‹ Mémoires sur l'Indoustan, ou Empire MogolChapitre 38 sur 51 · DJ1HAN-ARA · texte numérisé non relu

DJ1HAN-ARA

Djihan-Jrâ, fille de Chah-Djihan. Sa piété filiale Va rendue célèbre en Orient.

ui l'histoire présente souvent à notre admiration , sur le trône et dans tous les rangs de la société, des femmes qui se sont immortalisées par leur génie, elle ne doit pas laisser dans l'oubli les noms de celles qui, pour adoucir les malheurs de leur frère, de leur époux, de leur père , de leur roi , sacrifiant tout à l'amour du devoir, nous forcent aussi à les admirer dans leurs infortunes , en même temps qu'elles s'acquièrent des droits à nos hommages, parce que leurs vertus excitent en nous ce sentiment de respect et de vénération que nous concevons mieux que nous ne pouvons l'exprimer.

La piété filiale de cette princesse est devenue célèbre dans tout llndoustan.

« Djihan-Àrâ-Bégum , était fille aînée de Fem- « pereur Chah-Djihan et de la sultane favorite. À « l'époque la plus brillante du règne de son « père , Djihan-Arâ était célèbre dans tout l'O- « rient par son esprit et par ses charmes ; mais

a son nom brille d'une gloire immortelle dans « l'histoire, par l'exemple mémorable qu'elle « donna d'amour filial et d'un attachement hé- « roïque à ses devoirs. Tandis que Roxahn-Arâ, « sa sœur , servit d'instrument aux desseins am- « bîtieus de son frère Anrengaeb , à qui elle fa- « cilita les moyens de détrôner son père , en lui « dévoilant les secrets du palais, l'aimable et ac- « compile Djihari-Arâ, consola Chah-Djihan dans « son affliction f et fit le sacrifice volontaire 9b a sa liberté, pour rester avec lui dans le château « d'Àgrah, où elle passa dix ans avec sou père, « et où elle mourut peu de temps après lui, « non sans qu'qn soupçonnât qu'elle avait été « empoisonnée. La tombe de cette estimable «c princesse est en marbre blanc , ouverte par a le haut ; et sur une tablette de pareil marbre « en face, on lit l'inscription suivante, en lan«- « gue persane , gravée en lettres noires :

Qu'on ne couvre mon tombeau que de terre et de verdure : c'est ce qui convient le mieux à la sépulture d'une femme dont l'âme fut humble*

«On y lit aussi : La périssable fakir, Djihan- Àrâ-Bégum, fille de Chah-Djihan, disciple des saints de Tchisti, l'an de l'hégire 1094 (1). »

(1) Voyage dans l'Inde Britannique, etc. Traduit de l'anglais de William Thorn et JohnMacdonaW Kirtneir; p*g* 17*. v

su* l'ufDOtJSTAK. 3G5

Chah-Djihan , dit M. Langlès , végéta sept ans dans cette captivité, qui fut bien adoucie par les soins que lui donnait une tendre fille, la jeune et belle Djihan-Ârâ, modèle de piété filiale , que nous serions tenté de nommer XAntigone indienne , si son nom ne méritait pas d'être conservé aussi religieusement que celui de l'héroïque grecque,

Piété filiale! P sublime vertu!

Dam l'un et Vautre monde, ah! que ne règnes* tu! Le devoir soas tes loi* deviendrait «î facile! Pour toi dams l'univers, n'est-il donc qu'un azie ? Dans ces lieux fortunés épuisant tes bienfaits , Tes prodiges divins pour eux seuls sont-ils faits ?

Ne crois pas cependant qu'admirateur servile Pour t'exalter en tout j'aie une ame assez vile : Mon esprit sur un point ne saurait te louer, Ou mon cœur serait prompt à le désavouer (i). Des femmes dans tes mœurs, je blâme la clôture. Charme de notre vie, honneur de la nature,

(i) L'auteur de ce petit poëme chante la piété filiale et donne des détails sur les honneurs qu'on rend en Chine à cette vertu. On sait qu'en Chine les femmes sont recluses comme dans l'Indoustan, et leur triste existence dans ce pays ne pouvait plaire à un chevalier français.

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Ce «exe à la vertu , s'il veut nous enchaîner, Par un chemin de fleurs peut seul nous y mener. Une femme à mon sens, belle, éclairée et sage, De la Divinité sur la terre est l'image (i).

(i) Ceci est extrait du chant second de ce poème.

L'auteur de cet estimable ouvrage est M. Rousselet Desauvergnes, ancien brigadier des années du roi, chevalier de St-Louis. Ce respectable militaire le composa et le publia à Versailles en 1795. Après avoir bien servi son roi avec son épée , il crut pouvoir le servir encore avec sa plume en célébrant la piété filiale , sentiment que les auteurs de nos malheurs voulaient détruire par des lois révolutionnaires qui limitaient l'autorité paternelle \ c'était donc servir son pays à cette époque désastreuse , que de rappeler tous le» devoirs que nous impose ce sentiment que la religion et la nature avaient gravé dans nos cœurs, et qui ne pouvait être détruit.

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