ROTES
Je finis, monseigneur, car je sais que je m'emporte toujours lorsque je traite ces affaires. C'est l'effet du zèle qui m'anime dans tout ce qui peut intéresser la gloire du roi et l'avantage de la nation.
Je suis avec le plus profond respect, etc.
Signé Chevalibb.
Dara-Coekouh était -fils aîné de Chah-Djihan. Après avoir fait tous ses efforts pour anéantir le parti d' Aurengzeb et l'avoir combattu à outrance, il se vit contraint de prendre la fuite. Dara fut, quelque temps après, livré par un traître à Aurengzeb, qui oubliant les droits du sang et les égards que l'on doit au malheur , fit promener igominieusement son frère dans les rues de Delhi et l'exposa couvert de lambeaux aux regards d'un peuple attendri, mais dont l'effroi arrêtait les larmes. A peine les portes d'une obscure et sale prison s'étaient - elles fermées sur Dara et sur son jeune fils , qu'elles s'ouvrirent. Le prince captif s'occupait à faire cuire lui-même des lentilles , pour éviter le poison. Il leva les yeux , reconnut les satellites et s'écria : Mon cher enfant, on vient nous assassiner! Aussitôt il saisit un couteau, la seule arme qui
dépendant* de l'Amérique, qui enleva aux Anglais la portion de ce continent qui compose aujourd'hui les États-Unis da l'Amérique; fl prévoyait pareillement les succès inouïs des Anglais dans rindoustan,
lui reste, et poignarde le misérable qui essayait d'en* lever le jeune enfant qui s'était fortement attaché aux genoux de son père. Stupéfaits, effrayés, les assassins hésitent, mais leur chef les excite. L'enfant est enlevé, le père massacré , et sa tête portée à l'exécrable Au* rengzeb. On laissa une nuit entière l'enfant dans la prison , auprès du cadavre sanglant et mutilé de son père. Ainsi périt le 1 1 septembre 1659, à peine âgé de 44 &HS, et victime de la juste, mais imprudente prédilection de son père, et de la haine et surtout de l'ambition forcenée de son frère , ce prince digne à tous égards d'un meilleur sort.
Outre les vertus qui caractérisent à la fois un bon fils , un bon prince , un tendre père , un brave guerrier,ce prjnce avait un goût décidé pour la littérature. Il avait fait à Bénarès même une étude particulière de celle des Indous. Il traduisit , ou fit traduire de cette langue en persan , un assez graud nombre d'ouvrages parmi lesquels on distingue l'Oupnek'at, plus exactement Oupanickàdà. — M. Langles. Voyez la note sur M. Anquetil Duperron.
Le court espace de temps que ce prince jouit du pouvoir souverain, que les débiles mainsde Chah-Djihan lui avaient abandonné, nous prouve que si la fortune avait été fidèle à la bonne cause , à celle de la justice, la vertu serait montée avec lui sur le trône. Son règne , moins brillant que celui d'Aurengzeb , eût été celui de la paix, du bonheur des peuples. Bon père, fils soumis et respectueux, il aurait traité ses sujets comme ses enfants. Les justes regrets que ses contemporains et la postérité ont donnés à sa mémoire nous prouvent aussi
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que ce ne sont pas les qualités brillantes, qui tremblent souvent le repos du monde, qui rendent les princes iMgtiea du respect et de l'amour de leurs sujets. Il n'appartient qu'à la vfertu de fixer pour toujours leurs hommages.
AiiQUETiL DcPE&ROif, né à Paris le y décembre 1731, fit des études brillantes à l'université. Quatre feuillets du Zend-Àvesta , langue ancienne , dans laquelle sont écrits les ouvrages attribués à Zoroastrc , ces feuillets calqués sur manuscrit ( que les Anglais ont en si grande vénération qu'ils le tiennent enchaîné avec une chaîne d'or dans la bibliothèquepublique d'Oxford,) lui étant tombés entre les mains, il forma le projet d'aller étudier cette langue sur la côte nord du Malabare, où se trouvent encore établis des Parsis , reste précieux des disciples de Zoroastre.
Il vainquit, pour réussir dans ce projet, tous les obstacles qui se présentaient, et s'engagea dans les recrues destinées par la compagnie des Indes à un service dur et périlleux. Ses protecteurs qui n'avaient pu réaliser leurs promesses se mirent çn mouvement, lui obtinrent du ministre une pensionne passage fut accordé gratis , et son engagement lui fut rendu.
« J avais passé, dit en Jeune missionnaire de la littérature indienne , près de huit ans hors de ma patrie et près de six dans l'Inde. Je revenais plus pauvre qu* lorsque j'étais parti , ma légitime ayant suppléé dans l'Inde à la modicité de mes appointements; mais j'étais
"riche en monuments rares et anciens , en connaissant <jue ma jeunesse ( j'avais à peine trente ans ), me donnait le temps de rédiger à loisir, et c'était toute 1* fortune que j'avais été chercher dans l'tnde. »
Voulant prendre connaissance des mœurs du pays, il traversa à pied , et en plusieurs sens , la plus grande partie de la presqu'île.
« Ecoutez , dit-il à ses chers brachmanes ( dans la « dédicace de son dernier ouvrage ) , quelle est ma « manière de vivre : du lait , du fromage , le tout va- « lant quatre sous de France ( environ le douzième « d'une roupie indienne ) , et de F eau de puits. Voilà « toute ma nourriture habituelle. Je vis sans feu, « même en hiver ; je couche sans matelas , sans lit « de plumes. . . Je subsiste uniquement de mes traie vaux littéraires, sans revenu, sans traitement, sans « place ; assez sain et vigoureux pour . mon âge , eu « égard à mes anciennes fatigues. Je n'ai ni femme, « ni enfant, ni domestique ; privé de ces biens, je suis « en récompense exempt de leurs liens : seul , absolu- « ment libre , je n'ai cependant point d'indifférence « pour les hommes ; mais je me sens sur-tout une « sincère affection pour les gens de probité. Dans « cet état, faisant une rude guerre à mes sens, je « triomphe des attraits du monde ou je les méprise, « aspirant avec ardeur et des efforts continuels vers « l'être suprême et parfait : peu éloigné du but , j'at- « tends avec calme la dissolution de mon corps. »
Après cette apostrophe à ses amis de l'Inde , il leur parle de la religion chrétienne qu'il se glorifie de professer ; il la nomme sainte , excellente , su
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blimc. Jamais en effet il n a Tarie dans ses sentiments ? il en remplissait fidèlement les devoirs , et en a imploré dans ses derniers moments les secours qu'il a reçus avec piété, résignation, et les témoignages d'une foi vive, sincère et entière.
Ce savaut et véridique voyageur mourut à Paris en 1 8o5 , laissant de nombreux ouvrages qui le font mieux connaître que les justes éloges que nous pourrions lui prodiguer. Mon père lui adressa , du Bengale , deux copies de Y Oupnek'hat , ouvrage samscritain extrêmement rare , dont le nom signifie parole qu'il ne faut pas dire ( secret qu'il ne faut pas révéler ). L'un de ces manuscrits a été déposé, suivant l'intention du colonel Gentil, à la Bibliothèque royale , et l'autre est resté dans celle de ce savant. Cet ouvrage est l'extrait des quatre Vedes (quelques savants disent Beids ). Il présente en 5i sections le système complet de la théologie indienne , dont le résultat est l'unité du premier être. Aucun voyageur n'avait encore fait mention de cet ouvrage qui paraissait pour la première fois en Europe, c'était en 1776* Le savant Anquetil l'a traduit en latin.
Toujours occupé de l'Inde, il écrivait au colonel Gentil en 1788 : Nos troubles domestiques font perdre l'Inde de vue , les Anglais en profitent.
A l'époque de la révolution française Anquetil perdit une pension qu'il avait si bien méritée , et qui , d'après son désintéressement connu, était sa seule ressource. Persuadé que je ne pouvais m'instruire à une meilleure source d'un pays où je suis né et que je désirais bien connaître, je le priais de me procurer ses ou-
▼rages , avec l'intention de lui en remettre le prix, le priant en même temps de me donner l'explication des titres dont mon père avait été honoré dans l'Indt. Ce respectable vieillard, persuadé qu'il . devait me faire don de ses ouvrages, et dans 1 impossibilité <Je réaliser son désir , m'écrivit à Versailles la lettre suivante :
De Paris, 24 mai 1798.
* Je ne vous ai pas répondu plus tôt, mon cher mon* « sieur , parce que mes yeux me refusent presque le « service , que mon travail ( pour ne pas mourir de « faim ) prend toutes* mes! heures, et que d'ailleurs « il est dur, pour un homme de mon caractère, detre « obligé de refuser.
« Vous me demandez mes ouvrages imprimés, je « n'en ai point d'exemplaire. J'ai perdu pensions , re- « venus , etc. Réduit , après avoir vendu une partie « de mes meubles , à vivre de la sueur qui coule de « mon front, je transige, contre mon usage, avec le « libraire , pour le prix de mon travail. La somme roo- « dique qu'il me donne sert à me substanter ; mais je « n'en reçois pas d'exemplaires , que je puisse présen- « ter à mes amis.
« L' Oupnek hat dont vous me parlez , s'impriihe « actuellement, mais bien lentement, en latin, à Stras* « bourg.
« Je .viens ,. monsieur, à ce qui vous, interesse lof « plus, les .titres, de M. Gentil. , . • >
« Rqfioud*Daula/i8igmfie, élevé en honneur, Nazem- « Djangue, ordonnateur de la guerre; Bahadour,
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« vaillant, grand guerrier; TejdKnml-Moatôuk, le
« teil de respire , celui qui le dirige.
« Vous été* jeune , monsieur , 'recevez arec indul- « pence le conseil d'un vieillard. Si tous pouvez «fis- « poser de vous , retournez dans l'Inde; les premières « traces de la langue maure, que vous avez reçues en « naissant, revivront à votre arrivée; vous êtes dans « l'âge de bien apprendre le persan ; avec ces deux « langues» vous pouvez être assuré qu on vous em- « plojera de préférence.
« Infirme, pauvre, végétant à peine , je me trame « vers le terme qui nous attend tous. Daignez rece-
* voir les vœux que je fais pour la conservation de tos « jours, de ceux de M. votre père , mon ancien ami et « camarade de voyage, et l'assurance des sentiments
* tendres et sincères avec lesquels j'ai l'honneur «d'être, etc. Signé AnquM Duperron. »
Mans os iiA. Bouanomtois , gouverneur des îles de France et de Bourbon , s'est mit une juste célébrité autant par sa sage administration que par des succès militaires dûs entièrement à son génie et à son zèle pour le service du roi. Sur la dénonciation de Dupleix et du conseil provincial, jaloux de sa glotte, il fut enfermé à la Bastille aussitôt son arrivée à Paris. On l'accusait d'avoir exigé de Madras une rançon trop faible, et d'avoir reçu pour lui des présents trop considérables. Après une captivité de trois ans et demi, le