‹ Mémoires sur l'Indoustan, ou Empire MogolChapitre 28 sur 51 · SUR LIKDOU5TAK. MI · texte numérisé non relu

SUR LIKDOU5TAK. MI

ayant fait signe qu'il voulait boire , on lui donna de l'eau qui sortit par la blessure du col.

Me voyant à ses côtés , Gourgin-Khan attacha sur moi ses regards , et faisant signe de la main , ne pouvant plus parler , il en frappa trois fois sur sa cuisse , pour me faire entendre qu'il succombait à la calomnie , et de bien prendre garde à moi.

Mais tandis que les amis et les serviteurs du ministre lui prodiguaient leurs soins , le cavalier mogol , réuni avec ses camarades , menaçait de venir massacrer les Arméniens , attachés au service de Gourgin-Khan. Averti par son écrivain ( qui vint m'arracher des bras de mon ami mourant ) du danger dont nous étions menacés, j'engageai vivement les commandants arméniens qui couraient les mêmes risques, à placer de fortes gardes aux quatre coins de la tente où l'on soignait le ministre. A peine eurent-ils suivis mon conseil, que les Mogols braquèrent une pièce de canon sur la tente où tout le monde se lamentait sur la fin déplorable de Gourgin-Khan. Les Arméniens s'étant aperçus de leur projet , je les engageai à prévenir par une décharge le canonnier qui allait mettre le feu à la pièce. Ce qu'ils exécutèrent ; le canonnier fut tué , et les Mogols effrayés se dispersèrent et ne reparurent plus.

' Etant monté à cheval, aussitôt après que

aaa HÎMOjnis

mon malheureux ami fut expiré, j'allai droit au camp du nabab (i) , où tout le monde avait pris les armes. Chaque chef venait avec sa troupe , du coté du camp du ministre, qui était placé après l'arrière-garde du nabab. Le bruit courait alors, que les Anglais venaient d'attaquer le camp du ministre; et sur ce bruit les troupes s'assemblaient sans ordre précis entre les deux camps , lorsque Kassem-Ali-Khan , arriva assis sur son éléphant , au moment même où j'arrivai de mon côté. À peine fiis-je aperçu du prince, qu'il me fit appeler , et me demanda ce qui était arrivé. Je lui racontai brièvement le triste et douloureux spectacle dont je venais d'être le témoin. Le prince en parut touché et ajouta : Je lui avais bien dit de ne jamais aller seul; se tournant ensuite du coté de quelques chefs qui l'accompagnaient, il leur dit : Vous venez d'entendre ce qui vient d'arriver; rentrez dans vos tentes, kajre sazla ( tout va bien). Ces derniers mots, prononcés avec un air de satisfaction , me rappelèrent les justes craintes du ministre sur le sort que l'envie et la calomnie lui préparaient Accablé du coup horrible qui me privait d'un ami et de toute espérance, je rentrai dans le camp du nabab.

(i) Le nabab et son ministre avaient chacun leur camp particulier.

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Ma situation était critique. Ami de Gourgin* Khan, son cpnfidçut, ne l'ayant jamais quitté depuis le moment ou je l'avais connu , je menais de le voir périr sous mes yeux sans avoir pu le secourir. Échappé moi-même y je ne sais comment, des mains des assassins, me trouvant dans la plus cruelle incertitude, j'allai droit à la tente d'un Mogol de mes amis , Sayed-Oula- Khan, frère de Mindi<Ali-Khan, ce gouverneur de Patnah dont j'ai parlé. 11 me reçut parfaitement; il était six heures du soir; je lui raconta ce qui venait d'arriver, avec l'accent de la pitié et de l'indignation. Le Mogol me répondit :

ce Gourgin-Khan , notre ami , avait des ennemis « qui Vont calomnié , au point que le prince , « persuadé de tout ce qu'on lui a dit , s'est peut' « être porté à cette dernière extrémité. Je ue « voudrais cependant pas l'assurer ; mais tout « ce que j'ai entendu dire me lait penser que « cela pourrait bien être. On prétend qu'il « trahissait le nabab, que les Anglais étaient « d'accord avec lui , et que c'était pour cette « raison qu'ils gardaient son frère Kadja-Petrous « dans leur camp. »

Quelle horrible calomnie , répliquai- je ! je suis témoin des démarches les plus secrètes de Gourgin-Khan, et je n'ai jamais vu la moindre marque d'infidélité de sa part. Les Anglais lui font proposer de quitter le nabab, en l'assurant

que , d'après cette démarche , il pouvait sauver la vie à son frère qu'ils menaient avec eux et tenaient prisonnier dans leur camp. Que répondit-il ? Le voici : « J'ai donné ma foi à Kassem- « Ali-Khan , je ne le quitterai qu'à la mort. Je v plains le sort de mon frère , mais je ne saurai « le rendre meilleur par une lâcheté. Je ne puis « rien proposer contre les intérêts du prince , a maître de mon sort , comme les Anglais le sont « de celui de mon frère. Je laisse tout à la dispo- « sition de la Providence. »

Jamais calomnie ne fut aussi horriblement inventée. Que les hommes sont à plaindre , quand les passions envenimées de fiel les aveuglent ! Gourgin-Khan était loin de mériter un sort aussi affreux. Non-seulement Kassem-Ali- Khan lui devait une partie de sa haute fortune, mais encore le bon ordre qui régnait partout. Rien n'échappait à sa vigilance continuelle sur toutes les parties du gouvernement. Juste, généreux , prudent , actif, d'une probité à toute épreuve , et sans cesse occupé de ce qui pouvait faire le bien du maître et des sujets, la plus grande simplicité régnait dans ses habits , dans ses équipages , dans sa table , et dans tout ce qui concernait sa maison. Tout en lui respirait l'homme de mérite, l'homme de bien, et l'homme désintéressé. Je lui dois et je lui rends cette justice, avec la plus grande satisfaction,

sur l'iwdoustaïï. aa5

4 Là place des fleurs que je voudrais tous les jours pouvoir jetter sur son tombeau.

Les traits de justice , de générosité et de stricte probité que je pourrais raconter de ce nûnistre t le feraient encore mieux connaîtra. Ils seront toujours au-dessus de ce que mon attachement et ma reconnaissance lui doivent, quelques grands que soient mes sentiments pour lui (i).

(i) Qâcem-Aly-Khan, pendant les dernières années de son gouvernement se retira au fort de Monguyr, et, animé dVut vif ressentiment contre les Anglais , qui empiétaient couidéraUement sur son autorité et accaparaient le commerce de son pays, il forma le dessein de secouer leur joug et d'anéantir leur influence dans le Bengale. Ajoutez à tous ces motifs les pressantes sollicitations des officiers de sa «cour et de son armée, qui voyaient avec la plus vive douleur diminuer leur pouvoir et leurs appointements. Parmi les plus ardents, on cite un Kiiodjah-Grégore, arménien de naissance, et qui, contre l'usage «de ses compatriotes , avait embrassé la profession des armes. Parvenu à un rang supérieur dans les troupes de Q4oem 9 il jouissait en outre de la plus haute faveur auprès de -ce gouverneur. Il parait avoir eu avec Somrou laiprineipale part -à la guerre contre les Anglais, guerre qui entraîna., comme on «ait, la naine de Qacem et la destruction de la puissance mabométane. au Bengale. Grégore perdit aussi la vie. Soupçonné d'avoir des intelligences avec les Arméniens de Calcutta, il Ait mis à mort avant l'expulsion de son maître. Avec celui-ci expira le pouvoir des gouverneurs ( SSoubah^dâr) du Bengale. Mk^afier, pendant sa dernière administratHtt , fit de faibles tentatives pour reprendre son autorité; mais bientôt

aa6 mémoires

Ce fut après cet assassinat que Kassem-AU- Khan voulut faire subi» aux deux frères Djagarset la punition qui leur réservait.

Étant arrivé le soir à la nuit tombante au Dorbar , j'y trouvai ie nabab seul avec son arezbegui (i) , qui lui présentait un requête au nom de ces malheureux. Ils imploraient leur pardon , offrant si le nabab voulait le leur accorder quatre kourours de roupies (*). A ces mots ce prince se tournant de mon côté me dit : a Entendez-vous ce que me propose cet «homme, de la part des deux frères, quatre ce kourours ! Si mes chefs entendaient cela, ils a iraient les délivrer et me livreraient ensuite « à teux. » Ne bougez pas de là, ajouta-t-il à son arezbegui , et fit de suite appeler Sommer. Ce dernier étant arrivé un quart d'heure après,

sa mort y mit fin, et il laissa les Anglais souverains de ce vaste et précieux domaine.

Voyage de Georges Fbrster, du Bengale à Pétersbourg , tom. I , pag. 3o, Si et 3a.

Ce Khoîtyah-Grégore dont parie M. Forster est le même que Gourgin-Khan, Arménien, dont le colonel Gentil était l'ami et le confident; et Somrou est pareillement le même que Sommer.

(i) Arabégui, officier qui introduit chez le prince, et loi présente les requêtes.

(?) Un kourour vaut cent laks on vingt-cinq millions de livres tournois. L'offre de ces deux frères était donc de cent millions de livres.

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le nabab lui répéta la proposition des Djagarset , et loi ordonna de les faire périr sur-le-champ. Il défendit en même temps à tous ceux qui étaient présents de sortir de sa tente, et de sa présence avant le retour de Sommer, de sorte que ceux qui étaient présents et ceux qui arrivèrent pendant l'exécution , demeurèrent auprès du nabab, jusqu'au moment où Sommer vint annoncer que l'exécution était faite. Cet officier les fit périr à coups de pistolet, malgré les prières de ces malheureux qui demandaient à être décapités.

Les Anglais prisonniers qui avaient été mis sous la sauve-garde de Mindi- Ali-Khan , gouverneur de Patnah, furent ensuite placés sous la garde des cipayes de Sommer. Cette précaution était, pour ces malheureux, d'un mauvais pré* sage.

Le nabab ayant appris que le major Adams , après avoir pris Mounguer, s'avançait du côté de Patnah, malgré ses menaces, ce prince me fit appeler. Depuis la mort de Gourgin-Khan , j'allais régulièrement à sa cour. Je le trouvai seul. Il me fit asseoir très-près de lui , sur un petit oreiller près de son maussenand (1), et

(1) Maussenand est un tapis piqué ou brodé, de huit pieds de long sur six de large, sur lequel le prince s'assied adossé sur un grand oreiller ond et dur, a côté duquel

aie MÉMOIRES

me dit : a J'ai écrit au major Adanifc> que s'il « passait Radjemabal, je ferais périr tous les « prisonniers anglais que j'ai en mon pouvoir, a et que je te jurais sur le koran. 11 s'est moqué « de mes menaces , puisque depuis il a pris et « dépassé Mouûguer. Ne dois^je pas tenir mon a serment ? S'ils me prenaient, sûrement ils me « feraient périr. Ek bien! je les préviendrai. « Que mé consèillefc*TOW? KPétès*vpus pas de a mon avis? »

Altéré par une semblable résolution, je ne répondis rien , persuadé que mon silence exprimerait mieux l'indignation que j'éprouvais, <£ue les meilleurs raisonnements. Mais Kâfcsem-Àti- Rhans, rnayant prié de lui parler librement sur l'avis qu'il me demandait. * Èh bien! lui répon- « dis-je , puisque vous voulea que je m'explique, « je dois vous dire, que ce serait un crime de- « vant toute nation de tenir pareil serment. Ce « serait un crime inutile, une atrocité qui « romprait tout moyen de paix. Qu'on eût tué « ces Anglais dans une affaire , personne n'au-

sont deux petits oreillers durs pour s'appuyer les mains ou mettre sous les genoux.

Tout chef de maison, nabab, radjah, bourgeois, a droit et peut avoir un maussenand ; c'est le siège du maître de la maison, et c'est une marque d'égalité lorsque la personne èp*è voas allez voir vous fait asseoir dessus, ou vous donne Un des petits oreillers.

sua l ixnausT \w. i*g

€ yait crié, c'est le péril qtrç tout guerrier « court dans un combat. Mais faire périr des

* prôQnniera, des branmes que vous ne pou- <c yez plue regarder comme des ennemis , puis- « qu'il* ne pçuvept voqs faire aucun ipal, et 4 que, sur la pprole de vos chefs, qui a en* .f gagé la voire , ils ont mis bas les armes; ce % serait une horreur qui ne s'est jamais vue « dans llndoustan, ni parmi les musulmans, ni

* parmi les idolâtres. Non*seuIement vous ne

* devez leur «mire en aucune manière, mais « W contraire vous leur devez protection et « assittenee dana touq leurs besoins. D'ailleurs, % ajoutaitje , la haine que vous avea juré à leur « nation doit d'autant rpQins retomber sur eux, f qu'ils peuvent voua être d'une grande utilité.» Mais , répliqua le nabab , si je tombais <entoe le* vmms des Jnglaù, ils ne m'épargneraient pas , iis me feraient périr, c Ne croyez pas cela, « répondis-je, ils vous traiteraient comme yotne h beav^pàre (i), lorsqu'ils vous ont mis à sa «i place; et\ vous ôtant vos gouvernements , Us « vous donneraient de quoi vivre suivant votre « éfcçt. »

(?) Wir-fl^r, sffli \#p**}tè& et son prW<K*sseur. Ce prince que les Anglais avaient détrôné 9 vé^cut en simple particulier jusqu'au moment où son gendre, chassé à son tour, e*t pour succesa*** se même beau-père qu'il avait remplacé et qui fut de nouveau proclamé nabab par les Anglais. H mourut, le 14 janvier 1765.

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Et comment pourraient-ils m 9 être utiles , demanda ensuite* ce prince.

• « En en choisissant deux , répliquai-je , parmi « .ceux qui ont le plus de crédit , pour faire « des propositions de paix, je réponds de leure a efforts pour la faire obtenir; et de toute ma- «nière, sur la parole qu'ils vous en donneront,. « ils reviendront vous faire part du résultat de « leurs démarches. »

Sommer arriva dans cet instant t et après avoir, salué le prince de loin, comme il allait s'asseoir à une certaine distance de nous > Rassem-Ali-Khan l'appela auprès de lui. L'ayant fiait •asseoir, il m'invita à me retirer, en m' annonçant d'un ton peu satisfait, que je ne ferais pas partie < ce soir même de son conseil ; c'est ce qui arriva. \

A peine fus-je sorti de la tente du prince, que Sommer se leva salua le nabab, et alla faire les préparatifs du massacre des Anglais.

Un Français nommé Château, sergent de <ipay es, refusa d'obéir aux ordres que Sommer lui donna pour cette exécution , en disant : Si comme Français, Je suis l'ennemi des Anglais y je* ne suis pas leur bourreau* et je ne participerai en rien à une telle horreur. Sommer le fit mettre sous bonne garde, et alla ensuite luimême exécuter les ordres barbares de son maître. '

SUR L ITf DOI3STAK. a3l

Sommer fit garnir les terrasses qui commandaient la cour des logements anglais, où. ces derniers étaient à souper en plem air. Il les fit plonger à coups de fusils , et -tuer oeux qui voulaient s'échapper par lesiportes* Un de ce^ malheureux s'étant caché dans une: fosse dfaisance , y fut massacré trois jours après, Infandus.dohrl Infanéus horrorï

Quarante-cinq officiers ou employés périment dans *et£e affreuse Catastrophe , et environ deux ceats soldats, disposés dans différents endroits sous la garde des fogedars.

Parmi ces officiers se trouvaient deux Suisses* que je réclamai, lorsqu'ils étaient encore à MmuvgUer. Mais mes réclamations furent inutiles.: Les calomnies débitées alors contre Gouigin-i Khan, empêchèrent pe ministre de parler e»

leur faveur, de crainte que cette demande n^ devint pour ses ennemis un nouveau motif pour le calomnier (i). . . - %

(i) La curiosité et le désirée me livrer % pendant quelques, instants , à des idées mélancoliques me conduisirent à l'endroit du les Anglais furent massacrés par Qâcem-Àly. Les anciens bâtiments sont détruits, et à leur place on a élevé un monument de belles, proportions, en mémoire de cet effroyable événement. On n'y a placé aucune inscription. Peut-être eût-il été politique de ne conserver aucune trace dHtae pareille perfidie , mais ; puisqu'on « voulu en consa~ crer le souvenir par un monmneiif , il fallait en indiquer la destination.

Voyage de Georges Forster, du Bengale à Pétersbourg , 10m. I, p. 35 et 36.

a3* mémo rais s

Que ne derabrfje part craindre d'an prince qui ratait de faire asfcassiner Goargin»Khan , mon amr? TT importe, an ne. doit jamais capituler «ree Phomem-} on ce qui est la même chose , avec son devoir- Le mien était de dire la vérité dane cttte circonstance, d'autant plus que j'étais consulté; L'eapoir que j'avais de sauver ces mal* heureux n'a pu se réaliser , mais du moins , j'ai la douce consolation d'avoir fait tous mes efforts pour empêcher cet' assassinat, auprès d'un prince, chassé de se$ états, dans un moment où ses malheurs croissant par le succès des armées anglaises, irritaient et augmentaient ses ressentiments Sa haine pour M. Ellis , dont les- affronts lui étaient toujours présents, le porta à tous ces exeèk Je perds mes gouvernenient* y mç disait41 , et ce fui me consolé, c'est fve je mis bien* sàr q&e mes ennemis n'en riront pas,, ne s'en réjouiront pas, car je lesferpi tous périr avant que d'en sortir.

Le souvenir de ces assassinats , commis sous mes yeux, me fera toujours frémir. J'ignore comment j'ai pu échapper aux soupçons de Kassem~Àli-Khan, qui connaissait les sentiments que je portais à Gourgin-Khan , et ceux qui m'animaient par les discours que je lui al tenus en diverses occasions en faveur des prisonniers , et qui devaient me faire placer sur la liste de proscription. Je ne puis avoir échappé

SUR LIIfBÛUSTAN. a 33

à tous les dangers que j'ai courus depuis mon départ de France eu 1761, jusqu'à mou retour eu *777' c f ue P** uoe protectioa spéciale de la Providence, qui m'a inspiré cette droiture, cette franchise et ce désintéressement , qui non-seulement m'ont mis à l'abri de ces dangers, mais encore m'ont soutenu dans ces moments critiques où je mè trouvais, pour ainsi dire , sans appui.

J'avais pris pour règle principale de conduite, de ne me mêler que de ce qui pourrait être utile à. mon pays, et à ceux qui m'environnaient, et je n'ai obtenu dea grâces qu'en en demandant pour les autres. De cette manière , les amis que je m'étais fait ne parlèrent au prmee de moi qu'à mon avantage.

Après le massacre des Anglais et avant le départ du nabab pour Patnab , on amena trois Anglais qu'un fogedar humain n'avait pas voulu faire périr. Ayant appris leur arrivée , je les réclamai auprès du nabab, disant qu'Us étaient français. Un Indien , digne d'être l'exécuteur des vengeances de Rassens^Ali-Khan« et qui depuis la chute de ce prince **t entré au service dea Anglais, eut la méchanceté d'assurer au nabab: que ces étrangers étaient anglais. Mais ce prince répondit : Puisque M. Gentil les réclame comme Français* je le crois, et il donna

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Tordre de me les remettre à condition qu'ils prendraient service dans son artillerie. Cependant il les laissa partir sur la représentation que je lui fis, que ces étrangers étant malades au point de ne pouvoir plus " marcher , ils lui seraient à charge, sans utilité, et qu'il vatak mieux les remettre entre les mains des Hollandais. M. Bachevach, chef de la loge hollandaise, à qui j'en avais parlé, s'en chargea et en prit soin. Il me devait bien ce petit service, puisque j'empêchai Kassem- Ali-Khan de faire contribuer sa loge , moyennant -quelque livres de cannelle dont les Hollandais lui firent présent par nia médiation.

J'avais eu le bonheur de sauver trois autres européens dont deux Anglais et un Allemand.

Au commencement des hostilités, on amena à Mounguer ces trois individus , les fers aux pieds et aux mains. L'un se nommait Dalson; un autre était chirurgien anglais, né à Lisbonne. Ayant appris leur arrivée, j'Allai les voir, et voyant par moi-même qu'on les maltraitait, j'allai trouver le ministre Gourgin-Khan ; je lui dis qu'ils étaient français , et j'obtins non-seulement de leur faire ôter leurs fers , mais encore leur élargissement Je les conduisis chez moi, et après leur avoir fourni tout ce dont ils avaient besoin, je leur procurai un bateau pour se

sur l'ih doustan. a35

rendre à Calcutta où ils arrivèrent sains et saufs. Lors de mon ambassade près du général Karnac, pour traiter de la paix avec Choudja-a ed-Doulah, ce général me présenta le chirurgien qui servait dans son armée. Dalson était mort d'une chute à Calcutta, peu de temps après son arrivée dans cette ville. D'après le triste événement que je viens de décrire, je m'applaudis davantage de celte bonne action , car nul doute que ces trois Européens eussent été compris dans le massacre des prisonniers anglais.

Peu de temps après le massacre des Anglais , le nabab quitta Patnah, emportant avec lui toutes les richesses du Bengale , qu'il avait enlevées aux radjahs , zemindars etc., qui pillaient cette riche province depuis un temps iranien roorial. Pendant la route, ce prince s'étant arrêté à l'ombre, me dit: Vous vojrez toute mon armée ; les chefs crient contre moi, parce que je ne les mène pas contre les anglais: ce sont des traîtres ; si je me mettais à leur tête, au lieu de se battre, ils me livreraient. Je les connais, ce sont des lâches auxquels je ne puis me fier. Ils sont trop riches. Depuis mon départ de Patnah , je leur ai fait payer tout ce que je leur devais , environ vingt-cinq millions.

Kassem-AJi-Khan alla joindre ensuite le nabab- vézyr Choudja-a-ed-Doulah , qui , pour-lors campé avec l'empereur Chah-Ale m II près du

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Gernna, faisait la guerre à ludoupftt, radjah de &ouiuki~KMtd (i).

> Dans le même temps, ay*nt obtenu mon congé k Bénarès, j'allai passer quelque temps près du vézyr , dans l'intention de satisfaire ma curiosité , et de voir l'année du Grand-MagoU Hassern-* Ali-Khan, ayant proposé la pai* à Indoupat qui l'accepta , trouva ensuite le moyen de faire armer le yésyr gu s» fovswv

Je fus présenté au vésyr , qw % charmé de v^ un Français parler sa langue , qi'açcqcpilUt ^vec bonté , et me fit beaucoup 4e questions sur les différentes puissances de l'Europe.

(i) Après avoir erré dans les provinces supérieures et sollicité le secours de différents chefs contre les Anglais , Q&- OBBrAly trouva protection à la cour de Pefty, et conserva dam sa vie retirée le caractère intrigant et sanguinaire qu'il avait montré pendant son administration. On dit qu'il s'efforça de supplanter le ministre de Delhy, en offrant à l'empereur une donation considérable ; on l'accuse de plusieurs assassinais cçmmie sur des femmes qu'il avait amenées du Bengale. A sa mort, arrivée au village de Retwell en 1777 y la cour suprême du Bengale saisit ses biens , qui furent évalués à mille Hvres sterling. Faible reste des dépouilles do Bengale et da fiéhar.

Note de M» Georges Forster, ouvrage cité , tom. I, p. Sa.

Quel que sqit le mérite de l'assertion de M. Forster, on ne peut se dissimuler que c'est un ennemi de Kassem-Alt-Khan qui parle, et en peut croire qu'il a au moins outré son récit.

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