines de l'édifice bâti « par ce grand homme (ï). »
Le Bengale comprenait aussi dans sa dépendance la province d'Orixa, pays montagneux et sauvage. On y comptait cent vingt places fortes. On y trouvait des mines de diamants. Cette possession devenait très - importante pour la sûreté des autres établissements anglais.
■ M I il I
(ï) En lisant ce passage qui exprime si bien le vœu d'un bon Français , il faut se rappeler l'époque où il fut formé et publié (année 1786); époque qui précéda ae quelques années celle de nos malheurs, celle de nos troubles politiques où tant d'espérances de gloire et de bonheur p«w la Finance furent anéanties.
SUR LIUDG^STA.*. 461
Le Bengale suivant le registre des vétyr* , contenait 50,073,600 bigas qui égalent 70,473,600 arpents , mesure de Paris.
On y comptait onze mille denx cent cinquante aidées, sur lesquels mille cinq cent trente-huit étaient en jaguirs, produisant net quarante et un millions de francs, somme qui entrait dans Je trésor de l'empereur, le gouverneur impérial ayant en outre son revenu particulier pour les dépenses de son gouvernement*
Précis historique sur le Bengale.
Les lndous font remonter à la plus haute antiquité l'histoire de leur pays ; celle du Bengale a la même origine : lnd , petit-fils de Noë , eut quatre fiJs , Pouroub , Bangue , Daltan , Nerval , qui donnèrent leurs noms aux différents pays qu'ils défrichèrent» Bangue s'établit au Bengale , qu'on appelle encore pays de Pouroub. Ses descendants en furent regardés comme chefs , jusqu'à Brahma, son petit-fils. Sept cents ans après Bangue , Kichen > descendant de Pouroub , après avoir vaincu Brahma son cousin , s'en fit déclarer radjah * et nomma pour son ministre , le même Brahma. C'éfct pour lui que la ville de Wadiâ fut Foftdéè. t,e pays fut si bien gouverné par Brahma , qu'après sa mort on.
compta dans le Bengale , plus de mille établissements qu'il avait fondés.
Les descendants de Kichen en conservèrent
la souveraineté jusqu'à Kissouredjè , sur qui les
Pandouans , souverains de Delhi , le conquirent
et en donnèrent le gouvernement à Baguedat-
Kateri. Vingt-neuf des descendants de ce dernier
y gouvernèrent jusqu'à Sadsein que Bodje,
radjah 9 chassa après s'être emparé de ses états.
Dix- sept des siens en jouirent jusqu'à Nodja, le
dernier de cette race , sur qui Kouttouboudin-
Abegui , souverain de Delhi , le conquit en
1206 de J. C, par un de ses lieutenants nommé
Baktéar-Khan-Keldji , et le mit au nombre des
provinces de l'empire (1 ).
Kader-Khan, qui en était gouverneur du temps de Mouhammad-Chah , se voyant attaqué par les Zamindars , lui demanda du secours. Ce prince lui envoya Malek-Fakroudin-Saladar , qui, au lieu de secourir Kader-Khan , l'attaqua , le défit, et se saisit du Bengale en i345. Depuis ce tempslà , le Bengale fut séparé de l'empire , et reconnu pour royaume. Vingt-deux rois y ont régné Tes-
(1) Kouttouboudin-Abegui fut d'abord esclave de Chah- Àboudin-Ghori. Il était turk de nation et avait un doigt coupé. Ayant gagné la confiance de son maître , il fut nommé gouverneur de Koram et du pays de Sarind , et monta sur le trône après la mort de Chah-Aboudin. Il mourut eu iaio - 1 1 , après un règne de quatre ans.
sur l'indoustak. ao3
pacede 197 ans. Le dernier, nommé Nacib-Chah, étant mort sans enfants en i537, Oumayoun y vint, et s'en fit reconnaître souverain. C'est dans ce voyage , qu'il donna le nom de Djenatabad , fertilité du paradis , à la ville de Ghor.
Chir-Khan, ayant détrôné Oumayoun en 1 54i, s'empara du Bengale, et y laissa pour gouverneur Mouhammad-Khan, depuis Bahadour-Khan.
Selim-Chah , son fils, y mît Soliman - Khan , dont le fils Bazid-Khan et le frère d'Aoud-Khan le gouvernèrent successivement. Àkbar l'enleva au dernier en iS'jS : depuis ce temps, les empereurs Mogols en ont toujours été maîtres 9 jusqu'à l'année 1765, que les Anglais, après s'en être emparé, obtinrent de Chah- Alem II, le firman qui leur en assura la possession , moyennant un tribut de 26 laks de roupies, ou six millions deux cent quarante mille livres tournois (1).
Nous allons donner des détails sur cette dernière révolution , qui a mis les Anglais en possession de deux riches provinces; mais pour cela, il faut remonter à Tannée 1759, époque de l'avénement de ce prince à l'empire.
Le prince AH-Gohor, ayant appris la mort tragique de l'empereur Alemguir II son père, arrivée le 3o octobre 1769, fut reconnu empe-
'(i)Le firman de l'empereur comprenait aussi le soubah 4e Béhar et Orixa.
-J04 MÉMOIHÏS
reur dans le Béhar, où il était alors v au commencement de 1 760 , et prit le nom de Chah* Alena. Ce prince Tenait de pénétrer une seconde fois dans le Béhar, où il avait été appelé par le radjah Khaudar-Khan. M. Law de Lauriston, en qui ce prince avait beaucoup de confiance , Le rejoignit près de Patnah , dont l'armée entreprit de nouveau le siège > qu'il fat encore obligé de lever, à cause d'un renfort de troupes anglaises, qui entra dans la place par le Gange. S'étant éloigné pour passer le temps des pluies sur les bords du Saône , ce prince, reçut un courrier qui lui apprfeftatt la mort de son père ; il fut aussitôt proclamé dans son camp. Des roupies d'or furent frappées en son nom.
Chah-Alem fut poursuivi par DjafaivKhan, qui veuait de se réunir aux Anglais. Ils livrèrent bataille à l'empereur, après avoir gagné Khan» Gar-Khan 9 généralissime de ses troupes , et quelques seigneurs, qui se trouvaient à sa suite. L'issue ne pouvait être douteuse. Le généralissime et les seigneurs ayant pris la faite entrât* nèrent avec eux la majeure partie; de l'armée jnogole* ML Law de Lauriston , qui était son général d'artillerie* malgré son courage % son habileté et ses efforts , ne put empêcher la déroute. Elle eut lieu le i5 janvier 1761 , près du village d'Eisa; cet officier français fut fait prisonnier.
SUR L1BTDOUSTAN. *<>5
L'empereur, que cette défaite privait de toutes ressources , crut devoir traiter ensuite avec les Anglais, qui le conduisirent aussitôt àPatnah , où se fit son inauguration avec beaucoup de solennités. Les Anglais lui assignèrent une pension pendant son séjour dans cette ville.
L'empereur quitte Patnah , et marche vers
Delhi, pour profiter des bonnes dispositions
d'Abdalli-Ahmed-Chah* Choudja-a-ed-DoaJah, qui
avait pénétré les intentions du prince Patane ,
dissuada l'empereur , en hii déclarant que le
but d'Abdalli, était de détruire entièrement la
race de Timour , lorsqu'il avait réuni près de
sa personne, tous les princes de cette maison;
qu'il était le seul, dont le prince Pntane n'était
pas le maître. Il lui observa en outre, que le
plan d'Abdatti, était de conquérir ITndoustan ,
et que par conséquent, il devait craindre qu un
prince mogol ne le troublât dans son nouvel
empire , et qu'il était dé 1 intérêt de Chah-Alenv,
et de celui de l'Indoustasi , de ne pas livrer
l'empereur à son^ennemi
Chah- Atan sentit le prix d un tel avis , et au heu de se rendre à Delhi , il suivit le sage conseil de Choudja-a^edrDoniah , en répondant par des défiâtes hoimètes aux propositions dTAbdallL
Ce fut sous le règne d'AIeraguir II , à la mort d' Anaverdi-&han , nabab do Bengale . aue Chon*
radjou-Daulah lui succéda en 1756 , et que commença cette révolution qui devait donner aux Anglais cette riche possession. Le mauvais caractère et la faiblesse dp nouveau nabab, préparèrent les troubles qui suivirent cet événement.
Sur quelques sujets de plaintes que les Anglais donnèrent à ce prince , il les chassa dans l'espace d'un mois de tous leurs établissements. Ils furent contraints de se sauver sur leurs vaisseaux. Calcutta fut saccagée ; les autres nations européennes se rachetèrent par des contributions extraordinaires. Chandernagor , principal établissement des Français dans le Bengale, étant ouvert de tous côtés, n'avait d'autre défense que le fort d'Orléans, situé presque au milieu de la ville, et entouré de maisons qui le dominaient.
L'escadre anglaise parut dans le Gange avec trois mille hommes de débarquement , auxquels se joignirent cinq cents Européens. Elle prit sur les Maures les forteresses de Bourboughia , Macouhatana et Calcutta, le 1 janvier 1757. Les Anglais s'emparèrent aussi d'Hougli, ville située k une lieue de Chandernagor. Le chef de ce dernier comptoir avait envoyé des députés à leur amiral , pour savoir si , à l'exemple de ce qui s'était passé précédemment, ils observeraient la neutralité du Gange , avec la proposition de faire un traité ; ce qu'il rejeta.
SUR l'iNDOUSTAJJ. *<yj
Le nabab s'adressa d'abord aux Français , pour tenter par leur canal un accommodement avec les Anglais ; mais ceux-ci refusèrent d'admettre les Français dans le traité de paix , qui pourrait se conclure entre eux et le nabab. Cependant les Anglais attaquèrent le camp du nabab , avec toutes leurs troupes, renforcées par les équipages de leurs vaisseaux. Mais quoiqu'ils eussent surpris les Maures, ils furent obligés de céder le. terrain avec perte de plus de deux cents hommes , et se retirer sous le canon de leur fort. Cet avantage n'empêcha pas les ministres du nabab de l'engager à conclure la paix. Ce prince se vit contraint de la faire à des conditions extrêmement dures , autant par la mutinerie de ses généraux, que par la crainte d'une irruption de Patanes. Il fit néanmoins donner aux Français l'assurance de son amitié , et les paravanas et privilèges les pluà favorables. On fut même sur le point de conclure un traité avec les Anglais ; mais leur amiral changea, d'avis 5 sur la nouvelle de l'arrivée d'un nouveau secours de mille hommes de troupes réglées , et de quatre cents cipayes venus de Bombay et de Madras. Ce renfort fut cause qu'ils marchèrent sur-le-champ , et attaquèrent le 1 4 mars 1767 Chandernagor , qui capitula le a 3. Par la capitulation , la garnison et les matelots demeurèrent prisonniers de guerre, et les offi-
aoS MÉMOIRES
cier* devaient être libnes sur leur parole cf honneur. Le directeur, les conseillers et les employés eurent la liberté de se retirer où bon lepr semblerait. Mai* les Anglais refusèrent formellement •> d'exécuter te dernier article , malgré les conventions qui doivent toujours être sacrées.
Pendant qu'ils abusaient de notre bonne foi, ces insulaires travaillaient à opérer une révolution daos le Bengale. Cbouradjou-Doulab n'avait pu dissimuler son ressentiment du traité auquel il avait été forcé de souscrire. Il éludait toujours d'en exécuter les dispositions. Les Anglais bâtèrent sa perte. Pour mieux réussir, ils engagèrent ce prince à éloigner de hii M« Law , qui se trouvait à Cassembazard avec trois cents Européens et deux cents cipayes» Tout le dorbar était gagné ainsi que les principaux officiers. MiiKtyjaffer, l'un des premiers d'eotr'eux et oncle du nabab , fut choisi pout le remplacer , sous la profne&se de remplir les conditions dix traité du mois de février 17^7, et 'de payer aux Anglais trois cents laks de roupies ( 75,000*000 de francs ) tant à titre de dédommagement des pertes que pour gratification aux Croupes et à la marine.
Les Anglais partirent ensuite pour Moxoudabad le 13 juin 1757 „ avec environ douze cents Européens tant soldais que matelots, et trois mille cinq cents cipaye». Le nabgb r sorti alors
SUR LllffDOtJSTAft. lOg
de son assoupissement, n'eut pas le courage de faire arrêter Mir-Djafler. Il se contenta de lui faire prêter un nouveau serment de fidélité, vaine forme pour des parjures et des ambitieux. Le nabab lui laissa même le corps de troupes qu'il commandait , et au lieu de temporiser pour donner à M. Law le temps de le rejoindre, il eut l'imprudence de s'avancer au devant des ennemis. Il fut trahi par ses généraux , ses troupes se dispersèrent. Les Anglais , profitant de cette défection , marchèrent à Moxoudabad , où ils entrèrent sans résistance. Mir-Djaffer fut proclamé et reconnu souhahdar du Bengale par tous les seigneurs. Le malheureux Chouradjou-Doulah fut pris et conduit à Moxoudabad, où il fut assassiné par le fils même de Mir- Djaffer (1).
Le nouveau nabab permit aux Anglais d etendre les limites de leur colonie , et leur céda à titre de concession, moyennant une faible redevance, tous les pays entre Calcutta et Goulpy (environ vingt -cinq lieues de long), produisant environ seize laks de roupies ( quatre millions de francs).
Mir-Djaffer ne jouit pas long-temps du fruit
(1) Ce prince fut assassiné par Mir-Miran, fils aine de Mir-Djaffer.