‹ Mémoires sur l'Indoustan, ou Empire MogolChapitre 45 sur 51 · HOTES · texte numérisé non relu

HOTES

« La première de ces deux toisons est plus longue que l'autre. La Duaume-Touss est plus fine , mais plus court&; un peu moins grasse, mais moins forte et moins facile à filer. Celle-ci , sert à fabriquer les draps de Kachemyr que. les anglais ont été les premiers à imiter et que nous nommons Casùnirs pour Kachmyrs qui devrait être leur rentable nom.

« Ces deux espèces de laine se subdivisent chacune en deux sortes, celle du dos, et celle du ventre :1a première est employée à faire les schals; la seconde sert à fabriquer ce que l'on nomme Kamer-bande, espèce ceinture fort en usage chez les Mogols , les Persans , les Arabes , et les Turcs. .<*■ r

« Quelques voyageurs ont dit que les schalsJe fabriquaient avec le poil de chèvres. C'est une erreur qui ne peut s'accréditer lorsqu'on réfléchit que les chèvres ne peuvent pas plus donner de la lairie que les brebis et les béliers , du poil; la nature ayant revêtu chacune de ces différentes espèces d'animaux d'une robe qui caractérise leur genre , et sert à les faire reconnaître. . ** •

« H est tout-à-fait insoutenable de supposer que le poil, quelque doux , quelque soyeux qu'il soit, puisse égaler la souplesse et le moelleux de la laine. . . J'ai dessiné exactement et sur les lieux mêmes, l'animal qui donne la laine propre à la confection de ces précieux tissus. Cette substance dans la langue de Kachemyr s'appelle Touss, et c'est incontestablement avec la Touss qu'on fabrique les schals. Dans le même idiome qui dérive de l'antique et majestueux samscrit, on nomme le poil de chèvre, bâU.

pins belle quel»

On ne la rerwriMr une sur le bout et autour

« Les schak oïdinaires, fabriques avec les laines de mouton , sent Umo. Us ont trois aimes et demie de Vmajsur une et demie debige, On ne teint que Jescom- 4 Biioft, à moins que cela ne soit expressément demandé. -i «dke* achals tissus avec la laine de chameau , se désignent sous le nom de Kâdu; les blancs tissus avec celle de mouton , sont nommés Seaumi; enfin les antres sont connus sous la dénomination de PachdrL »

Publier des decouvestes sur 1 agriculture, faire connaître, le* méthodes des peuples chez lesquels cet art est cultivé avec succès, proposer aux souverains de les-mottre en pratique, c'est bien mériter de la patrie. AL Le .Goux de Flaix , en donnant sur les bêles à laine, deftacbemyr, des détails aussi utiles quintéres- #ants f s'est montré digne de k reconnaissance pubhque. Nous renvoyons le lecteur à ces détails; l'extrait dans lequel nousaommes' forcé de nous circonscrire ne non* permet, pas de nous étendre davantage, sur cet article important (i).

(i) Voyez le tome II, de l'Essai historique sur VlndoustaM, par M. Le Goux de Flaix.

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On a yu que le colonel Gentil avait formé le projet d'enrichir sa patrie de cette précieuse acquisition. Mais la mort prématurée du prince auprès de qui il était, ne lui permit pas de donner suite à un projet aussi important pour la France ; il fut obligé de se retirer avec peu de fortune, puisqu'il en avait déjà sa* crifié la plus grande partie à la gloire de son pays et au soulagement des Français malheureux qui se trouvaient sans ressources.

Dédicace de F Abrégé historique de VIndoustan ou Empire Mogol, présentée au roi Louis XVI, au mois de juin 1778, dans une audience particulière accordée par ce monarque au colonel Gentil,

Sire ,

Voué depuis ij5i au service de votre auguste ayeul et à celui de votre majesté dans l'Indoustan , j'ai instruit le grand vézyr de cet empire des nouvelles de son règne, et de votre heureux avènement au trône.

Ce prince d'abord étonné, admira avec plaisir là modération de votre illustre prédécesseur vis-à-vis des ennemis de la France dont il avait si glorieusement triomphé. Touché ensuite, que cbs-je, enchanté de tout ce, que la renommée publiait de la bienfaisance et de la sagesse que vous avez apporté en prenant les rênes du gouvernement, il tendit ses mains vers le eiel en disant : Voilà donc bientôt l'Indoustan à la

fin de ses maux. Ce transport s'est communiqué à tous les Indiens. Leur unique espérance est en votre majesté. Chah-Alem II , leur empereur, qui ne règne aujourd'hui que sur les ruines de Delhi, sa capitale, implore votre secours en disant : Tjrmour, le premier de ma race, après la victoire qu'il remporta a Ancjrre sur Bajazet (Bayezid), délivra tous les Français qu'il trouva prisonniers dans le camp de cet empereur ottoman. Je sms sous le joug. Son peuple , à sa voix , vous tend les bras, Sire, comme à son futur libérateur. Dans tous les temps, vos ancêtres furent l'appui des rois opprimés : pourquoi ne le seriez-vous pas de ceux de VlndoustanPLe soleil ne vivifie-t-il pas tous les pays!

Je n'ai rien oublié, Sire , pour attacher les Indiens à la nation française. Ils la considèrent comme la première de toutes les nations; ils l'aiment, ils la désirent. Malgré la situation où elle a été réduite depuis la perte de ses vastes établissements , ils la regardent toujours comme celle qui doit un jour briser leurs fers. . C'est à leur sentiment pour la France et dans k dessein d'attirer sur eux un regard favorable de votre majesté , que je prends , Sire , k respectueuse liberté de vous offrir un Abrégé historique de leur empire , enhardi par l'accueil que vous avez bien voulu faire à mes travaux sur l'histoire numismatique de l'Indoustan. Heureux si je puis parvenir à faire connaître à votre majesté ce bon et malheureux peuple opprimé par k puissance anglaise, et exciter pour lui k compassioa et les bontés du plus grand roi du monde.

Pendant ma jeunesse , j'ai servi dans vos années , <in Indoustan; dans un âge plus avancé, j'ai résidé

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douze ans auprès du grand-vézyr de cet empire, approuvé par vos ministres , et uniquement occupé de la politique, du gouvernement et de la littérature.

Mes vœux, Sire, seraient aujourd'hui de finir auprès de votre majesté le reste de mes jours et de couronner par là mes travaux.

Je suis avec le plus profond respect , etc.

L'Abrégé géographique pareillement dédié au roi , est déposé ainsi que l'Abrégé historique au dépôt des paanuscrits de la Bibliothèque royale à Paris.

M. Langlès , conservateur des manuscrits de la Bibliothèque du Roi , a certifié que le don fait par le colonel Gentil forme une des plus précieuses portions du riche dépôt confié à sa garde; et M. Joly, conserva* teur du Cabinet des estampes de la même bibliothèque, a certifié de même, que les peintures ou dessin» indiens, donnés par cet officier, forment une portion précieuse du dépôt confié à ses soins.

De l'aveu de M. Anquetil Dùperron il manquait à la Bibliothèque du Roi cent vingt-quatre des manuscrits lorsque le colonel Gentil y déposa i33 manuscrits indiens , persans, arabes, samscrits, sur les religions, l'histoire, les arts, et la littérature de l'Orient. L'aveu de ce savant prouve l'importance du don. Parmi ces manuscrits, on remarque le Fetwa Àlemguiri y X Aert Akbari,\* Terkerat-Àssalatin , le Tavarik Ferich-

tah, YOupnekat, extrait des quatre Védes. Ce dernier a été traduit en latin par M. Anquetil Dupérron.

Il donna aussi une collection nombreuse de peintures, dessins, sur les costumes tant civils que militaires des mahométans et des payens ; lès portraits des empereurs, des princes , des grands; leurs marches , leurs camps, leurs combats, leurs festins, leurs chasses, leurs jardins , leurs sérails, etc. (Pour cette collection, le colonel Gentil employa trois dessinateurs indiens , pendant dix ans.)

Il remît à M. le comte de Buffon , pour le Cabine* du Roi , une collection précieuse de toutes sortes d'armes indiennes , une autre collection d'anciennes monnaies, dont 35 en or, parmi lesquelles s'en trouvait trois aussi auciennes que les Doriques; plusieurs autres . en argent , dont douze anx signes du zodiaque , très-rares ; vingt et un médaillons, aussi en argent, représentant les empereurs de la race de Taraerkm , de la grandeur d'un écu de six livres, sur l'empreinte desquelles se voyaient d'un côté l'effigie de l'empereur régnant , et de l'autre l'époque de sa naissance , de son avènement au trône , de son règne et de ssl mort.

Le chevalier Gentil remit aussi à M. de Buffon des observations Sur l'histoire naturelle , que ce savant naturaliste a jugées assez importantes pour être consignées dans ses immortels écrits.

Lettre au ministre de la marine à M* Gentil, chevalier

de Saint" Louis , a Faizabad.

Vertaîtte*, le 17 janvier 177a.

Le roi m' ayant confié , monsieur, le département de la marine , on m'a remis la lettre que vous ayez écrite le 6 décembre 1770 à M. le duc de Praslin pour, le remercier du compte qu'il avait rendu à sa majesté du zèle que vous avez marqué jusqu'à présent pquç les intérêts delà nation. Je sais que vous jouissez ajuste titre de la confiance de Choudja-â-ed-Doulah. Continuez de ménageries bonnes dispositions de ce nabab en faveur de la nation, et soyez persuadé. que je ne serai. pas moins empressé que M. le duc de Praslin à faire valoire vos services auprès de sa majesté, et à vous procurer des témoignages de sa satisfaction.

Je suis très-parfaitement; monsieur , etc.

Signé de fivmuis.

Lettre de M. Chevalier .commandant des établissements français au Bengale , a M. le duc de Choiscul.

Chiuiâeraagor , le 8 (érrier 1 777.

Monseigneur ,

Pénétré comme je le su»; etnece«€Jraider'èti3e,de vos bontés et des sentiments de reconnaiss&Boe qu'elles

m'ont inspiré , rien ne me flatte davantage que de trouver les occasions de tous en réitérer les assurances. M. le chevalier Gentil , porteur de la présente, désire d'aller vous saluer en arrivant , et vous remercier de toutes les obligations qu'il vous a. C'est à vous , monseigneur , qu'il est redevable de la croix de Saint- Louis, que vous lui avez fait accorder. Le long séjour qu'il a fait aux Indes , et le rôle considérable qu'il a joué à la cour du nabab-vézyr Choudja-â-ed-Doulah , lui ont acquis autant de connaissances que de repu ta* tion auprès des autres princes. Son grand crédit devenu l'objet de la jalousie des Anglais , ils ont mis tout en œuvre pour l'écarter ; mais tant que le vésyr a vécu , leurs efforts ont été inutiles. A sa mort sou imb'ecille fils , Mirza Mani ( Assef-ed-Doulah ) , croyant avoir un besoin indispensable de leur protection, le leur a sacrifié, ainsi que tous les autres Français qu'il avait placés dans le service de son père. Il retourne maintenant en France, ou il se propose de communiquer au ministre ses lumières et ses connaissances sur tout l'empire mogol. L'on ne saurait en puiser à une source plus pure et plus vraie. Il est de plus instruit de toutes mes correspondances avec l'empereur , et des dispositions que celui-ci aeues de tous les temps de se lier avec la nation française par un traité, qui, en nous cédant tous les avantages que l'on peut désirer, pût en même temps servir aie faire rentrer dans les justes droits de sa couronne. Sa longue habitude à vivre parmi les Asiatiques, lui en a tellement fait contracter les manières, qu'il a presque oublié celles de son pays natal; aussi ne trouipera-uil personne' par un dehors

séducteur , mais il dira la vérité et ne s'en écartera pas.

Voilà , M. Law ( de Lauriston ) rappelle ; c'est M. de Bellecombe qui est venu pour le' relever, et il se prépare à faire son retour en mai ou juin prochain. Pour moi , monseigneur , on m'a conservé dans ma place et c'est à mon grand regret. Les désagréments de tout genre que je ne cesse d'y essuyer , me font désirer avec ardeur de la quitter pour aller enfin revoir les bords de la Loire, qui auront pour moi de nouveaux délices , par la proximité où je serai d'aller Vous faire personnellement ma cour , et vous renouveler tous mes sentiments de reconnaissance.

Je ne reçois aucune satisfaction , ni du côté de l'avancement, ni du coté de l'approbation de ma conduite. Tout ce que j'écris reste sans réponse, ce qui prouve une indifférence très-mortifiante à mon égard et le peu de confiance que l'on croit , sans doute, avoir dans nies talents et ma capacité. Aussi j'ai perdu tout courage et toute activité , et ne retrouve ni l'un ni l'autre dans toutes les disputes que j'ai continuellement à soutenir contre les Anglais, et contre les chefs du pays à leur in* stîgation. Quelle différence de mon assiette actuelle avec celle où je me trouvais , monseigneur, sous votre ministère! Vous eussiez fait des héros des hommes les plus ordinaires , par Fart que vous aviez à les conduire et à en tirer tout le parti dont ils étaient susceptibles.

L'opprobre et l'humiliation continuent à être notre apanage. Chaque jour est marqué par les offenses les plus" atroces , commises par les Anglais sur les sujets du roi et son pavillon. Ils nous avaient contraint i

abandonner notre, établissement de Daçca. Depuis Hs nous ont chassé de Mounepour, après avoir tenu la loge bloquée, pendant neuf mois, par un détachement fie leurs çjpayes. Ceux-ci, enfin, en ont enfoncé les portes, sont entrés, la baybnnette au bout du fusil, dans la chambre du résident de la nation , et sans égard pour son caractère , Vont enlevé de dessus, son Ut et conduit comme un criminel dans la prison anglaise de Mednjpour , d'où il n'a trouvé moyen de sortir qu'en adressant &,e$ plaintes contre l'injustice et l'oppression , £. la cour souveraine, de justice de Calcutta, qui, touchée de ses jrnftux, a décerné un habeas corpus* Dernièrement cette nation aussi inquiète que turbulente , et jalouse de voir un noiqhre considérable de vaisseaux français entrer dans le Gange, a exigé qu'on y permît une fouille pour savoir de, quoi ils étaient chargés, quelle quantité de monde ik avaient à bord , et combien de canons en batterie. Une innovation abusai ajtière, et aussi contraire à nos privilèges, ne pouvant £tre soufferte, les capitaines sj sont opposés. Pour les en, punir,, les forts de Calcutta ont tiré sur eux à boulets en passant sous voiles. Le vaisseau du roi, llle de France, prêté au cqmmerçe, a été considérablement endommagé; la Sainte- Anne de $aint-Malo a encore plus souffert. Un de ses matelots a été tué, plusieurs . autres, ont été grièvement blessés. La Catherine qui suivait, se trouvant moins à portée n a pas été si maltraitée. Il m'eût été facile d'en tirer une vengeance éclatante en ordonnant à ces vaisseaux de s'embosser . devant la ville et de la foudroyer. Rien n'était capable de s'y opposer ; mais Chandernagor

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