‹ Mémoires sur l'Indoustan, ou Empire MogolChapitre 26 sur 51 · IÔ MEMOIRES · texte numérisé non relu

IÔ MEMOIRES

de sa trahison : il fut déposé pour un acte tyran-* nique en 1760 , et par les mêmes mains qui lavaient élevé en 1 757. Les Anglais installèrent à sa place Kassem-Aii-Khan , son gendre , qui Tint avec ses protecteurs faire la guerre à Chah* Alem qu'ils défirent, comme nous lavons vu , près du village d'Eisa, le i5 janvier 1761.

Le nouveau nabab , lassé de la tutelle de ces insulaires , se brouille avec eux en 1 764 > parce qu'il refusa de leur donner le Bordouan en propriété , et parce qu'il avait accordé l'exemption de tous droits aux négociants de ses états. Il fait d'abord enlever les deux frères Djagarset de Moxoudabad , qui se mettaient toujours à la tête des ennemis des gouverneurs. Il les fait conduire à Mounguer. Il les relâche ensuite , ceux-ci lui ayant juré fidélité et amitié. Ce prince leur offrit une somme considérable pour leur commerce , et leur fit bâtir une superbe maison.

Les Anglais auraient évité de grands malheurs, si , lors de leur rupture avec ce nabab , ils avaient suivi les sages conseils de M. Hastings. L'ambition de quelques conseillers anglais qui avaient dissipé leurs fortunes , et qui la voulaient réparer à quelque prix que ce fût , donna lieu à cette guerre : ils en furent les victimes. Ils y périrent tous. Malheureusement, ils ne furent p^s les seuls.

SUR t'iKDOtJSTÀW. ?Il

« Ce fut «faprès ses observations (de M. Hai- « tings), dit l'auteur des Affaires de l'Inde (t) , « sur le caractère de ce grand politique ( Kassem- « Ali -Khan), à la cour duquel il résida pendant « quelque temps , qu'il jetta les fondements de « cette célébrité , qui la depuis distingué en « Angleterre et dans Plnde. L'opinion qu'il « donne , que Kassem-Ali-Khan avait été poussé « à bout par la témérité des serviteurs de la « compagnie , principalement dans les éompfoirs « subordonnés , aété confirmée par totis les doCu- « ments authentiques qui nous oit été transmis « de cette partie du monde. »

J'étais alors à la cour de Kassem-AU'Khàn , l'ami et le confident de Gourgin-Khan , son premier ministre, à qui M. Magoire, gouverneur de Patnah, m'avait recommandé en partant pour l'Europe. Je fus témoin des insultes que firent les gens de M. EHis à ceux du prince. Telle fut l'origine de cette haine si forte qu'elle entraîna leur perte.

« M. Vansîttart (*) , président du conseil , fut « du même avis , et s'opposa vigoureusement i « des outrages qui , dans le cours de cette fetàll <r politique, tendaient indubitablement à pion- * ger la compagnie et le pays dans une guerre

(i) Premier volume, p. 5a.

i*) Récit de l'auteur des Affaires de lTnde.

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« sanglante et dispendieuse. Il ne cessa de faire « des efforts pour accommoder les malheureux: « différends qui subsistaient entre le prince et la « compagnie , que lorsque , par l'opiniâtreté de « Tune et la cruauté de l'autre , la brèche devint « si grande , qu'il fut impossible de la réparer. »

Point d'efforts que ne fissent MM. Vausittart et Hastings, pour ramener le nabab à la paix. Tai vu leurs lettres; mais rien ne put faire oublier au prince les injures de MM. Ellis et Amiot .

« Ces intentions pacifiques furent néanmoins « cou trar iées * par une majorité du conseil qui « fomentait ces inimitiés contre le nabab , et « que le, chef dq comptoir de Patnah soutenait «ouvertement ». **

Ce passage est de toute vérité.

«.M. Ellis qui occupait ce poste, avait, dans « .plusieurs occasions , traité le gouvernement de « ce pays avec mépris et arrogance. Les lettres oc de Kassem-AH-K.han au conseil sont remplies a de plaintes les plus amères contre l'insolence « et la présomption qui distinguèrent sa con- <r duite. M. Ellis , dans sa correspondance avec « le conseil , traitait le soubahdar avec une petit tuiance et un mépris qui ne pouvaient proie venir que des préjugés les plus invétérés. « Malheureusement , M. Ellis fut soutenu dans « toutes ses violences par le gouverneur de « Calcutta. Il avait à ses ordres pour protéger le

SUR ï/llf»'OU»ST&X. 2l3

« comptoir un corps de troupes de près de trois « mille homme*. Avec cette petite armée , il sur* « prit Patnah T vtHe de commerce, située sur le4 « bords dtt Gange , à erivirèïr trois cent* milles' « Calcutta*» .t. >.« . ^ ni? -. : •» i J r.,r..- iL m Gourgin^Kban , refont» jîai* parlé plus haut f Arménien de nation , qui entent ait avec: jiwtioe la confiance du prince; 'instruit des projets d*> M. EUts , en sage et prévoyant ministre , avait fait partir un renfort considérable , commande par l'arménien Markar, afin de soutenir Mindi- Ali-Khan , gouverneur de Patnah pour Rassem-; Ali- Khan. Markar, à son arrivée * rencontra* *ej gouverneur hors des portes. A eettovue r Mii}tli- Ali-K-han reprend courage , ■ >et de concert avec» Markar v rentre dans Patnah y et force àsontefti*. les -Anglais et leurs partisans, répandus dans fer ville pour le pillage, à l'abandonner. Ces derniers se retirèrent dans leur loge sous le carioti d'une ttfuii dont Markar s'empara. Ellis, hor& d'espérahee - de pouvoir. -s'y maintenir avec le£ débris de sa petite airô#e, l'abandonna pendaoptt la nuit , avec le dessein de se retirer -dans tes! états de Glottudja^a-ed-tDoulah ; mais Sommer-; Allemand* qui» commandait mu corps de quatre à cinq mille cipayes à . Bakchar , et que Gourgin-Rhan avait rappelé i Meunguer, Payant rencontré , Iè fit prisonnier a^ec deux cents soldats, quarante officier^ çt employés, et les conduisit à Mounguer.

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Les soldats et les< sergents furent dans différents endroits où se trouvaient des fctgedars à la garde. desquels ils furent confiés. Leti officiers et employés furent envoyés à Patnah sous la garde du gouverneur Mindi-Àlt- KJian. Gourgin-Khiti; donna des ordres pour qu'il* fussent bien traitée et fit fournir à leurs dépenses. Sur l'avis -que je lui donnai , qu'un Arménien chargé de les garder s'était, emparé dé tous leurs effets , il leur fit rendre leur garderobe , bijoux , argenterie , etc. , excepté les papiers, Lettres ^ que Kassem -Ali-Khan se réserva peur Connaître leur correspondance (i).

•SQuslque temps auparavant ces hostilités , le conseil suprême avait envoyé deux ambassadeurs àiKâssem-Àli-Khaix, pour engager ce ■ prince à artmder l'exemption de tous droits qu'il avait accordée depuis peu à tous les négociants <Je «es états ,* et à accepter des Anglais la moitié des droits dont ils étaient exempts. Toute l'éloquence de M. Âmiôt ne servit de rien. On eut beau lui représenter qu'il perdait plu6 de dix~huit millions pat son refus , il ne voulut jamais le rétracter. M. Âmiot, outré, repartit de nuit pour Calcutta , et laissa dans un camp, auprès de Mounguer,

•ém

• (1) C*t Arménie?* cfia beaucoup contre mot; mis mon coeur fut satisfait d'avoir procuré à des malheureux quelques soulagements, et d'avoir évité à mon ami le reproche d'une barbarie qu'on lui aurait attribuée , quoiqu'il t'ignorât.

SUR LlH »OU*TAÎf. 2l5

son collègue qui devait en faire autant Le premier à la faveur du gange échappa aux gardes qui le poursuivaient ; mais le second fat arrêté* Cette fuite et cette prisa jurent le coàamence» ment des hostilités.

Des le lendemain de la fuite d'Amiot et de la prise de sod collègue , le nabab envoya partout des ordres contre les Anglais. Amidt , à son arrivée à Moxoudabad , fut attaqué et tué dans soto bateau ayant voulu résister au fogedar. Dés* lors, chacun arma de son côté.

Les Anglais , presque pris au dépourvu , for* cèrent les prisonniers français à servir dans leut armée commandée par le major Adams. Cet officier , sans perdre de temps , marébaA Moxoudabad , dont il se rendit maître après deux affaires avec l'armée que commandait le généra} de Kassem-Ali~Khan , fogedar de Moxoudabad

La perte de cette capitale alarma ce prince. , mais ne le découragea pas. Il sortit .de Mon?** gner et etovoya ce qu'il avait de meilleures troupes àRadjemahal sur les bords du Gange ,' autant pour en disputer le passage au major Adams que pour y rallier ses troupes défaites à Moxoudabad. Le major y arriva dans le temps des plus fortes pluies , et son armée souffrit beaucoup;.

Madec , ci-devant sergent et prisonnier français , forcé comme tous les autres prisonniers à prendre service dans l'armée anglaise , étant

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