‹ Mémoires sur l'Indoustan, ou Empire MogolChapitre 27 sur 51 · Ô MÉMOIRES · texte numérisé non relu

Ô MÉMOIRES

arrivé par un long détour k un poste gardé par les Mogols , y mit l'épouvante , et facilita à l'armée l'attaque des grands retranchements , où étaient les canons et l'infanterie de Sommer qui y commandait. Madec , du poste des Mogols dont il s'était emparé, se porta sur ces retranchements qui furent emportés sans beaucoup de résistance. Sommer arriva le premier au camp du nabab , et successivement toute son armée. Le major Adams s'empara de l'artillerie et des munitions de guerre et de bouche qui se trouvaient dans le camp , ainsi que de Radjemahal. Je tiens ces détails de Sommer et de Madec.

: Ainsi , c'est à la valeur des troupes françaises que les Anglais doivent la possession du Bengale, et leur titre a pour base la plus criante des injustices ,* celle d'avoir abusé du malheur des prisonniers «français, pour en tirer des services q*e 4'hpnneur et le droit des gens réprouvent également.

J'ai dit plus haut que Kassem- Ali-Khan se réserva les papiers et lettres des Anglais faits prisonniers par Sommer à leur fuite de Patnah, pour connaître leurs correspondances. Parmi ces papiers se trouva une lettre que les deux frères Djagarset écrivaient k M. Ellis pour l'engager à faire la guerre au nabab, ajoutant qu'ils se chargeraient d'en payer tous les frais.

On a vu que ces deux frères avaient été en-

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levés de kur maison de Moxoudabad , el conduits à Mouuguer par ordre du nabab qui leur fit bâtir une belle maison , à laquelle il joignît un magnifique jardin , où rien ne leur manquait.

A leur arrivée à Mouuguer , ils offrirent au nabab un billet de vingt-cinq laks de roupies (6/*5o,ooo) , payable à son ordre. Ce prince les refusa en leur disant : Je veux votre amitié et non votre argent , et je vous offre cent laks pour votre banque , si vous en avez besoin.

Leurs richesses étaient immenses et au-dessus de toute croyance. Ils étaient les plus riches banquiers de l'Indoustan. Ils plaçaient et déplaçaient les soubahdars du Bengale avec l'argent qu'ils envoyaient k Delhi. Accoutumés à voir tout plier sous le poids de leur or, ils cabalèrent avec Ellis 4 Amiot, etc., et furent découverts.

Le nabab convaincu de leur trahison /d'après leurs propres lettres et leur correspondance avec les Anglais , correspondance d'autant plus criminelle qu'ils lui avaient fait le serment de ne se mêler que de leur banque 9 les fit arrêter et mettre aux fers.

Après la prise de Radjemahal , Kassem-Ali- Khan, écrivit de son camp au : général anglais, que s'il avançait encore pour le poursuivre , il jurait sur le koran qu'il ferait périr tous les prisonniers anglais qui étaient en son pouvoir. Le major Adams , regardant Cette menace

comme un moyeu imaginé par la faiblesse du prince pour arrêter sa, marche , la continua. Le nabab, retourna à MOunguer. Il y fit enlever ses trésors et ses bagages qu'il fit partir pour Patnab , et se mit en route pour cette dernière ville. Sur le chemin de Patnah r les frères Djagar^ set me firent solliciter d'engager Gouigin-Rhan à /demander leur gmee* Mais ce ministre m'en* gagea à ne point persister dans une pareille de* mande , parce que non-seulement je ne réussirais ~~ pas, maïs que je me trouverais au contraire par cette démarche enveloppé dans leur disgrâce, lien ae pouvant leur faire pardonner.

. Chemin faisant , les . ennemis do nabab lui persuadèrent que Gourgin-than ( dont les An* glais traînaient le frère prisonnier dans leur camp )v le trahissait Dès-lors -ce prince jure la perte de ce fidèle ministre que la calomnie lui désignait comme un. traître, Gourgm-Khan nignorasit point ces trames odieuses. Je campais toujours près de ce ministre , et je mangeais avec lui. Un jour tardant trop à venir dîner, j'avais devant moi les services des différents mets qu'on . lui apportait tous les jours de chez le nabab (i); jq me mis à en manger. Le

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(i) Les gouverneurs du Bengale entretenaient cinq cents porteurs pour distribuer à tous les chefs de troupes, de justice , de finances , les mets qu'ils envoyaient à chacun d'eux i de leur cuisine, au camp conuae à la vilfo .

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ministre étant arrivé , m'empêcha de continuer en tae disant : Que faites-vous ! quoi, vous ne savez pas que [vous pouvez être empoisonné !

Que -vous êtes imprudent , d'après ce que vous savez qu'on a dit de moi et de mon frère! J'ai des ennemis , méfiez-vous de tout. Il fit aussitôt disparaître les mets , et s'en fit servir d'aulnes préparés par des mains qui ne lui étaient pas suspectes.

A moitié chemin de Mounguer à Pataah , on tenta de l'assassiner; maïs comme j'avais fait mettre mon lit devant sa tente , en plein air , et à coté de la sentinelle , uniquement à cause de la grande chaleur , les assassins croyant leur projet découvert , le différèrent au jour suivant.

Le lendemain , jour de marche , arrivé plus tard qu'à l'ordinaire à cauie des mauvais chemins , le ministre se fit servir à dîner tout de suite , fit comme la chaleur était excessive , il me dît après 4e repas : Allons chez mon bakchi , il y fera peut-être plus frais. Arrivé-là, ne s'y trouvant pas plus k son aise , le ministre prit le parti de revenir chez lui. Comme il traversait le camp' de ses cavaliers mogols , et se trouvant au milieu des chevaux , un cavalier s'approcha pour lui demander de l'argent, se plaignant, malgré sa paie qu'il venait de toucher, de n'avoir pas de quoi exister, vu la cherté des vivres. Gourgin-Khap , courroucé de sa de-

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mande, appela fortement un de ses coureurs.

Le cavalier se retira. Comme il parlait d'autres affaires, accablé de chaleur, et cherchant à m'en mettre promptement à l'abri, je le quittai. À peine étais-je à trente pas, que j'entendis crier au secours par trois personnes restées auprès du ministre. Me retournant aussitôt , j'a~ perçus le même cavalier frappant Gourgin- Khan de son sabre.

Les personnes restées près de lui étaient sans armes et en robes de mousseline*, comme le ministre. . On ne put le secourir , trois coups ' lui ayant été donnés comme un éclair ; le premier lui coupait presque la moitié du col, le second lui fendait l'omoplate , et le troisième lui ouvrait les reins. L'assassin le frappa encore sur le visage lorsqu'il fut tombé à terre , par Ta chute que lui firent faire les cordes longues des chevaux, aux travers desquelles il voulut passer pour se rendre à sa tente , éloignée de cinquante pas (i). Comme il était en robe de mousseline , on peut juger de la prise qu'avait le sabre. A peine le cavalier l'eut-ii frappé qu'il disparut.

Etant accouru , j'aidai à placer le ministre sur son palankin , et je le fis porter dans sa tente.

(i) On attache les chevaux aux pieds de derrière avec des cordes longues d'environ dix pieds , et deux au licol, qu'on) tient par trois piquets.

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